Les petits poi(d)s dans les grands : la (sur)charge mentale à hauteur et imaginaire d’enfants

© Dupin/Lili La Baleine chez Le Grand Jardin

Et si l’on symbolisait la (sur)charge mentale, malheureusement polyvalente, du bureau à la famille en passant par les tâches ménagères, par de ridicules et insoupçonnables petits pois? C’est la bonne idée, terriblement sensée et graphique, d’Olivier Dupin et Lili la Baleine.

Résumé des Petits Poids par les éditions Le grand jardin : Chaque jour, une maman accumule sur ses épaules de drôles de petits pois. Ils surgissent du travail, du téléphone, des courses… s’accrochent à elle mais aussi aux autres membres de la famille. Ils se multiplient, s’empilent, et finissent par l’écraser. Un matin, elle ne peut plus se lever. Alors, toute la famille s’organise : l’enfant (le narrateur), le papa, et même Tonton. Chacun met la main à la pâte – un peu d’ordre, un peu d’humour, un peu d’entraide – et voilà que les petits poids s’allègent enfin !

© Dupin/Lili La Baleine chez Le Grand Jardin

Au royaume des métaphores homophones, Olivier Dupin en a trouvé deux antinomiques: pois et poids. Qui pourrait suspecter un petit pois vert, puis deux, puis trois… de faire plier nos épaules. Baisser la garde.

Dans Les petits poids, l’auteur, avec la complicité de l’illustratrice Lili La Baleine, travestit les poids en graines avec des yeux et une bouche et, surtout, un sacré sens du rebond, en toutes circonstances, pour partir à l’abordage du vaisseau maman qu’on a tendance à penser insubmersible quand on est enfant. Et papa ne perd rien pour attendre, son tour viendra quand maman lâchera sous le poids de trop de petits pois.

© Dupin/Lili La Baleine chez Le Grand Jardin

Courses, vaisselles, aller-retour à l’école ou à la crèche, cuisine, révision de poèmes ou devoirs d’écoliers, sans oublier le boulot qui trotte en tête et des gaffes imprévues: les petits pois ont en fait plein d’occasions pour nous grimper dessus, dans nos manches, nos cheveux, nos pantalons retroussés. Et il y a dans une journée bien moins d’opportunités de les faire se décramponner, les décrasser: un peu de rire, un peu de plaisir, courir… s’il reste du temps. Il faut cultiver ces moments, mais ce n’est pas facile. On « court » (et la société veut nous faire « courir ») tellement! Il ne faut pourtant pas hésiter à crier à l’aide, si possible avant de se retrouver miné au fond de son lit.

© Dupin/Lili La Baleine chez Le Grand Jardin
© Dupin/Lili La Baleine chez Le Grand Jardin

Comme dans Toy Story, les petits pois sont donc pleins de vivacité, là où maman a de plus en plus de mal à avancer, à s’exprimer. Lili La Baleine a d’ailleurs gommé sa bouche, elle ne la retrouve que lors des rares moments détente. C’est bien vu et bien amené dans cet univers épuré qu’envahit ce bataillon de minus tout verts.

© Dupin/Lili La Baleine chez Le Grand Jardin

Nous n’avons pas toujours les mots ni les images pour exprimer le mal qui peut nous ronger, nous essorer, nous surcharger mentalement puis physiquement, à nos enfants. Cet album essentiel, inventif, coloré et mine de rien enluminé par les enfants, qui peuvent aussi nous relever, arrive à point. Partons à la chasse aux petits pois, faisons-en une bonne soupe qui revigore!

À (se faire) lire dès 3 ans aux Éditions Le Grand Jardin.

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