Le 1er mai 2026, Lessines a fêté le 1er mai comme il se doit : en musique, en bière régionale et sous un soleil estival qui a transformé le nouveau site du festival en guinguette géante. Pour sa 15e édition, le Roots & Roses a tenu toutes ses promesses : 12 concerts, 6 nationalités, 2 chapiteaux et 50€ pour la journée.
Né à Lessines, ville natale de René Magritte, le Roots & Roses s’est imposé comme le rendez-vous belge des musiques roots au sens large du terme. Depuis 2025, il a planté ses deux chapiteaux “Roots” et “Roses” sur un nouveau site verdoyant, à deux pas du centre historique et pile à la frontière linguistique.
La recette : allier une programmation internationale pointue à l’authenticité locale. Cuisine maison, bières de la région, bénévoles aux petits soins et prix d’entrée démocratique. La scène “Roses” explore les tendances rock actuelles, la “Roots” creuse le blues, la folk, l’americana et la soul. Pour ses 15 ans, le festival mettait l’accent sur les racines africaines et les liens latinos des musiques anglo-saxonnes.
The Animeros : la claque garage-latino de l’après-midi
Mes coups de cœur absolus de la journée? The Animeros en tête. Les Américains ont retourné le chapiteau “Roses” avec leur mélange fiévreux de garage rock, cumbia et surf music. Batterie métronomique, orgue Farfisa en transe, guitares qui twangent en espagnol : le public danse dès le deuxième morceau. Sous 25 degrés et une lumière de fin d’aprèm qui traverse la toile du chapiteau, leur set avait des airs de fête de village à Tijuana. Une heure de transe, de sueur et de sourires. Le genre de concert qui te fait oublier que tu as de la poussière plein les baskets.
Ces rois du Tex Mex Psychedelia jouaient à Lessines le deuxième concert européen de leur carrière, la veille ils étaient à Paris et se réjouissaient de l’accueil incroyable que leur a réservé le public européen et notamment le public belge.
Pas moyen de ramener un vinyle dans ma besace, tout a été vendu très vite. Il n’ y a plus qu’à espérer que le groupe revienne bien vite fouler les terres belges en salle.
Eddy Smith & the 507 : la nouvelle sensation anglaise confirme
Autre gifle : Eddy Smith & the 507 ! Le Britannique, annoncé comme l’une des “sensations venues d’Angleterre”, a livré un set de blues-rock moderne redoutable d’efficacité.
Voix éraillée, riffs gras, section rythmique qui groove sans forcer, le band a fait monter la température de 3 degrés dans le chapiteau “Roots”. Mention spéciale à The 507 qui a terminé le set en jam étirée, public conquis et par une reprise incroyable du With A Little Help From My Friends, clin d’oeil à la version mythique de feu Joe Cocker, dont Eddy m’a confié être un grand fan.
Eddy Smith, c’est la preuve que le blues UK a encore de beaux jours devant lui.
Les autres moments forts d’une journée estivale
Jovin Webb : Le finaliste d’American Idol a conquis Lessines avec sa soul habitée. Voix caverneuse, présence scénique magnétique. Quand il reprend A Change Is Gonna Come, même les barmen s’arrêtent de servir. Ceci dit son album m’a plus séduit que sa prestation live avec des titres parfois un peu trop tirés en longueur, mais c’est un avis personnel bien sûr.
Jessie Lee & the Alchemists : Les Français, “Meilleur groupe de l’année” aux Blues Awards en France, ont prouvé pourquoi. Jessie Lee est une bête de scène. Sa voix, quelque part entre Beth Hart et Janis Joplin, a fait trembler les mâts du chapiteau même si passé les premières impressions on peut trouver qu’elle en fait un peu trop. Blues-rock puissant, soli de guitare incandescents. L’alchimie a pris devant un public que j’aurais pensé voir plus nombreux pour ce gig.
Thomas Frank Hopper : Le jeune prodige belge a joué à domicile et il a joué grand. Slide guitare, stomp box, harmonica : le one-man-band revisite le delta blues avec une énergie punk.
Le public du “Roots” était bluffé. La relève est assurée, même si personnellement n’étant pas plus fan que ça de TFH, j’ai écouté le concert d’une oreille distraite, profitant du moment pour aller à la chasse au paquet de frites. Ben oui, il y a des priorités !
Robert Finley : La légende. À 72 ans, “un des derniers grands bluesmen de notre ère” a enchanté la scène “Roots” avec une classe folle. Costume trois pièces, lunettes noires et chapeau bleu, voix qui a vécu. Le blues, le vrai, sous le soleil de Lessines. Frissons.
Du soleil, 12 concerts sans temps faible, ( et oui il a fallut faire des choix, je n’ai pas tout vu, j’ai loupé les bands de début de festival et ceux qui clôturaient la journée)) une organisation huilée et un site à taille humaine où artistes et public peuvent se croiser à la buvette.
Seul petit bémol : drôle d’idée que d’inclure le payement du merchandising des groupes via la carte prépayée du festival, beaucoup de gens râlaient et n’avaient pas envie de retourner à une caisse mettre de l’argent sur leur bracelet pour acheter des t-shirts ou des disques de leur artiste favori et il est clair que beaucoup ont renoncé à leur achat ( ce fut mon cas d’ailleurs) et que ce système vu nulle part ailleurs est loin d’être pratique et convivial. Pour les boissons et les repas ok, mais pour le reste c’est contraignant et peu pratique .
Mais à part ça, le Roots & Roses 2026 a rappelé une fois encore pourquoi il est à part dans le paysage des festivals belges.
Après des coups de cœur comme The Animeros et Eddy Smith, on a déjà hâte de voir qui sera sur l’affiche de la 16eme édition.
Jean-Pierre Vanderlinden / Photos (c) Hugues Timmermans pour Branchés Culture
































