Là où s’arrêtent les enquêtes par la mort des témoins ou des suspects, les têtes des décapités, maudits par les Vikings, n’ont plus aucun noir secret à taire

Si, un jour, vous croisez, sur un pont, une silhouette encapuchonnée dans un ciré jaune avec à la main un petit panier bien garni, vérifiez que vous n’avez rien à vous reprocher. Car le petit chaperon jaune est peut-être le loup, Fenrir, qui vient de faire des ravages sur Brody Island, ville du Maine qu’affectionne tant Stephen King… Son fils aussi, puisque Joe Hill (celui qui tirait les ficelles de Locke & Key) est derrière cette histoire hard-boiled et horrifique, entre démons américains et légendes nordiques.

Résumé de l’éditeur : June Branch mène une vie des plus tranquilles… jusqu’au jour où quatre criminels parviennent à s’évader de prison et enlever son petit ami, Liam. Pour leur échapper, June n’a d’autre choix que de se munir d’une arme étrange… une hache viking du VIIIe siècle ! Mais celle-ci est dotée de propriétés bien singulières : à même de décapiter un homme, elle laisse cependant les têtes fendues… conscientes ! Pour sauver Liam, June n’a plus qu’une seule solution : garder la tête (ou plutôt tout un panier de têtes) froide…

© Hill/Leomacs/Stewart chez DC Comics

Soleil rasant, seuls au monde sur un pont entre deux eaux, l’histoire de June et Liam commence comme un fin, dans l’amour le plus cliché, avec un soutien-gorge qui vole au vent, en cette fin d’été qui appelle à aller plus loin dans leur aventure. Mais plus loin, il y a un fourgon arrêté et quatre détenus qui se sont fait la malle. Liam, fier d’avoir réussi son stage policier le jour-même, ne peut que se résoudre à prêter main-forte à ses collègues pour partir à la poursuite des vilains, dont le palmarès criminel a de quoi faire frémir. Le début du cauchemar pour June, car l’histoire ne fait que commencer sur ces derniers rayons de soleil qui voient venir la nuit, noire, interlope et malsaine.

© Hill/Leomacs/Stewart chez DC Comics

Là où l’on s’attend à ce que June profite de son refuge, la maison douillette du chef de Liam, que lui et elle ne pourront jamais se payer, il n’en est rien. Très vite, la maison est assiégée par les patibulaires fugitifs. June se cache et Liam, apparemment en possession d’un obscur secret compromettant, disparaît. Et au moment où la belle ingénue est débusquée, elle s’empare d’une hache comme ultime moyen de protection. Tout en sachant que si elle a la force de la soulever, June ne pourra pas en jouer, tant la lame est émoussée… Dans ce récit, c’est la première fois que l’héroïne devra se méfier des apparences. Car l’engin est tranchant et investi d’une malédiction. S’il est mortel, il est aussi vivifiant. Si bien que décapitée, les têtes de ses opposants continuent d’être animées d’une conscience. Talking heads.

© Hill/Leomacs/Stewart chez DC Comics
© Hill/Leomacs/Stewart chez DC Comics

Avec cette hache héritée des vikings et qui est arrivée là par le hasard des mauvaises fréquentations et des commerces de dessous de table, Joe Hill réussit un album sur le fil, défendu entre horreur et mystère, sans oublier un humour sardonique, sans jamais être emporté d’un côté ou de l’autre. Il y a là un juste équilibre sur cette île hantée par des déséquilibrés et où June espère bien être the last woman standing.

© Hill/Leomacs/Stewart chez DC Comics

Qu’est-ce que c’est bien troussé, cette histoire infernale ! Faisant sienne une hache qui rend moins mortel qu’immortel, à condition d’aimer vivre une vie de tête de d’oeuf, de ballon de foot qui parle mais peut aussi pleurer sur son sort, Joe Hill fait ce pourquoi on l’aime. Une histoire fantaisiste, machiavélique, mais à laquelle il donne de la crédibilité sans rien laisser au hasard. La lame est aiguisée, la mécanique bien huilée, tout en venant titiller les zygomatiques par ce goût pour les punchlines qui jouent à fond sur le champ lexical des armes blanches et s’amusent du trash.

© Hill/Leomacs/Stewart chez DC Comics

C’est totalement décomplexé, amoral tout en étant intelligent. Car ce qui arrête bien souvent les enquêtes, c’est la mort des témoins, des suspects… Ici, comme il y a une vie après la mort, violente, Joe Hill détourne le couperet pour aller plus loin, là où les têtes zombies n’ont plus rien à perdre, à craindre et à penser. Et ça aide dans une investigation semée d’embûches, pleine de faux-semblants et où les êtres les plus proches de vous vous ont peut-être menti. Ainsi, même Liam Ellsworth (comble, c’est le presque homonyme de Thor), avait caché à June qu’il était en réalité espion dans cette brigade, qui multiplie les trafics louches, par les fédéraux.

© Hill/Leomacs/Stewart chez DC Comics

Dans cette aventure finalement pas si gore et très rythmée, Joe a fait appel à Leomacs. Jouant sur les trois terrains, fumetti (Tex), comics (une petite participation à Lucifer) et BD franco-belge où, notre côté du monde, on a eu le plus de chance de le voir aux côtés du diversifié Makyo (La montagne invisible, Apprendre à maîtriser son destin). L’univers glauque mais excitant de Joe Hill est parfait pour la patte du dessinateur italien. Dans ce qui s’apparente finalement à une pièce de théâtre dans une nuit très pluvieuse et dans laquelle les joutes verbales s’enchaînent, Leomacs (qui n’a pas signé la couverture, au profit de Reiko Murakami) est parfaitement dans le ton, cultivant les ambiances noires et épouvantables ainsi qu’une expressivité saisissante. Quitte à puiser dans le réservoir des acteurs dont télé et cinéma disposent (Kathy Bates, par exemple, en révélatrice de ce coup monté et démonté).

© Hill/Leomacs/Stewart chez DC Comics

Titre : Basketful of heads

Récit complet

Scénario : Joe Hill

Dessin : Leomacs

Couleurs : Dave Stewart

Genre : Enquête, Horreur, Mystère

Contenu : #1 – #7

Éditeur VO : DC Comics

Éditeur VF : Urban Comics

Collection : DC Black Label / Hill House

Nbre de pages : 192

Prix : 18€

Date de sortie : le 02/04/2021

Extraits : 

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