Weekly, son origin story façon Rigano: mais qui est la belette? Et faut-il censurer, brûler Blacksad sur l’autel autoritaire de la religion?

© Canales/Rigano chez Dargaud

Premier (et pas dernier?) spin-off de la série culte Blacksad, Blacksad Stories s’intéresse à la vie du meilleur ami du détective John Blacksad depuis le 2e tome, Dustin Kalisnowszczyzna, qui serait connu plus tard sous le nom de Weekly, journaliste sensationnel pas toujours des plus inspirés mais attachant. Aux commandes de cette origin story, on retrouve toujours Juan Diaz Canales et un nouveau venu dans cet univers, le charismatique Giovanni Rigano (dont on adore ne fût-ce que les Tête de pioche).

À lire aussi | Alors, tout tombe : un brin désorienté, Blacksad retrouve la lumière pour mieux visiter les ténèbres

© Canales/Rigano chez Dargaud

Résumé de Blacksad Stories – Weekly par Dargaud : Dustin, une fouine, vit à New-York avec sa grand-mère d’origine russe, Chana, dans un minuscule appartement et vivote en acceptant des petits boulots au plus grand désespoir de Chana. Fidèle croyante, elle décide d’aller voir la pasteure Lubansky, une brebis qui mène une croisade contre le mal incarné à ses yeux, par les publications destinées aux jeunes lecteurs : les comics… Le mari de la pasteure embauche Dustin dans un commerce « respectable » : une maison funéraire ! Résigné, Dustin décroche pourtant un autre job chez Proper Comics, dirigé par Venables, l’ennemi juré des Escadrons de la Vertu de la pasteure Lubansky. Malgré la menace de censure, Venables lui confie la réalisation d’un roman photo. De son côté Dustin comprend peu à peu que le commerce de M. Lubansky, surveillé par les services secrets, cache bien des secrets…

Mais qui est la belette? Si en plus de vingt-deux ans (Blacksad en a 25 et un album en plus), les lecteurs ont appris à connaître le sidekick, cavalier solitaire parfois, du chat détective, Weekly méritait son prequel, expliquant pourquoi il n’a rien à perdre.

Dans cet album auto-conclusif, Juan Diaz Canales creuse les impulsions de sa créature, pris entre deux feux, les folies et credo de sa grand-mère russe en exil, bigote, et le destin plus grand que lui qu’il rêve de réaliser. Quitte à faire des choses pas très catholiques. Photographe, écrivain du réel ou d’histoires fantasmées comme on en lit dans les comics, quelques fois amoraux dans leurs élans super-héroïques, horrifiques ou hard boiled.

© Canales/Rigano chez Dargaud

Et justement, les escadrons de la vertu, une association religieuse proactive, emmenée par la femme du croque-mort, la pasteure Lubansky, entend bien faire le ménage dans ce que peut ou non lire la jeunesse (on vous laisse deviner dans quelle catégorie serait la série Blacksad, par exemple). Quitte à ce que tout cela finisse en autodafé.

© Canales/Rigano chez Dargaud

Dans cet album enchanté par Giovanni Rigano, à qui cet univers plus sombre que ces histoires habituelles va comme un gant (dans la lignée de Guarnido sans sacrifier son style et son énergie pour le mimétisme), les intrigues se croisent, sociales et polar, avec fausses pistes, hallucinations et cul-de-sac. Galerie de personnages anthropomorphes à l’appui, entre humour et effets glaçants.

© Canales/Rigano chez Dargaud

Dans ce coin du New-York d’il y a cent ans, Dustin essaie donc de s’en sortir, rusé mais parfois trop bavard, pas assez discret ni méticuleux. Pourtant, il veut réaliser son rêve, vivre de sa plume et de son flash. Canales livre, en dessous de l’aventure, un questionnement très autobiographique pour un auteur de bd: est-ce un bon choix de vouloir faire carrière dans ce domaine: comics ou journalisme? Encore plus par les temps qui courent, quand quelqu’un dont on pensait la parole inoffensive peut devenir votre bête noire parce qu’elle a trouvé le bon réseau, les mots qui tuent, la puissance du sectarisme religieux (déjà vu à l’oeuvre chez l’Undertaker) et de la censure. Puis, parmi les briscards, il faut aussi trouver sa place. La mise en abyme, est judicieuse.

© Canales/Rigano chez Dargaud

Cette histoire indépendante (pas si) éloignée de celles que vit Blacksad m’a beaucoup plu, par l’écho qu’elle nourrit, par toutes les clés qu’elle donne pour comprendre Weekly, sa psychologie et d’où il revient. Parce que sa jeunesse méritait bien plus qu’un simple article, un album de BD joliment ficelé.

À lire chez Dargaud.

© Canales/Rigano chez Dargaud
© Canales/Rigano chez Dargaud
© Canales/Rigano chez Dargaud
© Canales/Rigano chez Dargaud
© Canales/Rigano chez Dargaud
© Canales/Rigano chez Dargaud

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.