Quand Patrick Delperdange s’acharne sur le destin d’une jeune femme : C’est pour ton bien

On pense ouvrir un roman noir traitant de la violence conjugale. Sans rien dévoiler de l’intrigue, des ressorts de l’histoire que Patrick Delperdange a imaginé pour Camille, très vite elle nous apprend ce qu’elle vit au quotidien avec Pierre, son mari. Mais ce livre, c’est un peu comme si une sorcière vaudou s’était acharnée sur le destin de Camille. Toutes les ombres et les malheurs l’entourent. Du roman noir avec un climat malsain et sombre, comme peut le faire cette collection des éditions Les Arènes : Equinox.

« Non, l’homme qu’elle a épousé n’est pas celui qui l’a frappée ! Ca ne se reproduira plus jamais, c’était juste un moment de folie. Et puis cela recommence. Camille ne reconnaît plus celui avec qui elle vit. Certains secrets restés trop longtemps enfuis sont plus dangereux qu’un poison mortel. Camille va l’apprendre à ses dépens.

Ce thriller domestique plonge le lecteur dans un monde trouble, où il est impossible de démêler le vrai du faux, jusqu’à la résolution finale. « 

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C’est par une scène de violence racontée par Camille que commence ce récit. Elle nous décrit comment elle en est arrivée là, comment elle a espéré, comment Pierre, son mari l’a frappée la première fois. Elle explique, justifie même, pourquoi elle est restée après la première claque. Elle raconte comment la deuxième est arrivée ensuite. Elle décrit la honte, la culpabilité. Elle exprime l’enfermement psychologique et l’impossibilité d’en parler autour d’elle.

Et l’on est certain que ce roman va traiter de la violence conjugale.

Puis, quand Camille disparaît, on est convaincu que son mari a fait le coup. Et l’on s’inquiète. Parce que peut-être que Patrick Delperdange nous propose un « simple fait divers » que l’on pourrait lire dans le journal. De ceux que l’on découvre parfois entre l’actu politique et le sport, sous un titre bien accrocheur : une femme retrouvée morte dans sa cave !

Mais ce serait ne dérouler qu’un des fils d’une histoire bien complexe. Car l’auteur a imaginé pour Camille une multitude d’ombres malsaines. Et toutes sont masculines.

Il y a son père d’abord, qui est décédé quand elle était jeune. Dans des circonstances que l’on devine violentes. Le lecteur arrivera-t-il a démêler les éléments qui sont déposés sur sa route pour reconstruire le fil de cette histoire.

Il y a Pierre, le mari violent. N’est-ce pas Camille qui divague car elle est enceinte et parfois, les maladies mentales se révèlent à cette période de la vie. Et puis elle n’en a jamais parlé avec sa meilleur amie, Maëlle, elle n’a jamais porté plainte. Est-il si coupable en fin de compte ?

Puis, il y a ce sans-abri, Antoine. Il semble en savoir beaucoup sur Camille. Il se trouve systématiquement où elle se rend. Il semble armé de bienveillance à son égard mais pourquoi traîne-t-il dans le quartier de Camille? Pourquoi s’intéresse-t-il tant à cette jeune femme ?

Et enfin, Stéphane, son frère avec lequel une guerre d’héritage est déclarée. C’est à coups d’avocats et de lettres recommandées qu’ils communiquent. Plus rien ne subsiste d’une relation fraternelle épanouie.

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Il faudra toute l’intelligence du lecteur pour identifier le piège qui se referme sur Camille. Il faudra attendre la fin de cette sombre histoire pour que Patrick Delperdange nous donne la direction à prendre. Parce que, jusqu’au bout, on ne sait pas, on hésite. Toutes les solutions, tous les fils de cette pelote très complexe dans laquelle le lecteur s’est un peu perdu, sont plausibles. Un peu comme si plusieurs fins avaient été écrites et qu’une main innocente (ou perfide) avait choisit à l’aveugle celle qui nous est livrée.

C’est la complexité de la vie que nous raconte Patrick Delperdange, la complexité d’une vie emplie de malheurs. Souvent, dans les romans, l’auteur choisit une trame principale, un fil à dérouler auquel le lecteur pourra s’accrocher durant le déroulement de l’histoire. Ici, les fils sont très emmêlés et il n’est pas aisé de suivre un chemin principal. Tous apportent leur part d’ombre et de mésaventures. Sans doute plus proche de ce qu’est une enquête dans la vie réelle mais un peu déconcertant.

C’est du roman noir pur jus, comme ce que cette collection Equinox des éditions Les Arènes peut nous offrir. Il y a du suspense, on s’interroge, mais la sombre violence présente à chaque page domine haut la main.

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Auteur : Patrick Delperdange

Titre : C’est pour ton bien

Editions : Les Arènes – Equinox

Sorti le 5 février 2020

331 pages

Prix : 16,00 €

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