
De la fenêtre ou le nez dans un livre, voilà trois manières d’apprendre à connaître notre environnement, de l’approfondir. La fenêtre (ou même le manteau et les bottines) pour observer, sentir les choses; le livre pour mieux comprendre notre univers et faire la part des choses. Car, parfois, des choses se ressemblent et les parents n’ont pas toujours les compétences pour dénouer le vrai du faux et dissocier des animaux trop souvent confondus. Biche, chevreuil, daim? Ahah, la colle. Voilà cinq livres, deux collections et un électron libre, pour s’aventurer dans nos jardins, nos prés, nos forêts, nos cavernes, nos mers et océans.
Sauras-tu reconnaître les animaux de la forêt ou du jardin? Même les faux amis?
Résumé de Sauras-tu reconnaître… par les Éditions Quanto : Biche ou chevrette ? Lapin ou lièvre ? Hibou ou chouette ? Campagnol ou taupe ? Cigale ou grillon ? Vipère ou couleuvre ? Observe, compare et apprends à reconnaître les animaux de la forêt/du jardin. Un livre pour mener l’enquête au coeur de la nature qui nous entoure, les yeux grands ouverts et l’esprit en éveil.
Des faux amis, il n’y en a pas que dans la langue française, il y en a aussi de nombreux dans la Nature, parmi toutes les espèces du monde animal. Comme les humains quand on y pense. Marion Monnier a le souci du détail et, à sa lumière, a décidé de nous aider à y voir plus clair. Chacun de ses deux albums contient ainsi neuf duos, dix-huit animaux à comparer (dix-neuf pour la forêt). Certains sont comme des jumeaux en apparence, d’autres laissent les mêmes traces, empreintes, ont des comportements semblables qui peuvent mener à les confondre.
Dans le jardin, petits et grands (car, moi aussi, du haut de mes 34 ans, j’ai appris tout une série de choses, je sors moins bête de ces lectures) pourront jouer au jeu des différences avec le campagnol et la taupe, la cigale et le grillon, le hérisson et le porc-épic, la buse et le milan, les papillons de jour ou les papillons de nuit, la couleuvre et la vipère, le merle noir et l’étourneau sansonnet, la limace et l’escargot ainsi que l’abeille et la guêpe. Côté forêt, baladons-nous entre biche et chevrette; lapin et lièvre; blaireau et raton laveur; chouette et hibou; cerf ou renne; écureuil et tamia; chat forestier et lynx; phacochère et sanglier; loup, chacal et renard ainsi que fouine et marte.
Le campagnol creuse en diagonale, en pente douce, tandis que la taupe à la verticale. D’où des monticules en surface différents, pour les reconnaître au premier coup d’oeil. Quant aux papillons, selon qu’ils sont de jour ou de nuit, leurs antennes et leurs couleurs seront bien distinctes. Des antennes en forme d’allumette ou de massue, pour les premiers; contre des antennes plumeuses ou comme des fils pour les seconds. Le chat forestier (à ne surtout pas essayer de domestiquer, ça peut faire des ravages dans votre intérieur!) et le lynx peuvent eux être différenciés par leur queue. Longue, ronde et touffue pour le chat sylvestre. Mini, comme un pompon et avec un bout tout noir pour le lynx.
Méticuleusement, Marion Monnier passe au crible ces animaux. Masque, corps, taille, poids, signes distinctifs (des moustaches à la queue). Chaque chapitre est détaillé mais le dessin reste accessible, schématique pour accentuer les particularités qui nous intéressent en tant que naturalistes en herbe. Naturellement, ces albums ne sont pas forcément ceux qu’on lit avant d’aller dormir mais qu’on va pouvoir emporter avec nous partout où il y a des coins d’herbes et des bois. En vacances, quand le temps est à l’observation et à la compréhension, aux sensations de notre décor. C’est tellement essentiel pour grandir en connaissance de cause et de la beauté de notre environnement et de l’importance de le préserver. À nous de jouer.
À (se faire) lire dès 5 ans, aux Éditions Quanto.


Notez que les animaux marins arrivent en juin:

Gary, la petite chauve-souris et la grotte fabuleuse & Rose, la petite pieuvre et l’immense océan: les super-pouvoirs des animaux

Résumé de Gary, la petite chauve-souris et la grotte fabuleuse par Albatros : Suivez Gary, la petite chauve-souris, dans sa grotte natale et découvrez ses cachettes préférées et ses amis. Une aventure éducative et ludique sur le monde souterrain des chauves souris.
Résumé de Rose, la petite pieuvre et l’immense océan par Albatros : Il se passe tellement de choses en mer. Un bernard-l’ermite déplace son anémone, un banc de harengs échappe à un requin aux dents acérées et, sur un récif corallien, une petite pieuvre éclot de son œuf. Bien qu’elle ne soit encore qu’une petite fille, cette pieuvre est capable de grandes choses. Prenons-la délicatement par un tentacule et partons à l’aventure avec elle !
Ces deux-là, pour le coup, pieuvre ou chauve-souris, nous les identifions bien. Mais les connaissons-nous bien? Pas sûr non plus. De leur naissance à leur maturité, assez rapide chez les chauves-souris (deux mois), Bohdana Jarosova et Filip Hornik suivent ces héros naturels dans leurs apprentissages et la découverte de leur univers, profonds. Hé oui, que ce soit les grottes ou les mers, on peut très vite s’y perdre, d’autant qu’il y fait fort noir. On ne peut pas compter sur ses yeux mais sur d’autres super-pouvoirs. Rose comme Gary en ont les codes et s’y repèrent.


En seize pages, avec des illustrations plein cadre, et donc forcément immersives, les deux auteurs nous font glisser dans ces mondes fantastiques, fascinants et méconnus. Une bonne entrée en matière sur tout ce que le genre animal peut proposer comme diversité et comme richesse. Il faut de tout pour faire un monde, et la chauve-souris comme la pieuvre sont tout à fait étonnantes et très différentes. La chauve-souris vit en nuée pour éviter les rapaces prédateurs tandis que la pieuvre est plutôt solitaire. Tous deux vivent par contre dans la nuit.


En donnant un petit nom à ses héros, Bohdana Jarosova les personnalise juste ce qu’il faut pour que nous nous y attachions un peu plus. Mais Filip Hornik ne les anthropomorphise pas pour garder tout leur naturel, au milieu des leurs mais aussi de toutes les autres espèces, proies ou prédateurs ou neutres, qui gravitent autour. Puis, les auteurs ne s’enferment pas, ils s’ouvrent à leurs héros, ce qu’ils représentent mais aussi à ce que leur décor dit d’eux et de… nous: légendes, peintures préhistoriques, etc. Filip Hornik a un vrai talent pour faire briller et rendre multicolores ces mondes obscurs, les découper et leur donner du relief, avec un chouette graphisme, rigoureux anatomiquement mais compréhensible et emportant l’adhésion des plus petits. Quant aux textes documentaires, accompagnés de phylactères pour mieux dynamiser le récit, ils sont habiles, faciles d’accès. Les auteurs ont bien cerné ces faux-monstres dans l’imaginaire populaire mais aussi les jeunes lecteurs qui s’en passionneront, de manière très ludique.


À (se faire) lire dès 3 ans chez Albatros.


Je te mangerai: comment les vers de terre ont digéré les dinos!

Résumé de Je te mangerai par L’École des Loisirs : Quand Bernard le ver de terre perd un copain, il est plutôt philosophe. Car il sait bien, lui dont le travail est de transformer tout ce qui meurt en terre fertile, que la vie est un éternel recommencement. Sauf peut-être quand une météorite annihile votre espèce ? Son nouvel ami dinosaure risque d’en faire les frais… mais même après une grande extinction, l’espoir peut refleurir.
Ne dit-on pas que les petites bêtes ne mangent pas les grandes? Ah bon, vraiment? Pas les vivantes en tout cas, tout vient à point, à table, pour qui sait attendre. Voilà comment les vers de terre ont mangé les dinos et, plus largement toutes les matières vivantes, organiques et donc mortelles, leurs congénères en prime. Cannibalisme? Non, cycle de la vie.

Pour le faire comprendre aux plus petits, David Duff et Marianna Coppo ont imaginé la rencontre entre Bernard le lombric (qui n’est que tripes, comme il se présente lui-même, sacré blagueur). Puis la discussion à bâtons rompus, semblant sans queue ni tête et pourtant éclairante sur la regénération de notre planète.
Ayant le sens de la composition et la mise en scène rythmée et comique (un brin cynique aussi vu le thème), les deux auteurs ont trouvé deux animaux diamétralement opposés et qui ont pourtant la même tête (enfin, licence artistique, le ver n’ayant notamment pas d’yeux en réalité), le diplodocus et le ver de terre qui aide à la décomposition de tout ce qui tombe dans sa bouche, sans dents.

En attendant l’extinction cataclysmique, le grand, gigantesque, et le petit, microscopique, deviennent amis et le dino comprend mieux ce qu’il y a après la vie. Pour tout dire, en le lisant à ma petite de 3 ans, je l’ai sentie un peu déstabilisée. Notamment quand elle a compris que le dinosaure mourait à la fin. Ce sujet-là est encore sensible alors que, si au début des aventures de ses princesses préférées, il est dit qu’elles ont perdu leurs parents (Elsa et Anna de La Reine des Neiges, par exemple), ça passe.

Cela dit, passé cette surprise, voilà un album étonnant, qui prend son temps et trouve les bons mots et les bonnes images tout en rondeurs, synthétiques, pour faire comprendre la magie de la vie et de la mort sur Terre, le temps qui passe. C’est casse-gueule et le résultat est pourtant très simple, très beau et assez solaire.

À (se faire) lire dès 4 ans à L’École des Loisirs.







