Épilogue: au bout de l’Histoire, l’histoire prend le relais pour rétablir la vérité

On choisit ses amis mais rarement sa famille, dit la vindicte populaire. Bon, parfois, tout n’est pas tout noir et à choisir, on sélectionnerait le même casting, sans hésiter, et sans doute qu’on en profiterait encore plus. C’est mon cas et je ne mesure pas la chance que j’ai. Mais, parfois, les choses se passent beaucoup moins bien. Ou ne se passent pas. Dans le cas de Rodrigo, cet aspirant journaliste qu’on cantonne à la mise en page des petites annonces, le point de non-retour a été franchi il y a bien longtemps. Avec son père, incompatibilité d’idéologie et d’humeur. Jusqu’au jour où celui-ci meurt et où les langues se délient.

© Velarde chez Paquet

Résumé de l’éditeur : C’est un roman policier sans imperméable ni arme à feu, sans enquêteur ni crime. C’est une histoire d’espionnage, d’agents doubles voire triples. Il s’agit d’une histoire dans laquelle la rencontre d’un garçon avec une fille lui fait découvrir son amour pour une tierce personne.
Une histoire sur la répression et la censure qui se produit des années après la mort du dictateur.

© Velarde chez Nueve Nueve

Rodrigo, son père, c’était un salaud, de la pire espèce. Il a du sang sur les mains… enfin, façon de parler puisqu’il avait des sous-fifres pour faire le sale boulot, lui qui jugulait la Culture sous le poids du pouvoir de généralissime et n’hésitait pas à faire disparaître les artistes qui iraient à rebrousse-poils. Non, sérieusement, mieux vaut ne pas avoir de père que d’en avoir un comme celui-là. Mort dans la plus grande indifférence de son fils. Mais quitte à vivre sans regret, autant crever l’abcès et c’est ainsi qu’à la faveur d’une visite au cimetière, Rodrigo va repérer une jeune fille dont le visage ne lui est pas inconnu et qui semble avoir comme rituel le dépôt d’une fleur sur la tombe du Padre Mendoza.

© Velarde chez Nueve Nueve

La scène est cocasse, irréelle – y’aurait-il dans le monde au moins une personne qui ait aimé son père -, et a de quoi éveiller un doute, raisonnable ou déraisonnable? – dans la tête de Rodrigo. De journaliste à enquêteur, il n’y a qu’un pas et le voilà franchi en faisant la connaissance de César, un homme de théâtre passé entre les mailles du pouvoir-guillotine et qui entend faire payer ses affronts aux anciens du Régime tout en tentant de retrouver la trace de Cog, un anonyme bienfaiteur qui aurait sauvé la vie de bien des condamnés, d’une face à l’autre de la suprématie. Un dissident dans les rangs des moutons, cela pourrait-il correspondre au papa tant haï de Rodrigo ? Mais César est-il prêt à sauver les apparences de son tortionnaire? Et où trouver le chaînon manquant ? Dans une exposition de photos d’époque ?

© Velarde

Apparemment, Pablo Velarde, également auteur d’une série beaucoup plus humoristique sur la Garde Partagée, a mis du temps à sortir de ses tripes et de son esprit ce roman graphique confondant et d’une intelligence remarquable. L’ancien architecte reste ici dans la simplicité du trait, noir sur blanc (si ce n’est le voile rouge qui vient se poser sur les souvenirs que cette enquête ramène à son initiateur qui pensait tout avoir oublié), sans fioriture, dans l’intensité, pour compenser la précision de son scénario. Les images, le plus souvent trois par trois, sont saisissantes de naïveté, parfois pas assez fouillées il est vrai mais intactes, pour trancher avec l’audace du récit de Pablo Velarde.

© Velarde chez Nueve Nueve

Appelant à ne pas juger sur pièce, à prendre des pincettes avant de catégoriser (encore plus en diable), l’auteur nous embarque dans cette quête de famille, d’héritage. Un surplus de vie après la nécrologie. Une troisième vie après l’identité-double. Relevant ses pièges, Pablo Velarde éclaire l’Histoire d’une vision bien moins clichée que tout à fait personnelle. Une petite histoire qui invite à rester jusqu’à la fin, prenant à parti le lecteur qui en dira des nouvelles. Génial et enlevé.

© Velarde chez Paquet

Titre : Épilogue

Titre VO : Epilogo

Récit complet

Scénario, dessin et couleurs : Pablo Velarde

Genre : Drame, Enquête, Histoire, Politique

Éditeur VF : Paquet

Éditeur VO : Nueve Nueve

Nbre de pages : 240p.

Prix : 24€

Date de sortie : le 05/02/2020

Extraits : 

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