Pour sa troisième édition, le Mozaik Festival, organisé par L’Os à Moelle, a ouvert ses portes ce jeudi 11 juin à partir de 17h00. Concerts, humour, kids, guinguette, théâtre de rue, le pari reste le même : faire dialoguer les disciplines et rassembler les générations. Plus de 30 spectacles, dont la moitié en accès gratuit, pour que « la culture se vive pleinement dans toute sa richesse et sa diversité ».
Né il y a 3 ans, le Mozaik s’est imposé comme le laboratoire pluridisciplinaire culturel de Schaerbeek. Chaque événement constitue une pièce de mosaïque qui s’emboîte pour former une œuvre culturelle.. L’humour, le burlesque, la musique, les spectacles pour enfants et de rue s’y côtoient sans hiérarchie, avec une ligne claire qui est d’ être accessible, festif et inclusif.
On connait désormais la recette Mozaik : pas de tête d’affiche écrasante, mais une programmation variée et audacieuse qui mise sur la découverte.
Commençons par le premier spectacle du jour dans le cabaret, Sarah Grosjean
Forte du succès de Glam, lose & gaspacho, Sarah Grosjean revenait avec Calmos, son nouveau seule en scène intime, absurde et décalé. Le festival annonçait les premières dates de rodage, et ça se ressent un peu car le texte est encore en train de se patiner.

Grosjean excelle quand elle creuse ses propres fêlures. Calmos démarre très fort et elle raconte l’injonction à « se calmer » avec une précision chirurgicale, passant du stand-up frontal à des ruptures poétiques quasi-lunaires. L’absurde n’est jamais gratuit, il sert à dégonfler les petites violences sociales. Quand elle parle charge mentale, rapport au corps, amour qui foire, la salle rit, puis se tait, puis rit encore.
Le rodage se sent malgré tout dans les transitions : deux – trois vannes tombent un peu à plat, non pas qu’elles soient mauvaises, mais le rythme n’est pas encore totalement calé. Sarah le sait, en joue, et transforme les moments plus difficiles en méta – blagues. Un pari risqué mais honnête.

Calmos n’est pas encore le spectacle définitif, mais c’est déjà un portrait cruel et tendre de nos nerfs à vif.
On reviendra quand ce sera totalement chaud et abouti, car le potentiel est énorme.
À 21h, changement de plateau. Lili MirezMoi, « patronne » du Sassy Cabaret, débarque avec sa troupe.
« Un show divertissant, impertinent, politique, drôle, surprenant et inclusif ». Promesse tenue.

Lili, c’est 12 ans de cabaret queer à Bruxelles. Effeuilleuse, MC, danseuse, Drag-King , elle se joue des catégories et des carcans .

Sur scène, ça donne un enchaînement millimétré de numéros avec Evita de Mee en stage kitten implacable, Chanelle De Mai une effeuilleuse burlesque au déhanché endiablé, Mado Laforge une pole danseuse qui suspend le temps, Vicomte Harbourg venu tout spécialement de Paris et Johnny K’Hermes Drag King de son état. Des artistes qui font fondre la salle et monter l’ambiance.
Mais le Sassy n’est pas qu’une revue de numéros. C’est politique parce que c’est joyeux, et Lili prend plaisir à bousculer les certitudes, questionner le genre, les classes et la notion de race, et à créer le désir là où on ne l’attend pas. Entre deux paillettes, elle balance des vannes, égratigne les politiques, défend ses convictions. Le public rit, acclame, et repartira avec plus que des étoiles dans les yeux.

Scéno simple, lumière chaude, proximité totale, le cabaret rappelle que le queer est né dans les caves et dans les bars, pas dans les Zénith.
Après une première partie épatante où les artistes défendaient leur numéros habituels, la deuxième partie du spectacle après l’entracte fut totalement improvisée, le public ayant tiré au sort les critères précis sur base desquels les artistes se devaient d’improviser chacun un numéro inédit.

Et dans l’ensemble l’exercice fut hautement réussi. Un challenge bien sympa qui a tenu toutes ses promesses et nous a réservé quelques bons moments étonnants et éphémères.
Le Mozaik 2026 a donc démarré sans fausse note, excepté une météo pluvieuse rendant les activités en extérieur moins attractives, mais ça c’est toujours une loterie.

En programmant Sarah Grosjean en rodage et le Sassy en étendard, le festival affirme son ADN qui est de soutenir la création en train de se construire, et de donner la scène à celles et ceux qui déplacent les lignes.
Si le reste du week-end tient encore ce niveau d’exigence et de fête, le Mozaik confirme qu’il est bien plus qu’une guinguette culturelle, c’est un des rendez-vous les plus malins du mois de juin à Bruxelles.
Le Mozaik Festival continue jusqu’au dimanche 14 juin. Prog complète et détaillée visible sur : http://mosaik.brussels
Jean-Pierre Vanderlinden















