Konoba : « Oser faire confiance à toutes ces idées qui nous passent par la tête »

Dans la catégorie, à voir et à suivre, j’appelle Konoba pour ses productions intenses ses rythmes percutants et ses soundscapes virevoltants. Cette année, Raphaël Esterhazy est de tous les festivals ; Brussel Summer Festival, Francofolies, Ronquières et même Sziget ! En prélude à sa venue à Namur pour les Solidarités, on vous propose une petite rencontre avec cet artiste inspiré.

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© Elias Weemaes

Pour commencer, une petite question existentielle, qui es-tu ?

C’est une grosse question, que je me pose encore tous les jours. Mon projet artistique s’appelle Konoba et moi je m’appelle Raphaël. J’ai commencé la musique très jeune avec le piano puis la guitare, le chant. J’ai joué dans plusieurs groupes étant ado. Puis, je suis parti en Angleterre à 19 ans pour étudier la musique et la production musicale à l’université. Pour mon projet de fin d’études, j’ai dû sortir un EP que j’ai écrit, composé, mixé entièrement à la maison et c’est comme ça que j’ai lancé Konoba. De fil en aiguilles, le projet a évolué, j’ai fait de plus en plus de morceaux, de concerts et j’ai fini par revenir m’installer en Belgique.

En Angleterre, la vision de la musique n’est pas la même qu’ici, qu’est-ce que ces années outre-Manche ont apportées ?

Dans les choses les plus importantes, je dirais la langue. J’ai toujours beaucoup écouté de musique anglo-saxonne et je voulais faire de la musique en anglais donc j’avais besoin d’avoir un niveau suffisant. Ces cinq ans en Angleterre ont vraiment parfait ma grammaire, mon vocabulaire,…

Puis, il y a toute cette culture musicale en Angleterre. C’est difficile à expliquer, mais c’est comme si c’était dans les gênes. Peut-être parce que là-bas, depuis le plus jeune âge on écoute de la musique, on joue de la musique et ça fait partie de la vie de tous les jours. Du coup, le niveau des artistes est assez dingue. Ils sont ultra-doués et talentueux et être à leur contact pendant cinq ans, ça te pousse à travailler plus dur. Le niveau est énorme donc si on ne veut pas être ridicule il faut s’entraîner !

Et pourquoi être revenu en Belgique ?

En fait, j’aurais pu rester là-bas mais, au bout d’un moment, il faut pouvoir prendre des décisions. J’étais dans une phase où j’avais envie que les choses avancent et c’était compliqué parce que financièrement, je manquais de moyens. La vie là-bas était chère, j’avais des petits boulots mais de moins en moins de temps pour faire de la musique. J’avais vraiment peur de me laisser enfermer là-dedans et j’ai donc pris le parti de rentrer en Belgique m’installer chez mes parents ; le temps de m’installer un studio et d’enregistrer un album complet.

Après, l’Angleterre c’est très difficile d’y gagner ta vie avec ta musique. Il n’y a pas de statut d’artiste ou d’intermittent, il n’y a aucune aide. Donc soit tu cartonnes, soit il ne se passe rien du tout. Tandis qu’en Belgique on joue des petits concerts dans des bars ou des salles et on sait qu’on va quand même être payé correctement. Là-bas, il m’est arrivé de jouer des concerts et si j’étais payé deux bières et un repas, c’était déjà bien!

Depuis ton retour, tu as sorti quelques EP, un album aussi, quel est ton regard sur l’évolution de Konoba ?

Moi j’essaye juste de faire la musique qui me parle maintenant. Je ne réfléchis pas trop à quel type de musique je vais faire ou de quoi je vais parler dans mes textes, je prends les choses comme elles viennent. Le projet évolue en même temps que moi, et je m’enrichis humainement. Je rencontre des gens, je fais des expériences, je m’épanouis de plus en plus et ça se ressent dans ma musique. C’est plutôt chouette de voir que les deux, main dans la main, avancent ensemble.

En effet, ça avance, comme on peut le voir avec ton morceau On Our Knees qui a dépassé les 3 millions de vues sur Youtube. L’engouement des gens est bien là, qu’est-ce que tu ressens par rapport à ça ?

C’est dingue ! C’est vraiment le morceau qui a fait tourner la balance. Pendant des années, je devais travailler très très très dur, pour peu de résultats : chaque vue, chaque personne qui venait aux concerts, je devais me battre pour les avoir. Et là, d’un coup, c’est l’inverse qui se produit. J’ai fait un truc simple chez moi, sans me prendre la tête, je l’ai posté sur internet avec un clip sans aucun budget, tourné à l’arrache, et là j’atteins des millions de personnes. Parce que c’est 3 millions sur Youtube mais en comptabilisant  les autres plateformes on atteint les 7-8 millions de vues et c’est hallucinant !

Et fin de l’année dernière, tu as réenregistré ce même morceau avec les sons de Bruxelles, une idée folle qui rend un côté très artisanal à la musique. D’où t’est venue cette envie ?

Si on suit mon projet depuis quelques temps, on se rend compte que je suis quelqu’un qui est toujours à la recherche de nouvelles créations. J’ai toujours plein d’idées qui me viennent qui sont souvent irréalisables parce que pas le temps, pas le budget ou alors elles sont juste mauvaises, ça arrive. Mais dans tout ce flot créatif, il y a parfois une idée qui sort et c’est justement le bon moment et le bon endroit pour la réaliser. C’est ce qui s’est passé avec cette vidéo de Bruxelles. On venait juste d’annoncer une nouvelle date à l’Ancienne Belgique, c’est une grande salle à remplir et je me suis dit qu’il fallait qu’on fasse quelque chose pour que ça bouge un peu sur internet. L’idée m’est vraiment venue sur un coup de tête et j’ai appelé Olivier, R.O. avec qui je travaille sur ce morceau. On a bouclé un jour pour enregistrer plein de sons dans Bruxelles puis on s’est exilé dans les Ardennes pendant trois jours.

On t’a récemment vu donner une conférence TED sur la créativité. Quel est ton rapport à la créativité, c’est beaucoup de réflexion ou alors l’inspiration est-elle toujours là?   

C’est un peu des deux, mais il faut quand même faire un effort. Il faut pouvoir trouver les idées dans sa tête pour résoudre le problème auquel on fait face et ce n’est pas valable que pour la musique ! Il faut toujours être capable de trouver des solutions originales pour résoudre un problème de manière positive ; c’est ça pour moi la créativité. Tous les jours, il faut oser faire confiance à toutes ces idées qui nous passent par la tête.

Il y a déjà eu quelques belles évolutions dans ton projet de telle sorte qu’on a du mal à lui définir des limites. Es-tu poussé par une envie d’aller là où on ne t’attend pas ?

Oui certainement ! Et bizarrement, les gens sont souvent déçus parce qu’ils s’attendent à avoir quelque chose et au final ils ont quelque chose d’autre. Mais maintenant le public commence à comprendre que c’est comme ça que ça marche avec moi, que je ne vais pas me mettre trop de limites. Il y en a quand même certaines, je ne vais pas me mettre à faire n’importe quoi. Quoique, on ne sait jamais !

Je n’aime pas mettre des limites à ma créativité et au style que j’ai envie de faire. Au début j’ai pensé fonctionner avec des projets parallèles pour séparer les styles : avoir Konoba qui soit plus pop, un autre plus électro, un autre plus folk peut-être. Mais finalement, c’est trop compliqué et je préfère rassembler tout ça en un seul et même projet.

Sur ce premier album, on est face à une musique très léchée, mais on a aussi pu à l’occasion de te voir en piano-voix, sans artifices, et la magie opère aussi. As-tu parfois envie de revenir à une musique plus organique ?

J’ai vraiment envie de faire les deux opposés. C’est-à-dire que j’ai de plus en plus envie de revenir à quelque chose de simple, de vrai, d’organique dans l’écriture de la chanson et dans la voix par exemple. Écrire des morceaux en piano-voix, guitare-voix et essayer de revenir à l’essence-même de la création musicale. Mais en même temps, dans la production et dans les arrangements, j’ai envie de continuer à pousser encore plus loin dans le spectre sonore ; aller chercher des sons puissants que ce soient des guitares électriques, des synthés ou des drum machines. L’idée c’est de continuer à creuser plus loin dans la production et la puissance du son, tout en gardant une certaine authenticité dans la création des morceaux.

Ton album se clôture par un titre français. Une envie d’emmener Konoba vers le français ?

Pas spécialement. C’est encore une fois symptomatique du fait que je ne me pose pas de limites. Je ne sais plus exactement quand j’ai écrit ce morceau, mais il est fort possible que je venais d’écouter l’album d’un artiste francophone et qu’il m’a inspiré cette chanson. Ça m’arrive encore maintenant d’écrire en français, comme j’utilise parfois le piano, parfois la guitare.

Tu as tourné pas mal depuis la genèse de Konoba, dans les bars au début puis sur des scènes de plus en plus grandes, quel est ton rapport à la scène ?

Pour l’instant, j’en profite énormément. J’ai commencé à rouler ma bosse dans des cafés et des petites salles et là, six ans après les débuts du projet, je me retrouve à jouer sur des grandes scènes comme les Francofolies et Ronquières, mais aussi le Cirque Royal ou l’Ancienne Belgique. Se retrouver sur des grandes scènes comme ça, avec un public enthousiaste et tout ce qui va avec, c’est hyper chouette ! C’est un peu la récompense de tout le travail. C’est ça que j’en profite un maximum. Mais, j’aime bien aussi jouer de temps en temps des petits concerts acoustique sous mon nom propre, pour me séparer de Konoba. C’est là d’où je viens donc quand je peux, je le fais encore.

Pour en revenir à ta musique, il y a quelque chose de magique qui se passe à l’écoute de tes chansons, un cocon qui se tisse tout autour, on a presque envie de savoir quel est ton secret ?

J’en sais rien, je pense qu’il n’y pas de secret mais juste beaucoup de travail. Je chante, je joue, je produis, je travaille mes instruments, ma voix. Et puis après, c’est un peu à l’instinct aussi, sans trop réfléchir à ce que les gens vont aimer ou ce qui va pouvoir passer en radio. Une fois qu’on a enlevé toutes ces questions, on laisse juste la musique couler et les choses se développent plus naturellement.

Je suis quelqu’un d’assez sensible aux sons et j’aime bien que ce son soit beau, rond et me retrouver perdu quand je l’écoute, dans un paysage sonore, plutôt que d’agresser par des trucs trop puissants.

Pour clôturer, qu’espères-tu pour l’évolution de Konoba dans les années futures ?

Ce que j’espère surtout c’est qu’un maximum de gens continuent d’écouter ma musique et moi, de mon côté, que je continue à faire la musique que j’aime sans brider ma créativité. Si je peux continuer à faire de la musique par passion et au passage toucher un public large et gagner ma vie, c’est tout ce que je souhaite.

Propos recueillis par Alizée Seny

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Konoba sera sur scène le 26 août aux Solidarités, du 13 au 17 septembre au Fly Away Festival et le 21 septembre au Botanique

 

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