Forçats 2 : la relève de Londres, l’éternité d’un destin sacrifié et la beauté du plus noble des combats, celui qui espère la liberté

En prison, le monde se divise en deux catégories : les détenus qui s’enfoncent dans l’irrécupérabilité face à un système qui détruit et broie l’humanité puis ceux qui rêvent d’une seconde vie (même si d’aucuns n’hésiteront pas à les casser, les jugeant irrécupérables, hein Serge ?).  La seconde vie, Eugène Dieudonné en rêve. Avec cette envie de se laver de l’affront qu’on lui a fait, lui qui a été condamné pour un braquage duquel il ne faisait pourtant pas partie. Dans le second et dernier tome de Forçats,  Fabien Bedouel et Pat Perna durcissent le ton, bavards, face à l’inacceptable, l’erreur judiciaire que certains tentent pourtant de cautionner.

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© Fabien Bedouel

Résumé de l’éditeur : De retour de Cayenne, le grand reporter Albert Londres engage une lutte sans merci contre le bagne. Dans Le Petit Parisien, il raconte l’horreur de son voyage en Guyane et interpelle le ministre des Colonies. Parallèlement, il poursuit ses investigations pour faire innocenter Eugène Dieudonné, ralliant l’opinion publique à sa cause. Mais le temps presse… À bout de forces et de patience, l’anarchiste ne tiendra plus longtemps sur l’île du malheur. Confronté aux turpitudes journalistiques et aux lenteurs de la justice, Albert Londres devra déployer toute son énergie pour sauver son protégé et changer le cours de l’Histoire.

© Perna/Bedouel/Fantini chez Les Arènes

Comment se peut-il qu’à l’heure actuelle, on puisse mettre encore et encore des innocents en prison? Les images des JT’s montrant des hommes ayant passé dix, vingt ou trente ans de leur vie en prison et libérés parce que blanchis ne sont pourtant pas rares. À quoi a donc pu servir l’héritage d’Eugène Dieudonné, emprisonné à Cayenne, il y a près de cent ans ? On se le demande. L’Histoire serait-elle aussi lente que la justice à apprendre de ses erreurs ? De quoi porter un peu plus le propos de Fabien Bedouel et Pat Perna qui prouvent, dans ce second tome que le pire est à venir.

© Perna/Bedouel/Fantini chez Les Arènes

Le héros change de costume et, sans délaisser le pauvre Eugène Dieudonné, voilà qu’Albert Londres prend le crachoir. Londres, l’homme providentiel, celui qui demande la fermeture du bagne, le seul à qui Eugène peut confier son sort alors que la justice se trouve bien plus habile à mettre des êtres à l’ombre qu’à en les innocents du bagne, ce coin reculé du monde où les plus forts survivent. Mais malgré l’insistance de son patron qui trouverait regrettable de ne pas essorer jusqu’au bout ce sujet qui booste les ventes du P’tit Parisien, Londres pense avoir fait le tour de la question des bagnards et veut passer à autre chose: l’affaire… Dieudonné. Albert veut reconstituer les faits, mener sa propre enquête pour prouver l’innocence de son protégé. Et ça marche.

© Perna/Bedouel/Fantini chez Les Arènes

C’est sans compter l’impatience d’Eugène. D’autant plus que les efforts du journaliste porte leurs fruits au-delà de l’océan : après treize ans d’emprisonnement du matricule 41143, le Ministre a décidé de gracier celui-ci. C’est inespéré, mais c’est aussi un cadeau empoisonné : il faudra en réalité deux ans, neuf mois et vingt-deux jours pour que cette libération soit effective. Un ahurissant détail « administratif » qui, peut-être, heurte encore plus Dieudonné de plein fouet. Y’a-t-il pire que l’illusion de la liberté ?

© Perna/Bedouel/Fantini

Reliant en pointillé l’horreur des scènes de violence causées par la Bande à Bonnot et le sort chagrin d’un gars anéanti et abandonné de tous sauf d’un journaliste téméraire et à contre-courant (et sur les eaux de l’océan qui borde la Guyane, c’est encore plus dangereux); nos deux auteurs font encore des merveilles. Enfin, des merveilles… dans la noirceur et le crépuscule des vrais héros, ceux qui n’ont plus rien à perdre. Bedouel et Perna non plus, et avec autant de talent et la force d’un propos qui fait mouche cent ans plus tard, on les comprend. Dans cet étau qui se resserre, avec ses ambiances magnifiques (Fabien Bedouel – Florence Fantini, une affaire qui marche sacrément bien !), Forçats, c’est la relève de Londres, l’éternité d’un destin sacrifié (Eugène, mort à 60 ans, se sera vu confisqué un quart de sa vie par les barreaux) et la beauté du plus noble des combats, celui qui espère la liberté.

Titre : Forçats

Tome : 2/2 – Le prix de la liberté

Inspiré de faits réels

Scénario : Pat Perna

Dessin : Fabien Bedouel

Couleurs : Florence Fantini

Genre : Aventure, Judiciaire, Drame, Historique

Éditeur : Les Arènes

Nbre de pages : 58 (+ dossier de six pages)

Prix : 15€

Date de sortie : le 10/05/2017

Extraits :

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