Viva viva Carlota: Charlotte, Impératrice d’un Mexique explosif, enfiévré par Nury, Bonhomme et Chédru

Arrivant tel Christophe Colomb, un genou au sol et laissant filer le sable mexicain entre ses doigts, ayant le culot de se la jouer faux-modeste, Maximilien (ou Maximiliano, avec la couleur de l’accent local) ne va pas faire longtemps illusion. Sous les couleurs caniculaires d’une couverture qui cavale en avant, Fabien Nury et Matthieu Bonhomme livrent un album incendiaire et tendu sous le calme apparent. Ici, Charlotte prend du galon et devient impératrice, avec un grand I, et un point sur le i !

© Nury/Bonhomme/Chedru chez Dargaud

Résumé de l’éditeur : Depuis son mariage avec Maximilien d’Autriche, Charlotte va de désenchantements en désillusions. Sa vie conjugale réduite à néant, elle mise son va-tout sur la couronne du Mexique. À leur arrivée à Veracruz, le couple impérial découvre un pays exsangue, bien loin d’être pacifié par les troupes françaises. Ils doivent faire face à la défiance des élites locales bien décidées à tirer parti de la faiblesse de caractère de Maximilien pour préserver leurs intérêts.

© Nury/Bonhomme
© Nury/Bonhomme

Finis les papillons et les jardins ombragés, place d’abord à la houle et bientôt à la poussière: changement de décor total pour les nouveaux souverains du Mexique, sortis de leur bulle de confort. Encore que, Maximilien n’a pas l’habitude d’être prisonnier du rôle, puissant, qui est le sien et va très vite recommencer à faire n’importe quoi. Il faut bien dire que le Mexique, à cette époque (mai 1864), c’est n’importe quoi, le foutoir, le schmilblick partagé entre la pauvreté et la véritable poudrière qu’est devenu ce pays entre les insurgés, les forces européennes et tous ceux qui se retrouvent de gré ou de force au milieu de l’échiquier. Sans parler du typhus.

© Nury/Bonhomme
© Nury/Bonhomme/Chedru chez Dargaud

D’autant plus que pour inspirer puis remplacer son fantomatique mari, Charlotte prend des positions osées, tranchées, notamment pour la liberté de cultes. De quoi provoquer les foudres d’un Monseigneur Meglia se goinfrant d’éclairs aux frais de l’impératrice. Mais Carlotta, progressiste, ne s’arrête pas là et fait dire à son mari qu’il faut mettre de l’ordre dans l’armée mais aussi oeuvre pour que la justice soit indépendante de toute corruption. Les passes d’armes verbales ne font que commencer et voilà Maximilien qui fait ce qu’il fait de mieux : prendre la fuite et partir conter fleurette dans un autre harem, avec quelques copains de guindaille.

© Nury/Bonhomme
© Nury/Bonhomme/Chedru chez Dargaud

Carlotta, elle, se montre en femme forte et décidée, refusant le luxe de la tour d’ivoire dans laquelle d’aucuns rêveraient de l’enfermer, elle se retrousse les manches, adopte les habits du nouveau monde pour mieux se presser auprès des malades et des champs et sangs de bataille… sans oublier cet homme qui le trouble énormément.

© Nury/Bonhomme

Entre les échanges de lettres d’un bout à l’autre de l’Atlantique et le feu de l’action, sur les choix tranchés et porteurs de Fabien Nury, qui n’a pas l’habitude de faire dans la dentelle, Matthieu Bonhomme se faire encore plus impérial que dans le premier tome. Le climat mexicain lui convient à merveille pour couper le souffle à chaque case dantesque (même autour d’une table de discussion statique ou d’un carrosse débarqué de bateau) et exploiter les mille sentiments qui animent ce deuxième acte en terres contrastées, à la fois hostiles et admiratives de cette femme dans un monde d’hommes qu’elle égale de sa classe et de son caractère. Si les visages se crispent un peu plus, les couleurs changent aussi dans ce nouveau continent.

© Nury/Bonhomme/Chedru chez Dargaud

D’autant plus qu’Isabelle Merlet a cédé sa flamme à Delphine Chédru qui envoie du bois, du feu et du sang, dans un mélange provoquant, sautant aux yeux, collant aux doigts. On ne lit plus, on y est. C’est la grande force de cette saga, cette propension à nous happer, à nous faire vivre et sentir les choses, dans l’âpreté de la situation et ses fulgurances, dans la mise à nu de cette héroïne de ne pas s’être faite enfermer dans un rang. À mi-chemin de ses quatre tomes, la série de Nury et Bonhomme est toujours plus riche, luxueuse mais jamais pompière.

© Bonhomme

Notons que, comme pour le premier tome, l’intégralité de ce second album est éditée en tirage de luxe et limité à 300 exemplaires. Soit les 68 planches en N&B assorties de 26 pages de cahier graphique couleur reprenant des visuels inédits, des recherches, des illustrations; le storyboard complet; 22 pages de planches crayonnées; une sérigraphie réalisée pour le tirage de tête en 4 passages et un coffret au pelliculage vernis brillant représentant une illustration originale. 

Série : Charlotte Impératrice

Tome : 2 – L’empire

Scénario  : Fabien Nury

Dessin : Matthieu Bonhomme

Couleurs : Isabelle Merlet

Genre: Biographie, Histoire

Éditeur: Dargaud

Nbre de pages: 72

Prix: 16,95€

Date de sortie: le 24/08/2018

Extraits : 

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