Une avalanche d’albums de Pascal « Le Joker » Obispo très prochainement ? « Je pourrais en sortir dix par an, et si vous croyez que je vais sortir 3 albums jusqu’à mes 65 ans… vous allez voir que non ! »

Attendu par de nombreux fans, un mot emblématique dans sa carrière, sur les hauteurs namuroises, aux Solidarités, Pascal Obispo était aussi espéré par de nombreux journalistes. Pas le temps de négocier des rencontres individuelles, c’est une conférence de presse qui a été organisée au Château de Namur. Avant un show démentiel. Compte-rendu de cette interview collaborative que nous avons pris un peu de court.

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Lunettes noires sur les yeux mais pas pour faire barrage. « Je suis désolé, j’ai oublié les autres »

Bonjour Pascal, vous êtes annoncé sur scène après Gaëtan Roussel, Axelle Red et Chicos Y Mendez au coeur d’une soirée entre gens qui ont des choses à dire. Ça vous va ?

En tout cas, j’aime interpeller. Je n’ai pas encore vu le dernier Quentin Tarantino mais j’imagine qu’il doit interpeller. On est toujours surpris avec lui. Et c’est ce que j’essaie de faire aussi, à mon niveau. Sinon, on se retrouve à être le fonctionnaire de sa propre marque. Ça ne m’intéresse pas, j’aime provoquer les choses. De plus en plus. La vie est trop difficile, il faut s’amuser. Et il faut se divertir soi-même pour divertir les autres. Sur scène, je fais souvent les montagnes russes. Et j’aime être fidèle à la musique que j’aime.  Je préfère être une machine à surprises, me faire plaisir, que de me laisser dicter ce que je dois faire.

Pourtant, on a l’impression que les maisons de disques dictent le rythme auquel un artiste doit évoluer.

Notre métier n’est pas un long fleuve tranquille. Il est de plus en plus difficile pour nous les artistes d’exprimer ce qu’on est dans un système qui nous oblige à faire des disques tous les 2-3 ans… alors que je pourrais en sortir 10 par an. J’aime surprendre, être en décalage et provoquer des réactions. On aime, ou pas. Et si vous croyez que je vais sortir 3 albums jusqu’à mes 65 ans… vous pouvez le penser, vous allez voir que non (rires).

Cet album avec lequel vous nous revenez, simplement intitulé Obispo, c’est le plus rock de ses dernières années. Depuis Les Fleurs du bien ?

Je ne sais pas. Le rock, c’est une attitude. C’est sûr, il est décalé par rapport à mon précédent, Billet de femme, dans lequel j’adaptais Marceline Desbordes-Valmore. Vous la connaissiez, vous ? C’est une inconnue, et pourtant… C’est un art mineur, la chanson, par rapport aux autres, mais on peut essayer d’apporter sa pierre à l’édifice. Cette poétesse romantique, je l’ai découverte comme beaucoup avec Julien Clers et sa chanson Les Séparés. On ne la trouve pas à l’école.

Mais vous savez, si je n’avais pas écrit pour d’autres, je pense que je n’aurais pas mis la perruque de Michel Polnareff ou du Captain Samouraï Flower. Ça m’a permis de me découvrir. Ici, j’avais besoin d’un retour aux sources.

Parlons de collaborations, il y en a pas mal sur ce nouvel album. D’autres pourraient voir le jour ?

Je viens justement de croiser Gaëtan Roussel, qui joue juste avant moi. Nous nous sommes rencontrés, il n’y a pas longtemps. Nous aimons les mêmes choses. J’aimerais qu’on fasse quelque chose ensemble. C’est un artiste très élégant. Il trouve toujours de bonnes mélodies, de bonnes rythmiques. Je suis content de partager la scène avec lui ce soir.

Sur votre tournée en salles, il y a ce message d’Alain Souchon que vous diffusez. Un hommage parmi tant d’autres.

Je ne chanterai pas Les chansons de Voulzy et Souchon, ce soir. Je n’ai pas 2h45 de concert devant moi. Eux, c’est l’idéal. Cela fait quatre décennies qu’on les écoute partout, dans la voiture, au supermarché… Je ne suis pas adepte des messages qu’on envoie aux morts sur les réseaux sociaux. C’est ridicule. Les « tu étais bien », ‘ »tu vas me manquer », etc. Le gars n’est plus tant. Je n’ai pas envie de faire des hommages quand les gens que j’admire sont morts. C’est important de dire les choses de leur vivant.

(Chanson en intégralité, ici)

Entre votre temps de concert en salle et celui en festival, cela passe presque du simple au double. Choisir, c’est renoncer, non ?

Oui et non. Quand, par chance, une chanson passe à la radio et devient ce que sont devenus Lucie ou Fan, on ne peut pas s’en priver. N’oubliez pas que certains viennent me voir pour la première fois. Il faut leur offrir des chansons qu’ils connaissent.

Sans s’en lasser ?

Quand les gens sont heureux, il est impossible de se lâcher.

Comme en salle, vous allez faire monter une Lucie sur scène.

S’il y a moyen, on va le faire. (ndlr. finalement, il n’en a pas eu le temps).

Mais, certaines ne s’appellent pas Lucie, parfois.

C’est vrai, une fois, il y a eu une Hélène. Une fille avec qui j’avais collaboré. C’était l’occasion.

Et donc vous avez chanté du Roch Voisine, si je vous suis ?

Ah non (il rit). J’ai changé, à l’époque d’Hélène, j’écoutais plus du punk, Nirvana !

Après tant d’années de carrière, comment faites-vous pour vous renouveler ?

Je me suis fixé de ne jamais suivre les modes. Je ne l’ai jamais cherché. Ce qu’il m’importe, ce sont les valeurs et mon ADN musicale. J’ai fait des expériences, aussi. Mais, c’est de plus en plus difficile. Quand j’entends ce que diffuse majoritairement la radio, c’est assez loin de ce que je fais. Le talent n’existe pas. Ce n’est pas moi qui l’ai dit mais Jacques Brel.

Et vous avez des idées pour la suite ?

Beaucoup ! Je les note sur mon Iphone tout en sachant que je n’aurais jamais le temps de toutes les réaliser. C’est triste mais il faut choisir. George Lucas disait qu’il n’aurait jamais le temps de faire tous les films qu’il a en tête.

Sur votre album, il y a cette chanson, On n’est pas seul sur la terre. Vous nous expliquez ? Cet accident que vous racontez s’est déroulé il y a dix ans. Pourquoi avez-vous mis tant de temps à en parler ?

Par pudeur. Pendant toutes ces années, j’ai parlé avec lui via les réseaux sociaux. Puis, au moment de faire ce nouvel album, je me suis demandé pourquoi toujours inventer des histoires alors que ces histoires sont là, devant toi. Cela dit, c’est perturbant. Je me suis presque senti obligé de lui demander une autorisation à Nicolas Lacambre. Il est en train d’écrire un livre. En correspondant si longtemps avec lui, j’ai vraiment qui il était. Une personne extraordinaire qui se proclame plus heureux aujourd’hui, alors qu’il a perdu un bras et une jambe.

Mais au moment où j’ai vu ce motard renversé par une voiture en délit de fuite, ce fut difficile. Mais, quand tu es la première voiture à arriver sur place, tu n’as pas le choix, il faut s’arrêter et faire le boulot. Tu ne te poses pas de question, tu dois le sauver.

Et quand les secours arrivent ?

Je suis parti. Je ne voulais pas faire les gros titres de la presse à scandales, people – je dois me laver la bouche quand j’utilise cette expression -, c’est malsain.

Ce n’est seulement que beaucoup plus tard que la possibilité d’en faire une chanson naît. Donc, Nicolas a écrit un livre, pas uniquement sur ce drame mais sur sa vie avant. Je l’y ai poussé. Ça s’intitulera On n’est pas seul sur la terre. Et, bien sûr, je n’en toucherai aucun droit !

Votre concert, ici, à Namur, est une exclusivité pour la Belgique, cet été.

J’en ai fait tellement, je ne sais plus. Mais, en tout cas, sur cette tournée, j’ai vraiment tenu à passer d’abord dans les théâtres, les festivals puis de terminer dans les grandes salles. Sur les précédentes tournées, je me suis retrouvé frustré de ne passer uniquement par les théâtres ou les Zénith. J’ai envie de connaître tous les sentiments !

Et je peux vous dire que j’enregistre tout. Et que tous les lives enregistrés à Forest sortiront un jour ! Ce n’est pas possible d’être autant frustré. Et notamment pour l’incompris Captain Samouraï Flower qui a peut-être son mot à dire désormais en pleine lutte contre le réchauffement de la planètre. Mais je ne peux pas vous dire quand ça se fera. En attendant, lors du concert du 29 novembre, nous enregistrons le live à Forest.

Quant à ce soir, on va s’amuser. On est trop sérieux. J’espère que vous avez envie, sinon, ça n’ira pas… (rires)

Merci Pascal.

Quelques heures plus tard, Pascal Obispo n’avait pas trahi sa parole, en arrivant sur scène méconnaissable. « Masquillé », selon l’expression qu’il a consacrée. Retrouvant sa basse avec un disque qui s’y prête bien, il a ainsi renoué avec le goût du déguisement (qui ne se souvient pas du clip de Fan ou de Vito aux côtés de Michaël «Fatal» Youn?) et débarqué sur scène sous les traits, hideux, sourire XXL et cicatrisé, costume violet, du Joker. Batman n’était pas à Namur, le public pouvait être fou à lier. Et pourtant, le showman s’est imposé en bat(h)man. Quitte à déconcerter pas mal de festivaliers qui voulait voir… Obispo, le vrai. Pourtant c’était bien lui, pas Heath Ledger ni Joaquin Phoenix. Et dans ce rôle de composition, le papa de Lucie fait Lucifer, a assuré, grimaçant et roulant des yeux, dynamitant tout avec un répertoire béton et  best-of. Secrètement, après avoir vu son dernier clip, Allons en fan, j’espérais qu’il se présenterait ainsi. 

C’est un show explosif que le Bergeracois a livré durant plus de deux heures, fidèle à sa réputation et à son tempérament plein de surprises. Pour le moment fort, c’est sur On n’est pas seul sur la terre que le chanteur a laissé ses excentricités de côté pour mettre à nu cette histoire personnelle et rendre hommage à ce rescapé de la route, Nicolas Lacambre. Une vraie belle histoire qui se poursuit puisqu’il n’est pas rare que Nicolas suive son ange gardien en concert. Ainsi, vendredi, au prix d’un long voyage en car de Bordeaux à Namur, il assistait avec sa fille au spectacle. Et fêtait son anniversaire. Que les milliers de spectateurs ont célébré avec lui.

Plus loin, c’est aux techniciens, qu’il semble mettre à rude épreuve en le leur rendant bien, que le Joker a fait la part belle, les invitant tous sur scène. «Sans eux, rien ne serait possible».

Les mecs de l’assemblée n’ont pas été logés à la même enseigne, ils ont dégusté. Indéboulonnable et tel un sportif de haut niveau, Obispo n’a pas retrouvé la même énergie chez les hommes parmi le public. «Si vous ne voulez pas participer, cassez-vous», se marrait-il prenant pour cible un monsieur qui lui semblait bien mou. «Jamais vu ça». L’humour va comme un gant au bassiste qui ne prépare pas ses interventions et se laisse porter par le moment. Toujours est-il qu’à l’applaudimètre et aux cris dans la nuit, les filles ont battu à plates coutures le sexe opposé.

Enfin, dernier moment choisi, le rappel. Initialement, celui qui est auteur-compositeur-interprète devait jouer jusqu’à minuit. C’est à ce moment qu’il est réapparu sur scène avec ses excellents musiciens. «On m’a dit de faire vite, j’ai dit que je n’en avais rien à cirer.» Et il a pris son temps, vingt minutes et trois titres dont un Mourir Demain au final très reggae. Mais, c’est un autre hommage qui a mis le feu aux poudres. À Johnny, «le plus grand chanteur belge français».

Celui-là même qui foulait encore la citadelle, il y a quelques années, avec un show il est vrai nettement plus cadenassé que celui, libre et inattendu d’Obispo. C’est sur la mythique chanson qu’il avait confectionnée avec Zazie que l’ex-coach de The Voice a allumé le feu. Au prix d’un concert intenable, ardent, bouillant, exemplaire.

La tournée de Pascal Obispo repassera par chez nous le 29 novembre, à Forest National.

Quelques photos de ce concert :

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