Comment un petit dessin du matin de Carole Maurel est devenu, dans les yeux de Véro Cazot, la série Mi-Mouche, une délivrance par la boxe et l’ombre (interview)

C’est fou comme une trajectoire peut vite dévier, pour le pire, et redévier, pour le meilleur, même s’il va falloir se battre, se faire sa place. Encore plus, quand on est plus petit que la moyenne et que ça génère des moqueries. Colette « Mi-Mouche », qui étaient pieds et poings liés, en sait quelque chose. Jusqu’à onze ans, elle a vécu dans l’ombre de sa soeur Lison, la plus belle et la plus brillante des deux jumelles. Et puis Lison est morte dans un accident de voiture. Sa mère conduisait : elle a perdu un bras et sa fille préférée. Colette s’acharne à continuer la danse classique où sa soeur excellait. Sans grand talent ni grande conviction. Jusqu’au jour où le destin l’amène dans une salle de boxe… et c’est la révélation ! Et le début des ennuis… Toujours pleine d’humanité et de bonnes idées, Véro Cazot a trouvé en Carole Maurel une solide partenaire, qui sent elle aussi si bien les choses, pour mettre en dessin, en couleurs, en ombre et lumières ce destin repris en main. Interview avec la scénariste.

© Cazot/Maurel chez Dupuis

Bonjour Véro, comment est née Mi-Mouche, quelle est son origine. Est-ce vraiment, comme le dit la légende, un dessin sur le profil Instagram de Carole Morel qui vous a titillé ?

Oui, c’était vraiment assez magique et inattendu. C’est la première fois que je travaille de cette manière. Tout est parti de ce dessin de Carole Maurel. J’ai vraiment eu envie de développer ce personnage et, par chance, il était libre. Par chance aussi, Carole avait envie de travailler avec moi.

Pourquoi Carole Maurel l’avait-elle dessiné ?

C’est vraiment un petit dessin du matin posté sans arrière-pensée, juste comme ça, pour le partage de la récréation. Je ne sais pas dans quelle humeur, Carole était à ce moment-là. Mais, sûrement, était-elle un petit peu en colère. On sentait quand même beaucoup de choses dans ce dessin, mais elle, elle n’avait rien imaginé de plus.

Votre rapport à la boxe était jusque-là quasiment inexistant si ce n’est la vision de quelques films comme Rocky ou Million Dollar Baby. Et, du côté de Carole?

Carole a fait un an de boxe française, ce qu’on appelle la savate. Cela date déjà d’il y a quelques années. Mais ça l’a beaucoup aidé, en fait, à dessiner la boxe, à dessiner les gestes, les bons gestes, tout ça. Même s’il s’agit d’une boxe un peu différente, ça l’a beaucoup aidée, oui. Je pense que c’est pour ça aussi qu’elle dessinait un peu… Ce n’était pas la première fois qu’elle dessinait des boxeuses, apparemment, à l’immédiat.

Donc, il y a ce dessin du matin au début, et tout de suite, votre imagination se met en route. Qu’est-ce que vous imaginez ?

Alors, tout de suite, je me dis que ce personnage est plein de contrastes, qu’il est fragile, qu’elle est un peu chétive, mais en même temps, qu’elle a une force incroyable. Elle dégage quelque chose comme ça de très contrasté, en fait. Et j’ai imaginé, au tout départ, alors tout s’est développé après, mais au tout départ, j’ai imaginé une dualité immédiate entre ce qu’elle peut exprimer et ce qu’elle peut ressentir. Et ce qu’elle peut aussi renvoyer de son image. Il y avait un super terreau pour raconter pas mal d’histoires à ce niveau-là.

© Cazot/Maurel chez Dupuis

Au-delà de ça, je trouvais aussi qu’elle ressemblait assez à une jeune fille de bonne famille, malgré son air un peu revêche. Et je me suis dit que la boxe pouvait la faire sortir de sa condition sociale, que c’était une sorte de choc des cultures aussi. Il y avait beaucoup de choses à dire là-dessus, sur les préjugés courant sur la boxe, par exemple en tant que parents des beaux quartiers, privilégiés.

Alors, vous l’imaginez petite, cette héroïne. C’est-à-dire que sa croissance s’est stoppée à un moment.

J’avais vraiment envie de parler d’une fille justement un peu diminuée physiquement. Qui exprimerait sa force autrement parce que ça lui donne plus de défis et de contraintes. Ça pouvait aussi s’expliquer par la perte de sa soeur. Un stress post-traumatique qui va l’empêcher de grandir. Puis, en boxe, ce n’est pas forcément le plus fort, le plus grand, le plus costaud qui gagne. Ça se joue sur plein d’autres choses. Ce personnage de Mi-Mouche exprime cela.

© Cazot/Maurel chez Dupuis
© Cazot/Maurel chez Dupuis

Cette croissance qui se stoppe, se met sur pause suite à un choc, ce phénomène a-t-il été documenté?

Oui, il y a des exemples. Et le processus peut se relancer. Certains enfants s’arrêtent de grandir un certain nombre d’années, puis, un jour, la croissance repart. Ça peut être dû à la fois à un choc. Ici, Colette refuse presque de grandir parce que sa soeur n’est plus. Elle ne veut pas la dépasser. Elle est en conflit intérieur.

La thématique de la dualité, ce n’est pas la première fois que vous vous l’utilisez dans vos albums.

Oui, apparemment. C’est vrai, je m’en suis rendu compte il n’y a pas très longtemps.

© Maurel
© Maurel

Dans Le champ des possibles, dans Olive ou Les petites distances. Ici, ça va se matérialiser par cette jumelle qui disparaît trop tôt et par cette ombre qui accompagne désormais Colette, qui est indépendante dans sa manière de penser. L’ombre,  c’est vraiment quelque chose de caractéristique du dessin de la bd. Parler d’un ombre en littérature générale ou au cinéma, ce n’est pas évident.

Je pense, effectivement, que si j’avais abordé cette histoire autrement qu’en bande dessinée, je n’y aurais même pas pensé. C’est l’avantage de la bd. Il faut essayer de chercher en quoi la bande dessinée est intéressante pour telle histoire et en quoi elle peut m’offrir des outils. Dans mes albums, j’adore justement représenter ce qui ne peut en principe pas être vu. Des esprits, cette ombre qui va être incarnée, très vivante et va avoir beaucoup d’importance. C’est un vrai personnage, en réalité. La BD offre ces opportunités, il ne faut pas s’en priver.

© Cazot/Maurel chez Dupuis
© Cazot/Maurel chez Dupuis

Comment matérialiser une ombre graphiquement?

Ça a vraiment été une grosse question, un défi pour Carole Maurel. Nous avons beaucoup tâtonné et, en même temps, elle a tout de suite imaginé quelque chose d’un peu griffonné, gribouillé pour exprimer vraiment des émotions. En particulier sur le premier tome, chargé d’émotions plutôt négatives. Cette ombre, elle est un peu confuse, un peu élastique. Cette ombre, nous avons décidé qu’elle pouvait être énorme ou petite, changer de taille en fonction du ressenti et des émotions de Colette. Nous voulions vraiment jouer là-dessus.

En espérant que ça se ressente à la lecture. Après, certains lecteurs ont leurs interprétations, parfois on la prend pour le fantôme de la soeur perdu. Pour nous, c’est vraiment l’ombre de Colette, tout ce qu’elle a enfoui et qu’elle n’arrive pas à assumer, sa véritable personnalité.

Vous parliez du potentiel de la bande dessinée quand on raconte une histoire. Vous, comment y êtes-vous arrivée?

Un peu par hasard, quand même. Au début, je suis arrivée avec un projet assez différent de ce que je fais aujourd’hui. C’était « Et toi, quand est-ce que tu t’y mets? » C’était un projet que je voulais développer sous une tout autre forme, au cinéma. Ça a failli se faire, par moments. J’ai eu des pistes pour la télévision. Mais, on me demandait à chaque fois de changer la fin de mon histoire. C’est-à-dire que cette femme que j’avais choisie comme héroïne, était heureuse et ne voulait pas d’enfants. Pourtant, les producteurs voulaient qu’à la fin je la fasse changer d’avis. Hé non. Il y a plein d’histoires avec des parents, des personnages qui changent d’avis, décident de faire un enfant. Ce n’était pas ce que je voulais raconter.

À chaque fois que j’ai essayé d’écrire des films ou des séries, je me suis rendu compte que je dépendais vraiment beaucoup de l’avis des producteurs, des chaînes de télé, des budgets et des attentes de chacun et chacune. En fait, je ne m’y retrouvais vraiment pas. J’ai donc commencé à beaucoup m’intéresser à la bande dessinée, à y voir – c’était il y a une vingtaine d’années – de nouvelles autrices, de nouveaux genres et de nouveaux formats narratifs émerger. Le roman graphique explosait et je me suis dit qu’il y avait plein de manières de raconter des histoires en bande dessin. Évidemment, comme ce n’était pas la même économie, on nous laisse beaucoup plus libre de créer les histoires telles qu’on les imagine. Je suis arrivée par hasard sur ce sujet de société que je voulais aborder sous le format de gag à la page. J’en ai signé deux tomes.

C’est après que ça a été plus difficile parce qu’il a fallu que je sorte de ce genre. J’ai mis cinq ans à faire mon deuxième projet bd. Une fois que j’ai fait de la fiction en bande dessinée, j’ai vraiment trouvé ma place.

Aujourd’hui, pourrait-il y avoir un retournement de situation avec pourquoi pas l’adaptation d’une de vos histoires au cinéma?

Il y a déjà eu des projets dans ce genre. Ça pourrait. Nous avons été approchées pour Mi-mouche justement. Mais c’est encore un peu tôt, le deuxième tome vient seulement de sortir et l’histoire sera bouclée en trois parties. Donc, je pense que Carole comme moi, nous préférons attendre la fin de ce cycle pour que les producteurs sachent ce qu’ils peuvent nous proposer sur base de ce que nous voulons raconter. Jusqu’ici, c’est plus le personnage de boxeuse qui les intéresse. Par contre, on nous a déjà dit que parler du deuil, c’est peut-être un peu trop… on retombe exactement dans ce que j’ai fui: nous engager sur un projet de cinéma et voir notre histoire effacée, édulcorée parce qu’on enlève tout ce qui dépasse un peu. Financièrement, c’est beaucoup plus intéressant, mais artistiquement, c’est contraignant et frustrant. Nous verrons.

© Cazot/Maurel chez Dupuis

Mi-Mouche peut compter sur un ami, Elias. Enfin, leur relation est assez compliquée dans ses deux premiers tomes. Lui fait de la danse, avec Colette initialement. Il m’a fait penser à un certain Billy Elliot.

C’est totalement assumé. Notre histoire est d’ailleurs une sorte de Billy Elliot inversé. J’ai d’ailleurs revu le film à cette occasion. Alors, il n’est pas du tout question du même milieu social et ce n’est pas du tout la même histoire mais, néanmoins, il y a cette problématique similaire : devoir sortir de son milieu social, de sa condition, de ce qu’on attend de nous, et se battre pour ses propres désirs.

© Cazot/Maurel chez Dupuis

Mi-Mouche, c’est donc une vraie catégorie de boxe.

C’est vraiment ça qui m’a donné envie de ce titre-là. Ça correspond à Colette, même si on ne connaît pas la boxe, le titre est très évocateur et nous raconte tout de suite l’histoire d’un personnage trop petit, tellement petit que c’est même pas la moitié d’une mouche. Et si on connaît la boxe, on sait aussi que ça va raconter l’histoire d’un poids très léger qui va devoir s’engager dans des combats de boxe.

© Cazot/Maurel chez Dupuis

Mais pour le moment, tous les matchs se passent hors ring. Il y a les entraînements sur la plage, les rounds organisés à l’école.

Patience! Pour l’instant, Colette doit surtout se battre pour avoir le droit de boxer. Nous n’en sommes pas encore au ring.

Oui, car, nous sommes face à une maman qui a du mal à changer d’avis.

En même temps, on peut la comprendre, elle a aussi ses propres traumatismes à gérer. En plus d’avoir, tout comme moi quand j’ai commencé à écrire sur la boxe, de gros a priori sur ce sport. On peut comprendre qu’elle ait envie de protéger son enfant, d’autant plus qu’elle a déjà perdu une fille. Je sais que les lecteurs adultes lecteurs la comprennent plus que les enfants lecteurs qui la trouvent vraiment super pénible, stricte et dure.

© Cazot/Maurel chez Dupuis

Nous partons de loin dans le premier tome, ça nous permet aussi de voir son évolution, au fil des trois parties. Elle va quand même évoluer et s’ouvrir un peu, voir que sa fille s’épanouit dans ce sport, qu’elle s’affirme. N’oublions pas non plus que c’est presque un deuil pour elle de ne pas avoir la fille danseuse dont elle rêvait. Mais je crois que, petit à petit, elle va prendre conscience que, pour le bien de sa fille, il va falloir qu’elle lâche du lest, ses propres attentes, qu’elle fasse confiance. Pour son bien à elle aussi.

© Cazot/Maurel chez Dupuis

Oui, pour retrouver aussi sa propre vie! Finalement, c’est le papa lui qui va peut-être être un des alliés de Colette.

Ce père est assez inexistant dans la première partie, très discret. Même dans le dessin. Carole l’a beaucoup représenté en arrière-plan. On le voit très peu en premier plan. Je ne suis même pas sûr qu’on le voie une fois, d’ailleurs. Puis, dans le deuxième tome, il va commencer à comprendre un peu mieux sa fille et à se faire le relais entre elle et sa maman qui sont en conflit. Il prend sa place. Colette va voir qu’elle peut peut-être s’en faire un allié. En tout cas, qu’il la comprend et peut l’aider à convaincre l’autre adulte qui s’occupe d’elle.

© Cazot/Maurel chez Dupuis

Vous parliez tout à l’heure de Carole qui avait fait de la boxe française. Il y a justement une opposition entre boxes française et anglaise. On la voit dans le deuxième tome.

En fait, j’ai essayé de voir toutes les difficultés que Colette pourrait rencontrer en boxe amateur. C’est un peu fight club au collège. Évidemment, cette fille qui la harcèle un peu et qui n’y connaît rien en boxe, veut juste qu’elle se batte avec des adversaires différentes. On va donc voir que ces deux types de boxes sont quand même assez différents, qu’on ne se bat pas à armes égales.

Et vous, depuis le début de cette aventure, vous êtes montée sur un ring ?

Alors, justement, à la fin de l’écriture du tome 3, je me suis dit que j’avais fait assez de théorie, que j’avais regardé vraiment beaucoup de vidéos d’entraînement, et ça m’a donné envie d’expérimenter vraiment. Je me suis donc inscrite à la boxe en septembre. J’en fais depuis quatre mois (cette interview a eu lieu mi-janvier). Ça va, pas de gros bobos! J’aime beaucoup ça. C’est évidemment de la boxe amateur débutante, j’apprends les techniques. Je me rends compte à quel point c’est encore plus difficile que ce que j’imaginais. J’apprends les gestes. Pour l’écriture, ce sera bénéfique dans l’optique d’un éventuel deuxième cycle.

Je comprends encore plus pourquoi ce personnage évidemment fictif de Colette a tant envie de faire de la boxe, pourquoi elle aime tellement ça et ce que ça peut lui apporter.

Dans les gestes, on le voit parfois, Carole Maurel surligne certains mouvements, comme des décharges, quand le coup arrive sur le corps de l’adversaire.

C’est toujours son style, inimitable, mais je trouve que pour les besoins de cette BD, qui demande beaucoup plus d’action que ce qu’elle avait fait précédemment, elle a cherché de nouvelles trouvailles graphiques, pour exprimer la vitesse, la force. C’est super amusant à faire. Dans le tome 2, elle a trouvé des idées aussi dans la couleur et sa gestion, pour faire passer des gestes, de la force, etc. C’est super efficace. Ça m’a beaucoup inspiré pour l’écriture du tome 3, où il y aura beaucoup plus de scènes sur le ring. Ça va être vraiment bien!

© Cazot/Maurel chez Dupuis

Il y a un équilibre aussi à trouver quand on se lance dans ce genre d’ouvrage pour dépeindre le monde de la boxe en dehors des a priori mais ne pas en faire pâtir le monde de la danse.

C’est sûr. Puis, ne pas juste raconter ça. En fait, le sport est un support mais ce qui m’intéresse là-dedans, c’est plutôt les conflits internes, les problèmes qu’une Colette peut rencontrer dans la vie de tous les jours. Il fallait que ce soit plus profond que juste regarder un simple match ou un combat, pour accompagner des émotions, des problèmes à résoudre sur le terrain ou dans la vie.

Comment ne pas parler de ces cochons évadés, par lesquels tout démarre finalement?

Il n’y a vraiment que dans mon cerveau que c’est compréhensible. Je pouvais raconter cette rencontre accidentelle de Colette avec la boxe de mille manières. À partir de ce but, on nourrit des premières idées très classiques, celles que souvent les élèves sortent en premier lors de mes rencontres scolaires. Après, on essaie d’aller plus loin. On étudie le lieu où l’on se trouve: ici, une ville au bord de la mer. En me documentant, je me dis que c’est une ville qui ressemble plus ou moins à Biarritz et… je tombe sur un cochon basque. À partir de ce moment, j’imagine une évasion d’animaux en train d’être conduits à l’abattoir. Ils sont conditionnés et sortent de leur condition. C’est une rébellion pour la liberté et à laquelle Colette assiste. Tout ça, on n’est pas obligé de le savoir, on s’en fiche en fait. Mais c’est ce cheminement qui m’a amené à penser que cet événement va non seulement amener Colette à pousser la porte d’une salle de boxe mais aussi l’autoriser elle aussi à prendre sa liberté.

© Cazot/Maurel chez Dupuis

Et les cochons, inarrêtables, réapparaissent dans le deuxième tome.

Oui, comme un petit message personnel que presque seul Colette peut comprendre. Des petites choses qu’on peut ressentir en seconde ou troisième lecture. Elle a une sorte de connexion avec eux.

Ne serait-ce pas la première fois que vous vous adressez à un lectorat aussi jeunesse?

C’est la première fois en bande dessinée en tout cas. Mais c’est l’histoire qui m’a amené à m’adresser à ce public-là. Parce que la manière qui m’a semblé la plus intéressante de la raconter, c’était de la situer à l’âge de l’adolescence. Il n’y a pas de différence, pour moi, en amont. La seule réelle différence c’est le public que je rencontre qui est vraiment ultra-chouette. Rencontrer un public d’enfants/adolescents, c’est hyper-intéressant et ça donne beaucoup d’espoir. Car oui, les jeunes continuent à lire, de la bd. Mon métier n’est pas mort et je vais peut-être encore pouvoir travailler, me faire plaisir pendant quelques années.

© Cazot/Maurel chez Dupuis

Parce qu’il y a eu des doutes?

Oui, des peurs. On sent parfois qu’il y a des périodes où les libraires vont plus mal. Des classes entières qui ne lisent absolument pas de BD. Ça me fait des inquiétudes. Puis, parfois, au contraire je rencontre des classes qui adorent la BD, qui posent des tas de questions sur comment on fait un livre. Ça dépend des jours, des rencontres et des infos. On pourrait parler de l’intelligence artificielle, aussi, qui amène pas mal de craintes en ce moment sur la création en général.

Vous touchez souvent le public avec vos projets. Mais, derrière, y a-t-il beaucoup de projets qui ne sont pas retenus, qui restent au fond du tiroir.

Il y en a très peu, je ne suis pas très productive. Quand je propose un projet, il est déjà assez abouti. Parce que j’ai moi aussi besoin de me rassurer sur le fait que l’histoire tient debout, qu’il y a des choses à dire. En 15 ans, il y a peut-être trois projets qui sont tombés à l’eau… et que je n’ai pas forcément eu envie de reprendre. Au début, c’est un peu douloureux , pénible mais, au final, ça passe. J’ai de la chance d’avoir des éditeurs qui me suivent sur la plupart de mes projets.

Alors, quelle est la suite?

Il y a naturellement un troisième tome de Mi-Mouche qui arrive. Avec Anaïs Bernabé, avec qui j’avais réalisé Le champ des possibles, nous terminons un gros album. Toujours chez Dupuis, dans le même format que l’album précédent: 142 pages. J’ai terminé il y a très peu de temps le scénario et Anaïs est à la 110e planche. Cette histoire parlera du fait de vieillir quand on est une femme. Il y aura un peu d’écologie liée à l’humanité. Il sera aussi question de jeunesse éternelle et d’immortalité. Ça se passera au bord de la mer et dans les océans. Cette femme va vieillir avec un homme qui reste éternellement jeune, et tout ce à quoi ça peut confronter. Anaïs Bernabé a encore pris du galon, elle a trouvé un style pour dessiner cet album, ses planches vont être vraiment sublimes.

Arrêtez, on ne va pas savoir attendre. Merci à vous, Véro, et vivement la suite.

À lire chez Dupuis.

© Cazot/Maurel chez Dupuis
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