Quatre histoires et… Oli : pour faire rêver les enfants, une voix, des mots, des illustrations qui font rêver et un casting quatre étoiles

Ça n’a l’air de rien une histoire, et pourtant… Je suis convaincu que lire des histoires aux enfants avant qu’ils dorment à poing fermé, c’est formateur et ça participe à une ouverture au monde, à sa diversité, à sa poésie mais aussi à son réalisme. Pour faire rêver ou faire réfléchir. C’est ainsi que profitant de l’arrivée des longues soirées de fin d’automne et puis d’hiver, Michel Lafon, en collaboration avec France Inter, décline les podcasts Une histoire et… Oli en livres jeunesse illustrés. Une bonne idée. Première salve avec quatre titres.

Résumé de l’éditeur : Ce matin-là, c’était le PIRE matin du monde pour Max. C’était son premier jour d’école. Et l’école, c’est à l’extérieur… Dehors…Là où il ne se passe que des trucs qui font peur. « Je vais te rendre invisible », lui proposa un lutin qui apparut sur le chemin. Max aurait préféré être transformé en dragon à six têtes, mais bon, être invisible, c’est déjà pas si mal !

© Zep chez France Inter/Michel Lafon

Tout de suite après s’être adressé aux grands et à un public averti, Zep n’oublie pas les plus petits. C’est ainsi que le papa de Titeuf ouvre le bal avec Max, un petit garçon qui ne veut pas découvrir l’école, parce qu’il a peur qu’elle soit comme le monde infernal qu’il voit à la télé. Heureusement, un peu de magie peut permettre de mettre un nouveau filtre à ses angoisses. Être invisible, c’est-y pas le pied ? Jusqu’à un certain point, en tout cas.

© Zep chez France Inter/Michel Lafon

C’est fou le feeling qu’a Zep avec les jeunes lecteurs. L’air de rien, toujours avec ses codes et sa signature reconnaissable entre tous et évocateur, son histoire richement illustrée est le moyen parfait pour raconter aux têtes blondes et parfois têtues que l’école, ça peut être chouette, qu’il y a une vie après la télé et qu’il ne faut pas croire tout ce qu’elle raconte.

© Zep chez France Inter/Michel Lafon

Résumé de l’éditeur : Le jour où j’ai entendu papa dire un gros mot dans le salon, j’ai su que nous avions un gros souci. D’abord parce que mon père n’en dit jamais, ensuite parce qu’il était penché juste au-dessus de l’aquarium de Nadine et Robert…

© Delphine de Vigan/Sess chez France Inter/Michel Lafon

C’est une formule plus classique qu’on retrouve à l’oeuvre pour les trois autres albums, jusqu’ici, de cette collection : à savoir un(e) écrivain(e) allié(e) à un illustrateur ou une illustratrice. Dans Nadine et Robert, les poissons rouges, Delphine de Vigan a trouvé en Sess un illustrateur de choix pour raconter une banale histoire du quotidien, pouvant être traumatisante pour un petit gars. Celui-là, c’est Titou, et sur les deux poissons rouges de son aquarium, il vient d’en perdre un. Nadine flotte à la surface, inerte. Un an pour un poisson rouge, ce n’est pas très long mais c’est la vie et, avec son papa, ils se résolvent à aller enterrer le petit corps sans vie de cette copine du bocal. Mais où ce faire ?

© Delphine de Vigan/Sess chez France Inter/Michel Lafon

D’un drame si simple, Delphine de Vigan et Sess tirent la vie et la joie. Pourquoi la mort ne serait-elle pas une fête ou du moins un nouveau départ. Les larmes font place au sourire quand il est question de partir à l’aventure avec ce petit bonhomme dans un Paris rayonnant (avec Notre-Dame qui n’avait pas encore flambé, moment émotion mine de rien). C’est enfantin avec une jolie conclusion pour dire que, résolument, il ne faut pas avoir peur de la mort et qu’elle peut réserver des surprises.

© Delphine de Vigan/Sess chez France Inter/Michel Lafon

Résumé de l’éditeur : Olga lisait sous un cerisier. Soudain, elle entendit une voix nasillarde. « Urgence! » disait la voix. Olga regarda autour d’elle. Un canard battait des ailes. « Tu n’as pas de coeur, ou tu es sourde, ou les deux ? J’ai crié urgence. Urgence ! Tu ne connais pas ce mot ? Ça veut dire qu’on a besoin d’aide. – Ok, répondit Olga. – Suis-moi », dit le canard au caractère autoritaire.

© Geneviève Brisac/Laetitia Le Saux chez France Inter/Michel Lafon

Avec sa couverture digne de Nils Holgersson emporté à l’aventure par la migration d’oies sauvages, Olga, le canard et le petit garçon battu est sans aucun doute le titre le moins convaincant de ce début de collection. Ainsi, Geneviève Brisac (Prix Fémina 1996) nous livre une histoire ahurissante, plongeant entre réalité et onirisme à l’aide de personnages bien différents les uns des autres : Olga, une petite fille a priori trop bien dans sa bulle de confort que pour en sortir; un canard qui parle; un petit garçon martyrisé verbalement par son papa pour apprendre à nager… Mais comment l’en sortir?

© Geneviève Brisac/Laetitia Le Saux chez France Inter/Michel Lafon

Sauf que rien ne marche. À commencer par la structure de ce texte, qui commence dans le futur pour ensuite partir en flash-back. Pas sûr que, dans un livre fait pour être lu avant de dormir pour des enfants en bas-âge, il soit conseillé de les perdre dans les limbes d’une construction narrative hasardeuse. D’autant plus que, perchée dans son délire, Geneviève Brisac nous perd complètement à coups de références inutiles mais semant la confusion (Cendrillon, une histoire drôle avec un canard qui parle…) qui nous font dire que ce petit album ne se suffit pas à lui-même. Le pompon ? Des récitatifs ouvrant les chapitres constitués de phrases à rallonges et pompeuse.

© Geneviève Brisac/Laetitia Le Saux chez France Inter/Michel Lafon

Bref, un style beaucoup trop ampoulé que pour séduire ne fût-ce que les parents. Alors, les enfants, vous pensez ? Dommage pour la pauvre Laetitia Le Saux qui fait preuve d’un bel univers, plat mais poétique, rempli de couleurs et de volatiles que, sans nul doute, plutôt que d’écouter cette histoire harassante, votre enfant cherchera à identifier.


Résumé de l’éditeur : Le Père Noël était embêté, très embêté ! Comme tous les matins, il regardait par la fenêtre… Le soleil brillait, les vallons étaient verts…Mais pas un flocon de neige à l’horizon ! Alors, il sortit de son chalet et réunit ses rennes :  » Comète ! Cupidon ! Danseur ! Eclair ! Fringant ! Furie ! Tonnerre ! Tornade ! Approchez ! Je dois vous parler ! L’heure est grave… « 

© Francois Morel/Lili la baleine chez France Inter/Michel Lafon

Éh, ben dis donc, sur la couverture, le Père Noël, il a bien changé, loin de son costume en bonnet et due forme ! Il est cool, relax, ça doit être ses vacances. Mais en novembre, ne serait-il pas temps de s’y mettre ? Oui, mais avant ça, devant le miroir, Santa se dit qu’il changerait bien de style. Raser son éternelle barbe ? Oui… mais non… Et c’est en passant devant la vitre, un autre miroir en quelques sortes, que l’homme le plus aimé des enfants se dit que quelque chose cloche.

© Francois Morel/Lili la baleine chez France Inter/Michel Lafon

Avec ce premier album de Noël à nous être tombé entre les mains, François Morel ne trahit pas sa réputation de tendre humoriste, conscientisé au monde qui l’entoure. Par l’absurde mais prouvant que l’idée fait son chemin, à partir d’un personnage emblématique semblant vieux comme le monde, ou du moins les dinosaures, Morel fait une icone de cette Terre qui doute, avec ses saisons qui semblent filer à l’envers. Qu’est-ce qu’il y peut au réchauffement climatique, ce bon vieux père Noël ? Peut-être pas grand-chose mais il essaie, tout d’un coup, de prendre des décisions. Aussi vrai que son Pôle est en train de fondre. Avant qu’il ne devienne le Pôle mort. Et l’initiative de réduire leur empreinte écologie, accueillie par les rennes à coups de « hip hip hip hourra » et de « Père Noël Président! », pourrait bien faire son chemin. Entraînée par les traîneaux du changement.

© Francois Morel/Lili la baleine chez France Inter/Michel Lafon

De son côté, en osmose avec ce Père Morel en pleine forme, Lili la baleine est comme… ben non pas comme un poisson dans l’eau… plutôt comme un lutin dans l’atelier à jouets. Dans les paysages verdoyants à défaut d’être enneigés comme dans les personnages, et notamment tous ces rennes qu’on ne différencie jamais assez dans les oeuvres. Ici, chacun a sa personnalité, ses passions. Mais tous ont cette envie de changer le monde. De quoi finir en beauté cette première salve.

© Francois Morel/Lili la baleine chez France Inter/Michel Lafon

Bon, en dépit de toutes les qualités des auteurs, et de cette possibilité offerte d’écouter l’histoire lue par l’auteur(e), ça reste tout de même un peu cher. C’est clair, on ne saura pas acheter les quatre livres en une seule fois. Pour le reste, ce pourrait être la naissance d’une grande collection, pas moins de 26 autres histoires sont disponibles en podcasts. Le casting est non seulement impressionnant mais aussi prometteur.

Collection : Une histoire et… Oli

Écrivains : Zep, Delphine de Vigan, Geneviève Brisac, François Morel

Illustrateurs : Zep, Sess, Laetitia Le Saux, Lili la baleine

Éditeur : Michel Lafon/France Inter

Sortie: le 17/10/19

Nbre de pages : 32 pages

Prix : 12,95 €

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