Le premier jump scare de ma vie en… BD, c’est face à Locke & Key, complètement scotchant

Attention frisson ! Alors que Locke and Key devrait acquérir encore un peu plus de notoriété, propulsé par une série télé qui sera diffusée courant de cette année, Bragelonne, et désormais Hi Comics, continue d’en faire une valeur sûre de son catalogue. Et on comprend vite pourquoi, tant cette série fantastique et classée au rayon épouvante-horreur va droite au coeur et à l’âme. Elle a toutes les clefs pour le faire.

© Joe Hill/Gabriel Rodriguez/Jay Fotos chez Hi Comics

Résumé de l’éditeur : Keyhouse : un étrange manoir de la Nouvelle-Angleterre. Un manoir hanté, dont les portes peuvent transformer ceux qui osent les franchir… Après le meurtre brutal de leur père, Tyler, Bode et Kinsey découvrent leur nouvelle demeure, croyant y trouver le refuge dont ils ont besoin pour panser leurs plaies. Mais une ténébreuse créature les y attend pour ouvrir la plus terrifiante de toutes les portes…

© Joe Hill/Gabriel Rodriguez/Jay Fotos chez Hi Comics

Préfigurant et transfigurant une Amérique malade et schizophrénique, Locke and Key signe la rencontre entre Gabriel Rodriguez et Joe Hill (le fils d’un certain Stephen King, ceci expliquera cela) autour d’une famille un peu plus dysfonctionnelle depuis la mort du patriarche, Rendell, dans des circonstances atroces, lors d’une journée terrible qui a impliqué toute la famille au coeur de l’horreur perpétrée par deux gamins déphasés. À la Shining en inversé. Car le cauchemar commence dans les premières planches sans sommation, découpé à la hache entre présent chaotique et passé chahuté.

© Joe Hill/Gabriel Rodriguez/Jay Fotos chez Hi Comics

Et tout de suite, il faut survivre au coup d’arrêt. C’est difficile, compliqué de revivre quand on s’est éteint face aux feux de l’enfer sur terre. C’est d’autant plus compliqué que c’est remarquablement retranscrit par Gabriel Rodriguez dont les idées graphiques se fondent dans l’histoire pour la porter, dès le début, dans des compositions remarquables comme ce décor (dans l’antichambre de l’enterrement) mis sur pause le temps d’une planche pour mieux marquer la détresse de Tyler, l’aîné de la fratrie chamboulé par ce meurtre pour lequel il croit avoir une part de responsabilité. Ou cette attitude de Tyler prise à trois moments différents pour, sans un mot, décrire tout le mal-être d’un gamin qui doit déjà devenir adulte, trop tôt, trop vite.

© Joe Hill/Gabriel Rodriguez/Jay Fotos chez Hi Comics

Le dessinateur conjure le principe qui veut qu’il faille toujours varier pour ne pas lasser et joue de répétitions pour renforcer les contrastes, les émotions procurées au lecteur. C’est couillu, à contre-courant, mais ça marche du tonnerre, bien dosé, sans lasser. En quelques cases, quelques planches, tous les voyants sont au vert et Rodriguez, quelque part entre Backderf et un dessin tour à tour rond (pour les héros) et anguleux pour les protagonistes plus borderlines), est comme un poison dans l’eau, qui ne va pas tarder à se répandre et attend son heure au fond d’un puits. Difficile de repartir à zéro quand le passé fait des ricochets.

© Joe Hill/Gabriel Rodriguez/Jay Fotos chez Hi Comics

Car, ne pouvant résolument pas rester sur les lieux de son malheur, la famille (Nina, la maman, Tyler, Kinsey et Bode) migre dans la maison d’enfance du père, pour y trouver réconfort et un semblant de calme. Sauf que… à l’heure où les portes de ce manoir de caractère s’ouvrent, l’étau se resserre et plonge ce petit monde aux liens distendus dans la mâchoire machiavélique du mal qui sort tel une vénéneuse et séduisante créature du puits. L’androgyne Dodge cache bien son jeu et amène la séduction pour faire régner l’abomination. Pendant que Sam Lesser, le psychopathe défiguré qui a assassiné Rendell, n’est pas près de laisser en paix la petite famille en décomposition plus qu’en recomposition.

© Joe Hill/Gabriel Rodriguez/Jay Fotos chez Hi Comics

Pour recoller les morceaux, il faut des clés et prendre de la hauteur. Ça tombe « bien », le manoir offre les deux possibilités en une : des clés biscornues et dont la forme laisse présager de drôles d’expériences, ouvrir des portes imaginaires entre des différents lieux non contigus ou laisser l’âme de son utilisateur se dégager de son enveloppe terrestre. Ouvrir la tête, au propre et au figuré, et exploré ce qu’il s’y passe, des souvenirs aux projets et tout ce petit monde qui peuple notre subconscient comme notre inconscient. De quoi donner encore quelques scènes sidérantes et impressionnantes. Tourner de l’oeil n’est pas exclu, tourner la page est addictif!

© Joe Hill/Gabriel Rodriguez/Jay Fotos chez Hi Comics

Cette série, sur le tard, je me suis plongé dans ces trois premiers tomes pour la présente chronique. J’ai accroché puis décroché. Pour une excellente raison : en garder encore un peu pour plus tard, pour ne pas être boulimique, laisser l’histoire et ses dessins imbiber mon imaginaire avant de reprendre ma lecture. Pour ne pas aller trop vite, et apprécier ce récit à sa juste valeur, sur sa longueur… assez courte (six volumes de six épisodes).

© Joe Hill/Gabriel Rodriguez/Jay Fotos chez Hi Comics

Après ces trois premiers tomes, le coup de coeur est indéniable. La lutte entre le bien et le mal si chère à tant d’oeuvres, se fait complexe et intelligente. Cette série est viscérale, riche en surprises, en mouvement et en sur-place (le travail graphique de Gabriel Rodriguez, encore une fois), avec des coups de semonce et de théâtre dans la rétine. Et même quelques sursauts. Dans un tourner de page, je me suis laissé surprendre, tellement projeté dans cette histoire, que je me suis fait avoir pas des jump scares. Ce que je croyais impossible en BD. Il me reste trois tomes (ils sont déjà (re)sortis), je pense ne pas être au bout de mes peines, jouissives, de lecteur. C’est monstrueux !

© Joe Hill/Gabriel Rodriguez/Jay Fotos chez Hi Comics

En bonus, le trailer du projet de série qui date de 2011, conçu puis abandonné par la Fox. En 2019, Netflix devrait retenter le coup, aucune image n’a encore filtré.

Série : Locke & Key

Tome : 1 – Bienvenue à Lovecraft ; 2 – Casse-tête ; 3 – La couronne des ombres

Scénario  : Joe Hill

Dessin : Gabriel Rodriguez

Couleurs : Jay Fotos

Genre: Épouvante, Horreur, Fantastique

Éditeur: Hi Comics

Éditeur VO : IDW Publishing

Nbre de pages: 168

Prix: 17,90€

Date de sortie: le 23/05/18, le 20/06/2018 et le 11/07/2018

Extraits : 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.