Branchés BIFFF volume#1: les chroniques d’Émilie

Au menu de ce premier compte-rendu : du thriller haletant, du féminisme intelligent, du docu éclairant, du délire bien marrant et un huis-clos entrainant. Ces trois premières soirées cinéma au BIFFF depuis le fond de mon canapé ont été plutôt productives puisque sur 6 films vus, 5 furent de jolies surprises.

Quelques mots à propos du 6ème tout de même, Possessor, de Brandon Cronenberg. Une bonne idée de départ (un implant neuronal qui permet de prendre possession du corps d’un individu, le contraindre à faire un sale boulot, et ensuite forcer le « possédé » à se suicider pour que le « possesseur » retrouve son corps. Le crime parfait), un principe intéressant donc et un film qui commence plutôt bien avec une ambiance qui s’installe rapidement et de très bons acteurs. Mais 144 minutes, c’est définitivement trop pour ce scénario qui aurait pu être une petite bombe avec 40 minutes de longueurs en moins.

The Shift

Transition parfaite puisqu’en parlant de bombe, on embraye sur The Shift, d’Alessandro Tonda ! En quelques mots : deux jeunes ados embrigadés se rendent dans une école pour faire sauter une bombe. Les secours arrivent et deux ambulanciers sur le point de finir leur service embarquent un jeune adolescent direction l’hôpital, pour constater très vite qu’il s’agit d’un des deux ados, et que la bombe qu’il porte en gilet est toujours prête à exploser. S’ensuit un presque huis-clos assez efficace, la tension est présente tout au long du film, le réalisme est au rendez-vous, les thèmes abordés en sous-texte sont intéressants et le tout nous donne un film à la fois efficace et plaisant. Mention spéciale pour l’actrice principale Clotilde Hesme, qui nous transmet son angoisse et son désarroi de façon très vraie (enfin quelqu’un dans un film qui, sous l’effet de la panique, perd sa voix au lieu de hurler à tout va !)

La bande-annonce pour The Shift, c’est ici !

En parlant de perdre sa voix, on va continuer sur le sujet de la perte (oui, mes transitions sont magnifiques, je vous l’accorde) avec l’excellent Bring me home, de Seung-woo Kim. Un thriller psychologique qui va allier trois qualités que je trouve essentielles pour qu’un film de ce genre soit exceptionnel : une tension constante tout au long du film, une gestion parfaite des silences, et des personnages qu’on ne peut s’empêcher de détester face à l’injustice qu’ils font subir à d’autres. Voilà mon trio gagnant, qu’on retrouve dans cet excellent film porté par une actrice principale excellente, dont la force est de faire passer une tonne d’émotion dans un simple regard et une attitude réservée. Un scénario millimétré, une bande-son aux petits ognons, le thème d’une disparition d’enfant, de l’injustice à tout va et de la tension qui va crescendo, je me suis régalée, foncez !

La bande-annonce pour Bring me home, c’est ici !

D’un bond gracile, on passe de la disparition d’enfant aux enfants tout court, puisque j’enchaine sur Psycho goreman ! Deux frère et sœur, Luke et Mimi, le premier réservé et soumis, la seconde autoritaire et survoltée, vont réveiller une force maléfique enfouie dans leur jardin, et cette dernière est bien décidée à détruire tout et tout le monde… Mais Mimi a trouvé le joyau de Praxidike, elle peut donc contrôler son nouveau meilleur ami et lui apprendre les bonnes manières… ou pas ! Des persos déjantés, du gore à souhait et quelques passages qui m’ont valu de bons fous rires (mention spécial pour l’appel à l’aide qui arrive aux toilettes!), qu’on soit spécialiste du genre pour apprécier les références, ou néophyte curieux, on passe un très bon moment avec cette créature infernale (Mimi ou le monstre ? Les deux !)

La bande-annonce pour Psycho goreman, c’est ici !

À propos de créature infernale… vous me voyez venir, on va parler de Hail Satan ? Documentaire de Penny Lane sur le Temple sataniste aux États-Unis. Et j’ai trouvé que c’était particulièrement intéressant. Parce que oui, de prime abord quand on me parle de satanistes, je pense à tous les clichés possibles du genre. Eh bien non, il se trouve que ce n’est pas que ça ! Par exemple, vous saviez que le Temple sataniste était désormais considéré comme une communauté non-théiste ? Qu’ils suivent 7 principes et que (selon moi) tout individu normalement constitué se retrouve dans ces principes tant ils sont universels et respectueux ? Les satanistes présentés dans le documentaire s’érigent pour assurer la pluralité de culte aux Etats-Unis, un pays qui de bien des manières a trop tendance à se croire chrétien (bye bye, séparation des églises et de l’état ! Sur le papier oui, mais dans les faits, c’est une autre histoire !) Bref, un documentaire bien foutu, intéressant, éclairant, et qui permet de mettre en lumière une communauté qui a à cœur de défendre des causes honorables, notamment le libre choix de chacun à disposer de son corps comme il l’entend.

La bande-annonce pour Hail Satan ? c’est ici !

Ultime transition de cet article puisqu’on embraye gentiment à partir des causes honorables et du libre choix de chacun sur… Lucky, de Natasha Kermani ! Petite pépite mais difficile à résumer, car comme tout support catalogué « Féministe », il porte un message que d’aucun trouveront trop complexes ou trop simple, et que d’autres ressentiront comme très juste ou comme « un coup de parpaing dans la tronche ». Et toutes et tous auront raison évidemment, puisqu’on ressentira ce film en fonction de son vécu. Parce que oui, la personne qui n’aura jamais ressenti cette angoisse de se retrouver dans un parking la nuit avec la petite voix qui murmure « dépêche-toi, tu risques de tomber sur quelqu’un qui voudra te faire du mal » ne réagira pas de la même manière à ce film qu’une personne qui, avant de sortir, se demande « est-ce que cette tenue ne va pas m’attirer des ennuis? ». Ce film nous parle de May, une femme qui se fait poursuivre par un homme masqué. Toutes les nuits, cet homme s’introduit dans sa maison et tente de la tuer, avant de disparaitre mystérieusement. Si au début du film, les réactions des personnages peuvent laisser perplexe, notamment celles du mari, il ne faut pas s’y arrêter et se laisser imprégner par l’histoire, par tous ces détails et ces dialogues parfaitement ajustés.

À mon sens, le but de ce film c’est aussi de s’interroger, de remettre en question ses convictions, d’accepter de voir et de conscientiser des comportements trop longtemps normalisés. Ne prenez pas ce film comme un film d’horreur classique, comme un slasher, parce que même s’il en a repris certains codes, il touche davantage à la comédie triste et absurde, l’horreur de ce film n’est qu’un prétexte pour montrer celle, bien plus cruelle et insidieuse, de la réalité (et cette phrase est tellement belle que sur ce, je peux aller me coucher !). Plus sérieusement, regardez-le !

La bande-annonce pour Lucky, c’est ici !

On se retrouve dans quelques jours pour les prochaines chroniques d’Émilie !

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