Maman pour toujours : réapprendre à vivre à deux mais toujours à trois, touchés par la grâce après le deuil

© Lorenzoni/Soma chez Sarbacane

Rien ne se perd, tout se transforme, même les choses les plus difficiles, les plus grandes tristesses. Il faut parfois que le deuil se fasse, que les saisons passent, que les mots et leurs champs lexicaux changent. Dans Maman pour toujours, Chiara Lorenzoni et l’illustrateur Marco Soma (traduits par Emmanuelle Beulque) livrent un album d’une qualité exceptionnelle.

© Lorenzoni/Soma chez Sarbacane

Résumé de Maman pour toujours par Sarbacane : « Olivo habite avec son papa. Il y a lui et son papa et puis voilà. » Comme un doux poème, voici l’histoire d’un enfant dont la maman n’est plus là. Cela le met en colère et ses jambes donnent des coups de pied et cassent des choses. Heureusement, il y a les câlins surprises qui eux, sont restés. Ils ont même augmenté. Un jour, son papa l’invite à couper du bois. « Un mot triste, un bout de bois, un mot colère, un autre bout de bois. » Jusqu’à épuiser le tas du jardin ‒ et tous les mots tristes ou colères. Puis ils se rendent auprès du grand chêne, et cette fois, c’est le papa qui va épuiser son chagrin en construisant une cabane dans les hautes branches. D’où Olivo comprendra que sa maman est avec eux pour toujours…

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© Lorenzoni/Soma chez Sarbacane

Du jour au lendemain, tout a changé dans la maison de cette famille de fennecs. Papa fait ce qu’il peut. Mais il y a parfois une odeur de cramé dans la cuisine, les histoires ne sont plus aussi bien racontées. Les chansons? Disparues. Maman n’est plus là, ce n’était pas prévu, accident de parcours, alors Olivo et son papa subissent son absence, labyrinthique, sans trouver le chemin pour en sortir tant tout la leur rappelle. Il y a de la colère, de la tristesse, des jours de « pas envie ». La simplicité fragile de ce père et ce fils, dans ce décor complexe, détaillé, terriblement vivant, vibrant.

© Lorenzoni/Soma chez Sarbacane

Car dehors il fait beau, le soleil peut faire sécher les larmes et il y a un tas de bois à couper, ranger. Le bruit de la scie, c’est déjà un peu moins de silence. D’autant que les oiseaux du jardin se rapprochent et encouragent le petit Olivo. Et s’ils nous montraient la voie? Si l’on prenait de l’altitude, une bouffée d’air. Père et fils se retrouvent alors, se renforcent autour d’un projet de cabane. Petit à petit, construire après avoir été détruits, anéantis. La cabane, bien haut, sera à l’abri des tourments, des torrents de larmes. La dresser amènera de la bonne fatigue.

© Lorenzoni/Soma chez Sarbacane

On ressort de cet album au sujet forcément compliqué, avec les yeux humides mais touché par la grâce, la magie des mots et des illustrations de ces deux auteurs. Les tournures des phrases, des branches qui mènent à un horizon plus beau. À deux mais toujours à trois, avec un champ lexical renouvelé, orienté vers la lumière, le souvenir plus léger. Magnifique.

© Lorenzoni/Soma chez Sarbacane

À (se faire) lire dès 5 ans chez Sarbacane.

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