Le coeur en commun et fédérateur d’Harald: « Comme enfant de la sécu, quoi de plus normal d’écrire sur ses origines ? »

C’est l’une des très belles surprises de ce début de drôle d’année. Un coeur en commun est un album né par le voyage et l’Histoire au sein du beau pays qui est le mien, la Belgique. Là où l’on peut couler des jours heures et d’autres moins heureux en étant certain de pouvoir bénéficier d’une sécurité sociale décente et salvatrice (encore plus par les temps qui courent), parfois remise en cause selon des arguments qui n’en sont pas. Pour raconter le périple d’une charte qui a mis du temps à être instaurée, Harald fait se rejoindre deux histoires, celle d’un peuple et son histoire personnelle. Interview avec un dessinateur qui a pas mal bourlingué et a beaucoup de choses à dire.

© Harald Franssen

Bonjour Harald, avant toute chose, comment se passe cette drôle de période de confinement ? Cela change vos habitudes, votre manière de vivre en famille ?

En ce qui me concerne, pas tellement, je travaille depuis longtemps à la maison. Cependant, le rythme familial a bien changé, les enfants et ma compagne sont également confinés, la vie 24/24 en famille, c’est nouveau. Je crois qu’à force de discussions, on arrive à rendre la situation vivable.

Avez-vous quelques idées pour occuper le confinement ?

J’essaie de dessiner, même si c’est plus compliqué, l’actualité rend le quotidien particulier. Il se passe tellement d’évènements que c’est difficile de rester concentré.

© Harald Franssen

Cela vous inspire aussi ai-je cru voir sur votre page Facebook. Vous faites une BD de ce confinement ? Pourquoi ? Qu’est-ce qu’il raconte de vous ? De nous ?

C’est un exercice pour rester productif. J’avais besoin d’en savoir plus sur la pandémie et j’ai choisi de le partager sous forme de planche. Mais j’ai cessé, je dois reprendre le fil de mon travail.

© Harald Franssen

C’est la première fois que nous nous rencontrons, Un cœur en commun est votre premier album BD à 45 ans. Mais vous avez pas mal bourlingué, quel a été votre parcours ?

J’ai travaillé dans le web, la communication et comme dessinateur de studio. Ainsi que comme storyboarder. Dans le cinéma d’animation mais aussi la série. J’ai ainsi collaboré sur les deux saisons de Sammys&Co et la première saison de 7 dwarfs and me (qui mélange prises de vue réelles et animation) visible sur Netflix.

© Harald Franssen

Ça fait beaucoup d’épisodes au total ! j’ai réalisé plus de cinquante ou soixante storyboards de 12 minutes, avec plus de 1000 frames par épisode. J’ai également collaboré pour Studio 100 comme second dessinateur de Méga Mindy. J’ai aussi touché, plus marginalement, au cinéma avec The shift d’Alessandro Tonda et Plein la vue de Philippe Lyon tous les deux chez Tarentula.

© Harald Franssen

Qu’est-ce qui fait votre passion et votre vocation pour la BD ?

Ma passion, c’est raconter des histoires. La bd, c’est l’art léger par excellence. Il ne demande pas tellement de moyens et pourtant il est extrêmement puissant. Partir d’une feuille blanche et donner vie à une histoire est un processus étonnant.

Quels auteurs vous en ont fait lire, et ne plus décrocher ?

Franquin et Hergé pour les premiers, Will Eisner (l’Appel de l’espace), Les Innommables de Yann et Conrad, Akira de Katsuhiro Otomo, Walthery et Borges avec Les machines incertaines et Instantané pour Caltech, Bill Watterson avec Calvin & Hobbes, Tardi, Hugo Pratt. Bref, du grand classique.

© Harald Franssen

Et dans son aspect documentaire voire militant, quels albums, quels auteurs vous ont fait prendre conscience que, oui, il était tout à fait possible de raconter une enquête, un reportage par le dessin, les cases et les bulles ?

Joe Sacco et Squarzoni.

Il y a plus de dix ans, vous teniez déjà un blog sur le pire du peer 2 peer ! Kézaco ? Comment vous vient l’idée de vous emparer d’un sujet ou d’un autre, a priori pas les plus sexy. C’est du challenge, non ?

Le pire du pire tout pire, c’était l’envie de parler d’un milieu que j’ai côtoyé dans le web, les informaticiens. J’ai imaginé une guerre des systèmes d’exploitation entre Windows, Mac et Linux. Je me suis bien amusé avec ces personnages qui défendent leur système comme on défend une opinion politique. Ce blog a été entièrement publié par Roularta dans un magazine bilingue IT Datanews.

© Harald Franssen
© Harald Franssen

Un cœur en commun s’appelait auparavant l’État Généreux. Pourquoi le nom a-t-il changé ?

L’état généreux, c’est le nom du projet initial. Il faisait référence aux états généraux en France. Je n’avais pas beaucoup réfléchi au titre et c’est l’éditeur qui a proposé Un cœur en commun. Je le trouve nettement mieux.

Aviez-vous prévu de faire un album de ce projet ?

Oui, c’était l’objectif. Je voulais faire une bd sur la sécurité sociale. Gilles Perret a fait un excellent documentaire sur la sécu française, La sociale, qui m’a conforté dans mon choix. La sécu est à mes yeux l’administration la plus importante de notre nation. Et pourtant, on la connait très mal. C’est également le cas en France.

Si on revient aux origines, vous avez fait les choses à l’envers, non ? Vous êtes d’abord parti en tournée avant que l’album ne paraisse. On vous a ainsi retrouvé sur des manifestations, des événements… Cela a nourri votre projet ? Y’a-t-il eu un esprit collaboratif ?

Je voulais travailler à l’extérieur, sortir de mon atelier et parler de mon projet avant qu’il ne sorte. Ça m’a permis de rencontrer beaucoup de monde et de réaliser à quel point nous sommes très attachés à cette institution, surtout les aînés qui ont une conscience plus aiguë des réalités sociales. Le contact avec les générations plus jeunes était plus rare et plus superficiel car la sécu souffre d’une image poussiéreuse voire négative. L’objectif de ce projet est de renverser cette conception erronée.

© Harald Franssen

Quelle est la genèse de ce projet qui fait se rencontrer une histoire personnelle, vécu dans l’intimité et la chair, et une expérience sociale. Quelle fut le déclic ? Ces deux sujets étaient-ils, dès le départ, destiné à se rencontrer ?

La sécu nous accompagne tous, citoyens de ce pays, du début à la fin de notre existence. Nous en bénéficions et nous l’alimentons. C’est un peu simpliste, mais c’est bel et bien le principe. Elle n’est pas née comme ça, du hasard ou de la bonne volonté. C’est un long cheminement qui débute dès les premières années de la révolution industrielle. Et, aujourd’hui, elle est au centre des confrontations politiques.

L’élection américaine, le Brexit, les réformes en France, la crise grecque, la sécu était toujours au centre du débat. Pour des mauvaises raisons bien souvent. La BCE et la commission européenne s’y intéressent également.

En Belgique, le problème communautaire s’articule également sur la sécu et sa gestion. C’est un sujet primordial et particulièrement compliqué à suivre si l’on ne connait pas l’histoire de cette institution. C’est l’objectif de cette bd, rendre cette matière plus abordable afin de se forger une opinion personnelle. C’est une démarche personnelle également. Comme beaucoup d’auteurs, je cherche à me comprendre, et comme enfant de la sécu, quoi de plus normal d’écrire sur ses origines ?

Comment aborder la sécurité sociale et donner envie aux lecteurs de l’aborder, eux aussi ? Quelle a été votre méthode ?

J’étais conscient de l’aspect rébarbatif du sujet. Pour capter l’attention du lecteur, selon moi, il ne faut pas le séduire, mais plutôt le surprendre. Et en soi, une bd sur la sécu est déjà surprenante, je ne pouvais donc pas me planter. De plus, j’étais convaincu que mon sujet était bon.

© Harald Franssen

En quoi est-elle importante cette sécurité sociale ? C’est quoi, en fait ?

Bonne question, et difficile d’y répondre. Ce sont plusieurs choses à la fois. Comme Henri Fuss le rappelle dans la bd, si tu veux la paix, cultive la justice (si vis pacem cole justitiam la devise de l’OIT). Ici, il s’agit de justice sociale, le combat de plusieurs générations comme je le raconte dans la bd.

C’est aussi un lieu de pouvoir, un pouvoir de résistance au marché (à l’ère du Covid, ça parle non ?) Pour résumer Karl Polanyi, il faut isoler l’individu des forces du marché. C’est un outil d’émancipation, c’est aussi sans doute la colonne vertébrale de notre pays.

N’est-elle pas un combat de tous les jours, pour l’instaurer au début, puis pour la garder.

L’institution est très solide et les sondages montrent dans les pays concernés que plus de 70% de la population est très attachée à la sécu. Avec 1 million de personnes au chômage et une surcharge des hôpitaux à cause du Covid, il est temps de rendre hommage à nos aïeux qui ont eu le courage et l’intelligence d’imaginer un monde plus juste où l’on agit en fonction des besoins et non des moyens. Et ce en pleine guerre, l’économie était exsangue.

© Harald Franssen

Aujourd’hui, les discours sur l’austérité et la coupe dans les services publics frisent l’indécence lorsque l’on voit les montant de l’évasion fiscale (172 milliards en 2019 en Belgique !).

Dans la situation que nous connaissons en ce début d’année 2020, quelle est l’impact de cette sécurité sociale dont les politiciens aiment vanter les mérites ?

Salvateur non ? Aux Etats-Unis, où 70 millions de personnes ne sont pas assurées, les risques de faillites personnelles sont énormes. Les files de voitures pour l’aide alimentaire font frémir. Ici aussi, la situation n’est pas rose. Mais pour la majorité d’entre nous, le filet de sécurité agit malgré les réformes négatives qui se succèdent au fil des gouvernements.

N’oublions pas qu’avant la crise du Covid, le personnel soignant manifestait régulièrement contre les restructurations des soins de santé. Ce n’était pas les seules manifestations d’ailleurs.

© Harald Franssen chez Delcourt

Comment aborder cela en BD ? Y’a-t-il eu beaucoup de recherches ?

Le plus gros du travail de cette bd a été de la recherche. J’ai rencontré Guy Vanthemsche, le spécialiste de la question sociale en Belgique, qui m’a éclairé sur le sujet. J’ai énormément lu, et j’ai retrouvé le dernier témoin vivant de cette fameuse réunion du 17 octobre 1941 à Ohain, Claire, qui apparaît dans la bd. C’est un vrai travail de documentation. En lisant cette bd, le lecteur va apprendre une partie passionnante de l’histoire sociale de Belgique.

Typiquement BD, vous faites le choix de l’hybridation. Votre histoire et celle de votre fille en attente d’une greffe, vous les racontez avec de vrais humains. Mais pour le volet historique menant à l’installation de la sécurité sociale, vous faites appel à des anthropomorphes. Comment avez-vous choisi cette voie ?

Je raconte des évènements qui ont vraiment eu lieu et qui ont été vécus par des personnes qui ont vraiment existé. Ces personnes se sont engagées tout le long de la guerre dans un projet complètement dingue, celui de préparer une Belgique nouvelle d’après-guerre. L’influence de leur travail s’en ressent encore maintenant, en plein Covid. Il n’existe pas de PV de ces réunions, car elles étaient clandestines. J’ai pris évidemment beaucoup de liberté avec la réalité, j’avais besoin de m’approprier les personnages et de prendre mes distances avec leur existence réelle. C’est pour cela que l’anthropomorphisme s’est imposé, j’ai créé de nouveaux personnages.

© Harald Franssen chez Delcourt

Avez-vous choisi les animaux en fonction des personnalités qu’ils campaient ? Comment se font ces choix ?

Très simplement, j’étais pressé, j’ai passé tellement de temps sur la recherche et le scénario que j’ai tranché rapidement toutes les questions graphiques. Le nom de l’animal correspond à la première lettre du nom du personnage, Henri Fuss c’est un Furet, Henri Bondas, c’est un Blaireau, etc. Je me suis quand même très fortement inspiré des photos des personnages.

Aviez-vous déjà eu recours à des anthropomorphes par le passé, dans d’autres bandes dessinées ?

Oui, souvent. C’est un processus banal dans la fiction. Je n’ai rien inventé. C’est libérateur de créer ses propres règles.

© Harald Franssen

Au-delà de la vulgarisation, il y a ici un vrai travail pour que le texte soit léger et dilaté. Faire passer le plus d’infos par un texte le plus abordable qui soit, c’est du boulot, aussi, non ?

C’est l’objectif en tant qu’auteur de bd. Je raconte une histoire afin de transmettre un message et des émotions, de divertir et de faire réfléchir. De plus, je suis dessinateur, je peux donc transmettre des idées sous forme de dessin. C’est très puissant. L’idée de l’arbre de la sécu par exemple. J’en suis très fier. J’ai beaucoup hésité à le faire, je n’étais pas certain de la pertinence de la comparaison.

À l’expo universelle de Paris en 1889, les Allemands exposaient leur sécurité sociale avec beaucoup de fierté. Ils étaient les premiers à avoir mis en place une sécu et ils en faisaient la promotion via des affichettes sur lesquelles un arbre de la sécu était dessiné. Je ne l’ai vu qu’après la parution de la bd. Comme quoi je ne me suis pas planté.

Pourtant, votre œuvre, dans sa partie historique, est une œuvre de discussions, de tours de table, ça aussi ce sont des défis pour un dessinateurs, pour varier les angles et les plans ?

Mon passé de storyboarder m’a sauvé. C’est de la grammaire cinématographique, tout simplement.

Des champs et contre champs, des plans plus larges pour resituer la scène. Des mouvements de personnages et de caméra. Je pense mes cases comme des caméras. Elles sont parfois fixes, parfois en mouvement. De plus chaque case est composée selon la règle des tiers. Je fais très attention à bien composer le récit afin de fluidifier au mieux la lecture des planches.

Dans les personnages, les enfants ne sont pas en reste, espionnant les réunions des grands qui discutent de la manière de mettre en place le progrès social. C’est important d’impliquer les enfants ? De leur expliquer ?

Cette bd est avant tout adressée aux enfants, les adultes de demain. C’était donc naturel d’impliquer Claire et son frère Jean, et Louise également. C’est Claire qui nous emmène avec son plateau de thé au sein de la réunion. Elle va nous permettre de suivre les réunions secrètes en cachette. Il y a un passage que j’aime beaucoup : Jean, son frère vient la sortir de sa sieste parce qu’ils (les membres du comité clandestin) vont parler des pensions. Elle soupire de désespoir, le sujet ne l’intéresse absolument pas. C’est un clin d’œil au lecteur.

© Harald Franssen

Qui a envie de parler de pension ? J’ai un peu travaillé comme Jaco Van Dormael pour son film M. Nobody. Le journaliste qui intervient auprès de Nemo en fin de vie est aussi perdu que le spectateur et permet de relancer le film. C’est le rôle des enfants dans ma bd.

Outre cet aspect historique, il y a donc cette histoire personnelle, une malformation cardiaque, les semaines d’attente, la vie à l’hôpital, la greffe… C’est facile de mettre sur papier cette intimité, ses émotions, à portée du premier venu ? Que dit-on ? Que garde-t-on pour soi ?

Non, ce n’est pas évident. Mais c’est le rôle d’un auteur. Il s’agit de creuser. On creuse à partir du réel afin de sortir l’impalpable. Je me sers de mon expérience personnelle pour transmettre des émotions pas toujours évidentes à partager. Ce n’est pas une question de pudeur, c’est une question de partage.

Et comme je l’indique dans la bd, c’est librement autobiographique. J’ai beaucoup gardé. Je me suis inspiré de ce que l’on a vécu pour dérouler le fil de cette histoire car je n’ai jamais dévié de mon objectif principal, parler de la sécu.

© Harald Franssen

Bien avant les applaudissements de 20h, vous avez donc vécu des journées entières à l’hôpital, voyant les spécialistes et médecins défiler. Quels souvenirs avez-vous de cette époque ?

Une période exténuante ou l’on prend conscience de la mécanique bien huilée qui fonctionne pour nous tous. C’est impressionnant de réaliser qu’un pays, une nation, ce n’est pas un drapeau et quelques symboles, mais surtout des institutions imaginées par nos prédécesseurs, pendant la guerre dans le cas de la sécu. Je voulais leur rendre hommage.

© Harald Franssen chez Delcourt

Le monde hospitalier a changé depuis ? En bien, en mal ? On entend en tout cas le personnel médical se plaindre d’avoir été sous-financé quelques années avant la crise du coronavirus.

On est loin de l’idée de départ, répondre en fonction des besoins, pas des moyens. On fait le contraire et ça coince. Tout ça au nom de principe rigide d’efficacité. Mais quand il s’agit de la santé, ou de la vie d’individu, ça devient un principe destructeur.

On a vu, ces derniers mois, des manifestations pour réaffirmer l’importance de la sécurité sociale. Elle est menacée ?

La population est très attachée à la sécurité sociale. On retrouve les mêmes résultats de sondages en Angleterre, en Allemagne, en France, en Italie, même aux Etats Unis une grande majorité de la population veut un système de sécurité à l’européenne. C’est un domaine que l’on exporte, nos experts conseillent des nations qui tentent de mettre en place des systèmes similaires.

Les GAFAM s’intéressent de très près également à la sécu. Difficile de prédire l’avenir, mais ce qui est certain, c’est que les manifestations ne sont pas terminées.

© Harald Franssen

Avez-vous déjà vécu des expériences dans des pays n’en disposant pas ?

Non, il y a des systèmes de sécu dans de nombreux pays, mais nous sommes dans le peloton des meilleurs pays. Cependant, j’ai écouté les témoignages d’Américains qui se sont fait soigner chez nous et qui n’en revenaient pas de l’accessibilité et de la qualité de soins. Dernièrement, un adolescent américain est mort en rue parce qu’un hôpital a refusé de le soigner. Ce jeune homme n’était pas assuré.

À la fin de votre album, le couple de sociologues Pinçon-Charlot (qui ont eux-mêmes déjà fait de la BD) signent la postface et parlent du « trou de la Sécu » argumentés par pas mal de politiciens comme d’une fake news. Pourquoi ?

Il n’y a pas de trou de la sécu, il y a un déficit de financement c’est différent. Les gouvernements français ou belge font des cadeaux fiscaux au détriment de la sécu. Ils réduisent ou suppriment les cotisations, refusent de s’attaquer à l’évasion fiscale. À force, cela impacte lourdement le budget de la sécu.

© Harald Franssen

Cette BD a pu être réalisée avec le soutien du CEPAG, de la FGTB et de Solidaris, respectivement syndicat et mutuelle socialistes. En quoi vous ont-ils aidé ? Y’a-t-il eu des conflits d’intérêt ? Ou vous ont-ils laissé libertés de ton et de parole ?

En général, une bd historique n’est déjà pas très vendeur, si en plus c’est sur une administration, ça devient répulsif, et moi je rajoute une couche, c’est une histoire belge. Je n’avais aucune chance de trouver un éditeur. C’est en partie pour cela que j’ai cherché un partenariat.

© Harald Franssen

Lorsque j’ai rencontré Yannick Bovy, du Cepag, je n’avais qu’une note d’intention et nous nous sommes tout de suite compris. J’avais besoin d’un soutien financier pour faire le travail de recherche et de création et d’un soutien fraternel aussi. C’est un long processus et il faut bien s’entourer pour tenir le coup. J’ai pu commencer le livre grâce à eux en toute liberté. Ils n’ont jamais essayé d’influencer le travail. J’ai trouvé une équipe qui partageait le même intérêt pour le sujet. Ce qui m’a aidé à tenir et à donner le meilleur. Et j’ai découvert un monde que je ne connaissais pas, le syndicat.

Au final, cet album paraît pour la Belgique, mais pas uniquement : il est édité par Delcourt sur le marché francophone. L’exemple belge serait-il universel ? Cela a-t-il demandé des ajustements pour que cet ouvrage convienne au public français ?

La bd a été accepté telle quelle. Sans modification. L’histoire belge se lit aussi bien en France, qu’en Suisse et bientôt en Flandre, car la version flamande est sur les rails.

Comment êtes-vous arrivé chez Delcourt ? Vous aviez proposé le projet à d’autres éditeurs ?

Lorsque vous proposez une bd historique, sur une administration, belge, vous vous tirez une balle dans le pied. C’est un sujet invendable et quelques éditeurs me l’ont fait savoir. 

C’est Yannick qui m’a trouvé Delcourt.

© Harald Franssen

Faire le pas entre une entreprise très personnelle et menée « dans votre coin » et l’arrivée dans le monde éditoriale, ça a dû être un sacré changement pour vous, non ?

Voir l’album enfin terminé, signé Delcourt, dans un rayon à la Fnac ou chez Pax (à Liège) ça contraste avec les longues heures de travail et de doute derrière les planches. Et puis il y a les chroniques, très positives pour la plupart, et enfin les discussions avec les lecteurs. C’est un aboutissement.

Y’a-t-il eu un remontage, des scènes supprimées pour en arriver à cet album ?

J’ai beaucoup travaillé le script et le découpage en amont. Après, plus rien ne bouge. Il y a des cases qui sont changées, mais dans l’ensemble, c’est figé dès le départ.

© Harald Franssen

Comment avez-vous élaboré la couverture ?

En vitesse, j’étais à la bourre. Yannick m’a bien aidé sur le coup. L’idée de l’arbre était centrale. J’ai regardé des affiches de cinéma et je pense que ce sont les anciennes affiches de Starwars qui m’ont le plus inspiré, Je voulais donner un aperçu du contenu en une seule image. On retrouve presque tous les protagonistes de l’histoire. On a discuté et travaillé ensemble.

© Harald Franssen

L’album a-t-il été bien reçu chez nous et en France ? Des échos ?

Très bien même, Le soir en a fait une pleine page, Jaques Schraûwen a fait une magnifique chronique sur la Première, de nombreuses chroniques sur des sites bd, la revue politique, RCF, TV Lux, c’est repris sur la page FB #Uncoeurencommun.

Pour finir, quels sont vos projets ?

J’ai des commandes en cours, des illus et des planches. Je dois préparer une expo sur la sécu qui devait se faire en mai. C’est reporté en octobre. Avant le confinement, il y avait un intérêt pour une pièce de théâtre. Je circulais aussi pour des conférences, des rencontres.

Et le tome 2 d’Un cœur en commun…

Ah oui ? Chouette, alors !

C’est en cours de réflexion. J’en suis à la note d’intention et aux premières ébauches de l’histoire. J’avance comme pour le premier, à tâtons. Je pense avoir de très bonne piste mais trop tot pour en parler. Un coeur en commun 1 était une réponse à la question « D’où venons nous? », le second épisode devrait répondre à « Où sommes-nous rendus ? »

Merci beaucoup Harald et bonne suite de confinement. Vivement la suite comme on dit!

Série : Un coeur en commun

Tome : 1 – La belge histoire de la sécurité sociale

Scénario, dessin et couleurs : Harald Franssen

Genre : Drame, Documentaire, Histoire

Éditeur : Delcourt

Nbre de pages : 128

Date de sortie : 08/01/2020

Extraits : 

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