Cosey offre la liberté sur un plateau de neige à Minnie : « Je cherche avant tout mon plaisir, c’est après que je pense au lecteur »

Il avait enveloppé l’origine de Mickey et Minnie d’une mystérieuse mélodie, Cosey s’est laissé tenter. Il prolonge l’aventure. Non pas avec Mickey, mais avec Minnie. Pour lui offrir un premier album digne de son nom. N’essayant plus de s’adapter au style de Mickey et laissant aller le sien, Cosey entraîne Minnie dans la neige qu’il aime tant, dans une vraie chasse au trésor avec un Bigfoot dans le décor. Avec un regard lucide et passionné. Nous l’avons rencontré près du feu de bois, dans la chaleur du Made in Louise.

Une mystérieuse mélodie © Cosey chez Glénat

Bonjour Cosey, quelqu’un m’a soufflé que, avant d’arriver à Bruxelles, vous étiez à Copenhague. Quel globe-trotter vous êtes ! 

Minnie n’est pas encore sorti là-bas, j’y allais pour Jonathan. Je ne connaissais pas cette ville. J’ai notamment découvert Christiania (ndlr. autoproclamé ville libre), un quartier alternatif avec des maisons construites à la main comme on en trouvait dans la Californie des années 60’s. Avec des gens qui fument des trucs bizarres (il sourit).

Copenhague a sa petite sirène et vous désormais votre Minnie. Votre deuxième album Disney après Une mystérieuse mélodie. Comment est né cet album ? Il était prévu ?

Non, ce n’était pas prévu. Réaliser un Mickey ne l’était déjà pas. C’était extraordinaire. Puis, l’envie m’a pris quand j’ai constaté qu’il n’y avait jamais eu aucun album de Minnie. Elle était restée la petite fiancée de Mickey. Et moi, j’aurais bien aimé lire un Minnie.

Minnie Mouse © Cosey chez Glénat

D’autant qu’il y a à dire sur elle. 

C’est une petite nana sympa, un peu fleur bleue mais c’est vrai qu’elle a du caractère. Plus que Mickey, d’ailleurs. Il faut la voir affronter Pat Hibulaire, elle n’est pas tendre. Il y a quelque chose derrière sa timidité de jeune fille, n’allez pas trop loin avec elle, faites attention, elle pourrait vous le faire regretter.

Cet album s’est imposé alors que vous aviez un autre projet ou pas ?

Non, j’ai réalisé Calypso entre les deux Mickey. Pour le reste, je ne suis pas un gros producteur. Je prends le temps.

Que faites-vous quand vous n’écrivez ou ne dessinez pas ?

Je marche, je skie, je lis, j’écoute aussi.

À la recherche de Peter Pan © Cosey chez Le Lombard

Il y a de la musique dans votre atelier ?

Beaucoup de musiques éclectiques, je suis à 1200 m d’altitude.

De quoi avoir le trait léger. Dans votre album, c’est finalement Tante Miranda l’élément déclencheur de toute cette aventure.

Elle est le prétexte. Elle se sépare de sa maison dans les montagnes américaines et Minnie se souvient d’un mystérieux calepin noir dont on taira le contenu. Et qui l’entraîne dans l’aventure.

Minnie Mouse © Cosey chez Glénat

 Comme Tante Miranda, vous sauriez vous passer de votre montagne si chère ?

Pourquoi pas, après tout. J’apprécie être dans la nature, au fil des saisons, l’hiver mais aussi le printemps et l’automne. J’aime le bord de mer. Mais je ne sais pas si je pourrais y vivre, peut-être y’a-t-il trop de touristes.

La neige, comment l’envisagez-vous sur vos planches ? Certains auteurs disent que ce n’est pas si facile.

C’est vrai mais dans mon cas, la neige, c’est une solution de paresse. Dans les faits et la mesure où l’album est imprimé sur papier blanc, elle est déjà faite.

Minnie Mouse © Cosey chez Glénat

Dans cette neige, durant tout l’album, ou presque, pas de trace de Mickey.

J’étais venu pour explorer Minnie, qui est-elle ? Pour ça, je devais aller au bout de l’idée et éclipser Mickey. S’il avait été là, Minnie aurait eu le second rôle ou, au mieux, ils se seraient partagé le premier rôle.

Il y a tout de même Clarabelle qui accompagne Minnie dans le grand froid.

Comme je le disais, Mickey se serait bagarré pour avoir le premier rôle. Clarabelle, elle, est juste contente d’être là. Elle est marrante en plus. Maladroite comme peut l’être Dingo. Sauf que lui, il est prêt à faire des bêtises. Clarabelle est plus raisonnée, craintive. Elle refrène les ardeurs de Minnie.

Minnie Mouse © Cosey chez Glénat

Par contre, c’est bien Pat, le grand méchant.

Ben, oui, c’est toujours le même, qu’est-ce qu’il a encore bien pu trouver cette fois ?

Dans une case, il dit qu’il se méfie des gens qui lisent.

Et il n’a peut-être pas tort. Pat, il est foncièrement horrible. Il est intègre dans sa démarche. La lecture, on dit qu’elle fait évoluer, qu’elle permet de se construire. C’est finalement quelque chose d’assez convenu.

Minnie Mouse © Cosey chez Glénat

Peut-être que les méchants devraient lire plus ?

Oui, certainement.

Ils en seraient meilleurs…

… ou pires. Ils apprendraient à encore mieux tricher.

Ne lit-on pas moins à notre époque ?

On lit toujours mais il y a, je crois, un oubli de ce qu’est la lecture. Je trouvais chouette de m’interroger sr ce qu’elle est. C’est fascinant. L’écriture, ce ne sont que des petits signes sur papier, des sons. Quand on les regroupe, ils deviennent des idées. Puis des messages. Je trouve ça extraordinaire. Et Minnie va s’y intéresser, l’expliquer à Pat, même.

Minnie Mouse © Cosey chez Glénat

Le dessin, c’est une écriture, non ?

L’écriture est l’essence. Dans un album de BD, le dessin, c’est primordial, pourrait très bien raconter l’histoire sans texte. Elle devrait tenir en principe uniquement par le dessin. Le texte, lui, amène autre chose.

Vous vous souvenez de votre premier Mickey.

Oui, c’était l’époque des Annuels. J’en avais un. Par chance, un copain en avait un autre. Et nous nous les échangions. J’ai éprouvé un grand plaisir à les lire et relire, vingt fois peut-être. Mais aussi à les copier, à imaginer d’autres histoires. Jusqu’au jour où j’ai compris que des gens en avaient vraiment fait leur métier.

Et vous avez même tenté de travailler pour Disney.

Je suis parti à Los Angeles dans l’espoir de concevoir du dessin animé, d’être créatif. Mais j’étais incapable de travailler à la chaîne.

Vous avez renoncé au dessin animé ?

Dans le sens, l’imaginer oui? J’ai des idées d’histoires. Mais bon, il y a beaucoup de projets et très peu voient le jour. Puis, j’aime bien l’album BD.

Vous croyez au Bigfoot ou au Yéti, quel que soit le nom qu’on lui donne ? Il apparaît dans cet album.

Non, je n’y crois pas, c’est une conception humaine, culturelle. J’ai réalisé seize albums de Jonathan, dont 14 se passent dans l’Himalaya, aucun n’a vu passé de yéti. C’est une histoire réaliste, Jonathan, je ne pouvais pas y mettre une telle créature. Je pense que dans l’observation de cet animal légendaire, il y a une part d’hallucinations et une autre de confusion. Mais comme Minnie partait à la montagne, versant américain, j’y ai mis un Bigfoot. Rien à faire, Tintin au Tibet est mon album préféré.

Minnie Mouse © Cosey chez Glénat

On ne vous croirait pas si vous en citiez un autre, de toute façon. Vous êtes aventurier, vous ?

Non, du tout. J’aime découvrir, en musique, en lecture. À Christiania, dont je parlais tout à l’heure, j’ai pris des photos, des notes. Qui sait ça servira peut-être dans un album. J’ai eu des idées.

Vous avez lu les Mickey de vos collègues.

Ah, c’est toujours difficile de dire qu’on en a aimé un plutôt qu’un autre. Mais ils ont tous leurs qualités. Loisel m’a époustouflé. Les versions de Trondheim et Keramidas ainsi que de Tébo m’ont bien plu.

Graphiquement, comment avez-vous abordé Mickey.

Tout l’intérêt de l’expérience était que j’aille à Mickey pas qu’il vienne à moi. Je ne voulais pas qu’on me reconnaisse. Ce fut un échec absolu. Tout le monde m’a dit : « On sait que c’est toi ».

Une mystérieuse mélodie © Cosey chez Glénat

Rien que sur la couverture.

L’idée de base, je l’avais plus ou moins. J’ai fait beaucoup de recherches autour de cette idée. Et à un moment, on ne trouve pas mieux. Il y a des éliminations de projets. De toute façon, on ne peut pas tout mettre, tout montrer.. Une couverture, c’est un élément, un choix.

Quel autre personnage de Disney appréciez-vous ?

Dingo. Il me plaît beaucoup. Mais je ne pense pas que j’en ferai un album. Je n’ai pas de plan. En fait, je cherche mon plaisir quand je travaille. Je ne pense pas au lecteur. Bon, je me contrôle de temps en temps, pour ne pas l’oublier. Mais dans la création, c’est vrai que je pense d’abord à moi.

Minnie Mouse © Cosey chez Glénat

Naturellement, Disney a aussi des côtés plus sombres.

Bien sûr. Walt Disney était un patron autoritaire, à droite. Mais nul n’est parfait. Il avait ses défauts. Après, c’est vrai que Disney est devenu une multinationale, marketée. Mais j’y reste attaché.

Le meilleur dessin animé ?

Les 101 dalmatiens. Tout y est parfait, du scénario au dessin, avec des personnages bien sentis. Ce sont eux les plus importants. Un navet ou un chef d’oeuvre, c’est pareil en fait. Ce qui change, c’est la manière de raconter l’histoire.

Récemment, vous avez participé à l’album Génération Astérix.

Oui, j’ai fait un dessin. Assez jeune, j’aimais bien Astérix. Mais je pense qu’il ne m’a pas autant marqué que Spirou ou Johan et Pirlouit.

Beaucoup d’auteurs reprennent Spirou, actuellement…

J’y ai pensé, j’ai cherché à écrire un scénario. Mais j’ai eu l’impression qu’une grande partie de la valeur de Spirou est due au dessin de Franquin. La manière dont il a joué les personnages, les a mis en scène. Je crois que les scénarios ne sont d’ailleurs pas aussi terribles qu’on le dit et que, confiés à un autre dessin, ils n’auraient pas à ce point marqué le Neuvième Art. Mais il y avait Franquin.

Dans le cas de Mickey, l’appartenance est moins marquée. C’est un personnage plus collectif.

Il appartient à tout le monde, au lecteur.

Enfin, surtout à Disney, mais nous nous sommes compris.

Avec une charte à respecter ?

On nous a dit que non, qu’elle était dans notre tête. Après, le premier album a été pas mal censuré, finalement. Chaque planche était contrôlée. J’ai dû refaire certains dessins mais surtout corriger beaucoup de textes. Après tout, ce sont leurs personnages, leurs exigences. Certaines demandes m’ont permis de me rendre compte qu’elles étaient justifiées.

Par contre, d’autres étaient complètement grotesques.

Dans cet album-ci, il y a un moment, à l’aube, durant lequel Minnie retrouve Clarabelle dans le chalet de montagne. Clarabelle lui dit: « Tu arrives à temps, le café est prêt ». Et ça, ce n’était pas tolérable. Les dames ne boivent-elles pas du café ? Ou alors Disney a peur des procès, qu’une mère leur écrive que son fils de trois ans a bu du café et qu’il a fini à l’hôpital. Les enfants savent que les adultes boivent du café, non ? Enfin, je m’en fiche mais toujours est-il que le café s’est changé en thé.

Minnie Mouse © Cosey chez Glénat

Qu’est-ce qui fait qu’une reprise est bonne ? Ou pas ?

Ça demande une réflexion. Je pense qu’il faut se référer à l’essence des personnages. On ne peut pas juste réutiliser les mêmes éléments apparents. Il faut revenir à ce qui a précédé l’album modèle. Revenir aux racines et faire soi-même son art. C’est d’ailleurs comme ça qu’est né Une mystérieuse mélodie. Je suis allé revoir les premiers dessins animés de Mickey. J’ai remarqué qu’il exerçait tous les métiers possibles et imaginables mais que, déjà dans tout le premier épisode, il était fiancé à Minnie. Comment ces deux-là s’étaient-ils rencontrés ?  C’était à la fois normal de se poser la question mais aussi culotté. Mais personne, du moins à ce que je sache, ne l’avait fait.

Pour ce deuxième album, étant donné qu’il n’y a jamais eu d’albums de Minnie, la question était : mais qu’aurait-on pu voir dans ces albums ? Mickey n’apparaît d’ailleurs qu’en guest-star.

Y’a-t-il parfois des projets d’albums que vous avez abandonné ?

Oui, quand je ne les ressens pas. Je me souviens d’un cas, j’avais réalisé les dix premières pages puis j’ai été inexorablement bloqué.

Et Jonathan, c’est fini ?

En principe. C’est fini sauf si j’ai une idée qui vaut la peine de refaire un album. Et il se trouve que, lors d’un voyage récent au Tibet, j’ai eu une petite idée. Toute petite. Que je n’ai pas encore réussi à chasser.

Jonathan © Cosey chez Le Lombard

Les dédicaces aussi, c’est fini.

Oui (il sort son tampon). Il y a plusieurs raisons à cette décision. La plus importante est que, neuf fois sur dix, mon trait n’est pas à la hauteur. Je n’ai pas envie de laisser le lecteur partir avec un dessin non fini, que j’aurais corrigé si j’avais été dans mon atelier. Alors, les gens sont déçus, ils disent que Cosey a la grosse tête. Qu’ils pensent ce qu’ils veulent. Cela dit (il sort ses aquarelles), je ne me contente pas de mettre un coup de tampon. Je garde un côté « fait à la main ». Comme on dit dans les  boutiques de souvenirs.

 

Puis, j’imagine que c’est fatigant.

Dans mon atelier, je peux travailler sept heures par jour. Tandis que trois heures de dédicaces m’épuisent.

Merci beaucoup Cosey, très belle continuation.

Titre : Minnie

Sous-titre : Le secret de Tante Miranda

Récit complet

Scénario, dessin et couleurs : Cosey

Genre : Aventure

Éditeur : Glénat

Collection : Mickey vu par

Nbre de pages : 72

Prix : 17€

Date de sortie : le 13/11/2019

Extraits : 

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