Après The Scabs à l’AB, Bruxelles vit une autre semaine sous haute tension rock. The Haunted Youth occupent le Cirque Royal pour une série de 4 soirs complets. Le concert du mercredi 30 avril 2026 auquel j’ai pu assister était le deuxième rendez-vous, et il a confirmé que le groupe limbourgeois est passé désormais dans une autre dimension.
Né en 2019 dans la chambre de Joachim Liebens, à Hasselt, The Haunted Youth est d’abord un projet solo né d’une période de dépression et d’isolement. Liebens y couche ses démons sur des guitares shoegaze et des synthés rêveurs. Le titre Coming Home devient viral en 2021, et le groupe remporte De Nieuwe Lichting de Studio Brussel la même année.
2022 voit la sortie de Dawn of the Freak, premier album acclamé. Teen Rebel, Gone, Broken tournent en boucle sur les radios belges et néerlandaises. Le son? Un pont entre DIIV, The Cure période Disintegration et Slowdive, mais avec des refrains taillés pour les stades à la Simple Minds. S’ensuivent Pukkelpop, Rock Werchter, une tournée européenne sold out et des premières parties prestigieuses. En 4 ans, le “bedroom project” est devenu le porte-drapeau de l’indie belge à l’export. Un raz-de-marée !
Complet comme la veille, le Cirque Royal accueillait ce mercredi 30 avril le deuxième des quatre concerts bruxellois du groupe.
20h45 : Noir salle. Joachim Liebens, silhouette frêle et voix de spleen, est entouré de ses quatre musiciens. Dès l’ouverture sur Boys Cry Too suivi de In My Head, la production pose ses marques. Le son est massif mais cristallin, chaque nappe shoegaze trouve sa place sous la coupole.
Le lightshow fait le reste : stroboscopes chirurgicaux, faisceaux qui découpent la fumée, écran circulaire noyé de textures VHS. L’esthétique du groupe — ce spleen lumineux entre chambre d’ado et cathédrale — prend une dimension quasi cinématographique dans l’écrin du Cirque. La scénographie joue la carte de l’épure : un coeur suspendu et surtout un jeu de lumières stroboscopiques qui colle aux murs dorés du Cirque.
Le son : Impeccable. La réverb caractéristique du groupe prend une ampleur nouvelle dans la coupole. La basse fait vibrer les balcons ( mon gobelet posé devant moi en fera les frais et tombera de lui même heureusement vide !) et la batterie claque sec. C’est shoegaze, mais ça cogne.
La setlist déroule Teen Rebel fait chavirer la salle. Et quand Joachim Liebens attaque Emo Song, Broken ou Coming Home en rappel ça déclenche des frissons collectifs.
Petit détail qui tue, le concert ne se termine pas sur un salut. Noir plateau. Puis l’écran de fond de scène s’allume comme au cinéma et un générique de fin défile. Techniciens son, lights, backline, tour manager, catering, chauffeur du bus… tous les noms de l’équipe impliquée dans le show apparaissent. Classe, respect, et terriblement impressionnant. Une façon de dire que le phénomène The Haunted Youth est une œuvre collective.
The Haunted Youth a réussi le pari le plus dur : passer du club au Cirque Royal sans perdre son intimité. Quatre dates sold out à Bruxelles, c’est le marqueur qu’un groupe change de catégorie, de révélation indie à tête d’affiche qui remplit les salles patrimoniales.
The Haunted Youth a livré exactement ce que Bruxelles attendait : un concert puissant et hypnotique, et vu l’accueil de ce 30 avril, le phénix a encore de belles années devant lui.
Jean-Pierre Vanderlinden / Photos Hugues Timmermans











