Mangez-le si vous voulez, Teulé terriblement Gellifié: des moutons ont bouffé un homme sur l’autel de la rumeur

Adapté quelques fois au cinéma, Jean Teulé a trouvé dans le Neuvième Art un allié fidèle qui ne cesse de trouver dans l’oeuvre d’un des plus historiens des romanciers français de quoi nourrir le dessin et l’expressivité des auteurs-adaptateurs. En cette rentrée 2020, c’est un nouveau conte tellement noir et saugrenu qu’il est complètement véridique qui trouve non seulement le crayon de Gelli mais fait aussi écho à notre drôle d’époque qui veut que la rumeur prenne parfois lieu et place de faits totalement vérifiables et jusque-là acceptés. La rumeur, dévastatrice, qui se nourrit des chairs pour ne même pas laisser un os au chien. La folie collective qui, une nouvelle fois (après Entrez dans la danse), carbonise tout sur son passage.

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© Gelli chez Delcourt

Résumé de l’éditeur : À l’été 1870, alors que la puissance de l’armée prussienne décide du sort du second Empire, le moral du peuple français est au plus bas. Quand un jeune notable de Dordogne, Alain de Monéys, se rend à la foire d’Hautefaye, il ne sait pas que c’est pour y subir les pires tortures, jusqu’à son meurtre et sa dévoration par une foule rendue hystérique d’avoir cru l’entendre dire : « à bas la France »…

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Il était une fois… une mauvaise foi… une crise de foie ! Après avoir fait danser la folie jusqu’à ce que mort s’ensuive, Delcourt, de plus en plus attiré par l’adaptation de romans en romans graphiques, offre aux mains habiles de Gelli un autre cas de possession. Infernale, contre laquelle l’exposé des faits véritables ne saurait lutter.

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En 1840 après P-P (Ponce Pilate et son « Je m’en lave les mains »), voilà « Mangez-le si vous voulez »: c’est ainsi que le maire, alpagué par quelques âmes échappant à l’hérésie déraisonnée dont ils étaient les témoins, jugera le cas de ce pauvre diable (c’était un ange même) d’Alain de Monéys. Depuis quelques heures déjà, ce nobliau prenait les coups, mordait la poussière, avalait de grosses gorgées de son sang. Battu à mort… qui attendait son heure et prolongeait la souffrance.

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Pourtant, prêt à affronter son destin, à partir bientôt à la guerre pour défendre son peuple, généreux exemplaire, Alain de Monéys n’avait jusque-là jamais eu besoin de se cacher pour converser avec les villageois, prendre de leurs nouvelles et les aider en cas de déconvenue. C’est donc sans appréhension qu’il se rendit ce beau jour d’été à la foire toute proche. Tout se passait donc bien jusqu’à ce que son cousin veuille rendre service aux gueux et leur décrypte le journal et les mauvaises nouvelles… Napoléon en déroute. Et le messager (oubliez qu’il ne faut pas le tuer) de devenir l’oiseau de mauvais augure, celui qui aurait dit « vive la Prusse ». Ça n’a pas de sens. C’est ce que leur dit Alain. « Pourquoi pas: ‘À bas la France!' »

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Les villageois perdent les pédales, ils ne savent pas lire mais allez leur dire qu’ils ne savent pas entendre. Distinctement, Alain a dit: « À bas la France ». Il est sympathisant prusse, espion. Non seulement, on le désavoue mais on le dépersonnifie, on ne le reconnaît plus. Dans la voix et bientôt les actes, puisqu’à dix, à cent, à mille, chacun va vouloir lui refaire le portrait. Après trente planches d’introduction, s’en suivent 130 de supplices. Gelli ne retient aucun coup: de bâton, de poing, de ciseau… Pendant 130 planches, c’est l’enfer sur terre, le mensonge et la mécompréhension (qui ont souvent cours sur les réseaux, comme sur une place publique) faits rage. Parce qu’en plus, il faut choisir son camp.

© Gelli chez Delcourt

Dans un noir et blanc crasse, Gelli fait disparaître ce qu’était le châtelain, il le déconstruit sous les coups, bouc-émissaire des apparences trompeuses, sournoises. Puis, il y a la couleur qui surgit par petites touches, de feu, non pour réchauffer l’atmosphère mais pour la rendre un peu plus glaciale. Et dire que nous, lecteurs, ne pouvons rien faire. Il faut aller au bout, voir ce qu’il y a au bout du calvaire, au bout des guerres d’égo et des messieurs-je-sais-tout. Il n’y aura jamais de vaccin contre la haine mais il y a des témoins. Comme cet album difficile, effroyable et pourtant obligé.

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Jean Teulé, en cette drôle d’année, ce n’est pas fini. En effet, le 7 octobre, c’est au tour de Fleur de Tonnerre d’être adapté en BD, chez Futuropolis cette fois, dans les mains de Jean-Luc Cornette et Jürg. Le pitch ? Le voilà. « Née en 1803 près de Lorient, Hélène Jégado, surnommée par sa mère « Fleur de tonnerre », reste à ce jour la plus grande tueuse en série de l’Histoire. Accusée du meurtre de 37 personnes, elle sera guillotinée en 1852 à Rennes. En 2013, Jean Teulé s’approprie cette histoire vraie dans un roman savoureux et drôle où il brosse le tableau d’une Bretagne pétrie de superstitions. Jean-Luc Cornette et Jürg suivent la trace de Jean Teulé dans un récit à l’humour noir assumé et nous montrent cette Bretagne superstitieuse dans un style graphique qui rappelle les gravures bretonnes du XIXᵉ siècle. »

Titre : Mangez-le si vous voulez

D’après le roman de Jean Teulé et le drame d’Hautefaye

Scénario, dessin et couleurs : Gelli

Genre : Drame, Fait divers, Horreur

Éditeur : Delcourt

Nbre de pages : 168

Prix : 18,95€

Date de sortie : le 02/09/2020

Extraits : 

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