1984 au Théâtre Royal du Parc: Et si en imaginant cette dystopie terrifiante, George Orwell s’était juste trompé de date ?

Le Théâtre Royal du Parc nous propose actuellement 1984, une création de Thierry Debroux librement adaptée du roman phare  » 1984  »  de George Orwell. Une pièce aussi terrifiante que ne l’était déjà le roman, et qui nous plonge dans un monde où la technologie permet à certains de connaître nos moindres faits et gestes et nos moindres pensées. Un monde qui fait froid dans le dos créé de toutes pièces par l’auteur pour ce roman d’anticipation, qui finalement n’est pas tellement éloigné de notre civilisation de plus en plus basée sur des dérives totalitaires inquiétantes et qui nous ramène hélas souvent à l’oeuvre visionnaire d’Orwell

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© Zvonock

Imaginez…Un monde où la technologie permet à certains de connaître nos moindres faits et gestes, nos moindres pensées.

Imaginez…Une nation énorme dirigée par un fantoche au vocabulaire restreint qui assène avec aplomb les contre-vérités qui le servent.

Imaginez…Ce même fantoche qui assoit son pouvoir sur les sentiments primaires du peuple : haine, rejet de l’autre, réflexe sécuritaire.

Imaginez…Un travail sur le langage qui empêche l’expression de toute idée complexe.

Imaginez…Des médias qui diffusent volontairement des fake news pour manipuler l’opinion publique à des fins politiques. Un peuple gavé de malbouffe qui a oublié les saveurs les plus simples. Une pensée  basée sur l’affirmation au détriment de la réflexion. Des individus isolés, coupés d’eux-mêmes. Et parmi eux, quelques-uns décidés à se battre contre le système. Prêts à mourir. Prêts à commettre des actes pouvant entraîner la mort de centaines d’innocents. ( source Théâtre Royal du Parc)

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Toute personne ayant eu la chance de lire le roman de George Orwell sait à quel point l’univers décrit par l’écrivain est absolument terrifiant. Dans le livre c’est le narrateur qui se confie à nous et nous fait part de ses réflexions intimes face à ce parti totalitaire dont il est un des pions manipulés en mal de liberté. Dans la pièce de Debroux le narrateur est remplacé par la mauvaise pensée du héros Winston Smith, incarnée sur scène par l’excellent Guy Pion. Et l’astuce fonctionne dès les premiers instants du spectacle où nous sommes happés par la mise en scène de Patrice Mincke et la scénographie exceptionnelle de Ronald Beurms aux décors grandioses et pivotants.

On ne soulignera jamais assez l’effort mis en place par le Théâtre du Parc pour offrir au public des scénographes inventives, actuelles, et presque cinématographiques à mille lieues d’un théâtre poussiéreux qui a fait son temps.

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Avec 1984, on baigne dans un univers oppressant ou le Parti régit la vie de chaque être, le forçant à une gymnastique matinale obligatoire et ridicule, à un don de sperme mensuel et à un bannissement de tout plaisir comme le sexe, le vin, la lecture, l’art, le parfum, la musique… Un monde basé sur la délation où la haine règne en maîtresse et où la propagande vise à annihiler toute ambition de révolte et toute réflexion personnelle. Un monde ou deux et deux ne font plus quatre, mais cinq , car le Parti l’a décidé. Un monde où Big Brother vous observe 24h sur 24 et où le moindre écart de conduite même inconscient est puni de torture ou de meurtre.

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Pour incarner les personnages d’un tel chef d’oeuvre il fallait des acteurs solides capables de nous émouvoir autant que nous faire peur lorsqu’ils sont poussés dans leurs derniers retranchements par ce récit noir et glacial, limite oppressant . Face à Guy Pion on trouve Fabian Finkels, épatant qui n’en finit pas au fil de ses rôles de démontrer le talent immense qui l’habite. Il est touchant et parfait dans le personnage de Winston , torturé et perdu dans cet univers implacable qui aura raison de lui. Soulignons aussi la performance de Muriel Legrand dans le rôle de Julia dont Winston tombe éperdument amoureux et déclenchera sa révolte. Mention spéciale aussi ce soir-là pour la jeune Ava Debroux absolument terrifiante en enfant totalement déshumanisée capable de dénoncer ses propres parents au nom du Parti.

En résumé, on est là face à une création quasi parfaite, même si la première partie de la pièce avant l’entracte semble moins percutante que la deuxième totalement formidable, et très proche du sentiment de malaise que génère le roman.

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La chute finale que je vous laisse le soin de découvrir en allant voir la pièce, est une trouvaille géniale qui nous fait penser que tout n’est peut-être pas totalement perdu.

Brillant tout simplement !

Et si en imaginant cette dystopie terrifiante, Orwell s’était juste trompé de date ?

Jean-Pierre Vanderlinden.

Heure de début de spectacle : en matinée 15h – en soirée 20h15.
A partir de 14 ans

Durée : 1h55 entracte compris

Avec : Perrine DELERS
Julie DIEU
Béatrix FERAUGE
Fabian FINKELS
Muriel LEGRAND
Pierre LOGNAY
Guy PION
les enfants Ava DEBROUX, Laetitia JOUS ou Babette VERBEEK

Ainsi que les figurants:
Pauline BOUQUIEAUX, Johann FOURRIÈRE, Laurie GUENANTIN, Vanessa KIKANGALA, Barthélémy MANIAS-VALMONT, Romain MATHELART, Franck MOREAU et Lucie VERBRUGGHE.

Mise en scène : Patrice MINCKE

Assistanat : Melissa LEON MARTIN
Scénographie et costumes : Ronald BEURMS

Éclairages : Laurent KAYE

Vidéos : Allan BEURMS

Musique originale : Laurent BEUMIER
Maquillages : Urteza DA FONSECA

Chorégraphie : Johann CLAPSON et Sidonie FOSSÉ

Basée sur le roman Mille neuf cent quatre-vingt-quatre de George Orwell (Copyright, 1949), avec l’accord de Bill Hamilton, ayant-droit du patrimoine littéraire de la défunte Sonia Brownell Orwell.

Une coproduction du Théâtre Royal du Parc, du Théâtre de l’Eveil et de La Coop asbl.

Avec le soutien du Tax Shelter du Gouvernement fédéral belge.

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