Mignolesque ou à la sauce de Georges Bess, Dracula règne toujours en saigneur toujours autant le 9e Art

Au palmarès des monstres sur lesquels on a le plus écrit et brodé des fictions, Dracula est sans doute parmi les premiers si pas le premier. Depuis l’oeuvre de Bram Stoker, les vampires ont été accommodés à toutes les sauces, plus ou moins goûteuses et digestives. Mais le roi est resté ! À tel point qu’en cette fin d’année, mais diable sait qu’il n’y a pas de saison pour se farcir un monstre, initialement pour Halloween mais ayant toute sa place sous le sapin de Noël, Dracula a planté ses dents dans dans de la chair fraîche pour mieux imbiber de sang le papier de deux albums mythiques. Du sang rouge pour Mignola, du sang noir pour Georges Bess.

© Mignola/Nyberg

Résumé de l’éditeur pour Dracula (de Roy Thomas et Mike Mignola chez Delcourt): Transylvanie, 1462. Vlad Drakul laisse la belle Elisabeta pour guerroyer contre l’envahisseur turc. Revenu victorieux du combat, il découvre qu’elle s’est suicidée à la fausse nouvelle de sa mort. Eperdu de douleur, il abjure sa foi en l’église et en appelle aux puissances du sang pour venger et retrouver sa bien-aimée à l’aide de pouvoirs obscurs. Il devient alors un vampire connu sous le nom de Dracula.

© Thomas/Mignola/Chiarello/Digikore chez Delcourt

Résumé de l’éditeur pour Dracula (de Georges Bess chez Glénat): En 1897, le public découvre dans les pages d’un roman épistolaire écrit par Bram Stoker l’extraordinaire personnage de Dracula, être immortel qui se repaît du sang des vivants pour les transformer à leur tour en créatures maléfiques. Si Stoker n’a pas inventé la figure du vampire, il lui a malgré tout conféré sa forme moderne en faisant du comte Dracula une figure iconique et emblématique inspirant des générations d’auteurs. Et bien que le roman ne fût pas un best-seller immédiat, il connut un écho mondial à travers des adaptations cinématographiques devenues au moins aussi cultes que l’œuvre d’origine.

© Bess chez Glénat

Tout d’abord, commençons avec l’album le plus ancien dans les faits. Embauché par Francis Ford Coppola pour les besoins du film mythique dans lequel Gary Oldman incarnait l’homme chauve-souris, Mike Mignola avait décidé d’en tirer une BD, totalement adaptée du film de Coppola. Avec Roy Thomas au scénario, cet album aurait pu être une adaptation plan-plan d’un film lui-même adapté d’un roman. Et pourtant. Troublant, Mignola avait ainsi repris les physiques des acteurs engagés par le réalisateur du Parrain (Keanu Reeves, Gary Oldman, Winona Ryder, Anthony Hopkins, Tom Waits…) mais les a fait évoluer dans son style, dans ses décors angoissants, dans son maniement des couleurs vénéneux (par Mark Chiarello et Digikore Studios).

© Thomas/Mignola/Chiarello/Digikore chez Delcourt

Avec cette propension a gardé quelque chose qui tient plus du noir et blanc que de la couleur, avec de grandes ombres et des petites croix pour bien montrer, sur ses originaux, ce qui doit rester black, obscur, à John Nyberg, l’encreur. C’est ce que montrent les pages de bonus de cette réédition. Car oui, épuisé depuis longtemps, cette version a vu ses couleurs être rafraîchies sans rien perdre de son souffle aussi épique que romantique. Dans les mains d’un Mignola complètement enfiévré par ce qu’il touche et raconte. Par la tension, de l’amour à la haine, qui se dégage des relations des personnages qu’il anime.

© Mignola/Nyberg

Dans l’album de Georges Bess, tout nouveau, épais et beau comme un diable, après avoir lu l’album de Mignola, il y aura forcément un sentiment de déjà-vu. Mais pas assez que pour nous faire rebrousser chemin dans ces Carpates hantées.

© Bess chez Glénat

En effet, en noir et blanc, Georges Bess réalise un travail incroyable, qu’on dirait trempé dans le pot d’encre originel de Bram Stoker. D’une élégance rare, l’auteur septuagénaire donne l’impression d’avoir fait un pacte avec le diable pour conserver toute la folle jeunesse et la dynamique de son trait tout en ne perdant rien de son savoir-faire accumulé au fil des années d’une carrière hors-norme.

© Bess chez Glénat

Traduisant en dessin les fulgurances du roman, Bess met ses personnages en vases clos, les empêchant un peu plus de communiquer (plus que jamais les lettres de Jonathan n’arriveront pas à Mina) et donnant toutes leur froideur et leur puissance aux ellipses. De par son découpage, faisant la part belle à des visions tout droit sorties des enfers, l’auteur livre avec ce roman graphique une extraordinaire matière à cauchemar et à voyager. On sort de là en nage, en rage.

© Bess chez Glénat

Deux versions de la même histoire mais comment trancher… si ce n’est ne pas trancher ?

Titre : Dracula

D’après le roman de Bram Stoker et le film de Francis Ford Coppola

Récit complet

Scénario : Roy Thomas

Dessin : Mike Mignola

Encrage : John Nyberg

Couleurs : Digikore Studios, Mark Chiarello

Genre : Drame, Fantastique

Éditeur : Delcourt

Collection : Contrebande

Nbre de pages : 115

Prix : 15,95€

Date de sortie : le 11/09/2019 (version en noir et blanc parue le 28/11/2018, à 19,99€)

Extraits : 

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Titre : Bram Stoker Dracula

D’après le roman de Bram Stoker

Récit complet

Scénario et dessin : Georges Bess

Noir et blanc

Genre : Drame, Fantastique, Romance

Éditeur : Glénat

Collection : Grafica

Nbre de pages : 208

Prix : 25,50€

Date de sortie : le 16/10/2019

Extraits : 

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