
En 10 ans seulement et huit albums, la série Undertaker s’est hissée parmi les classiques des westerns de la bande dessinée. Crescendo, asphyxiant, passionnant, avec des ennemis toujours pires, en dépit des apparences. N’est-ce pas Sister Oz?

À lire aussi | Undertaker, mon croque-mort, ce héros – Interview avec Xavier Dorison
À lire aussi | Undertaker fait huis-clos des horizons du western
À lire aussi | La BD n’en finit plus avec le western et les shérifs n’ont qu’à bien se tenir, les croque-morts sont en forme
À lire aussi | Aristophania et Undertaker: Xavier Dorison en limousine tout-terrain, Ralph Meyer et Joël Parnotte en pilotes vertigineux
À lire aussi | Entre cabale et cavale, l’Undertaker mis à mal : qui du vautour ou du marabout emportera l’héritage d’Hippocrate ?
À lire aussi | Avortement vs. fanatisme religieux au Texas: au nom du père, du fils, du Saint Esprit, du petit ange parti trop tôt et de l’…Undertaker

Résumé du tome 8 d’Undertaker – Le monde selon Oz par Dargaud : À Eaden, petite ville du Texas sortie ruinée et humiliée de la guerre de Sécession, Sister Oz, gourou de la ligue de la vertu, a convaincu la population qu’elle retrouverait son honneur en faisant sa propre justice… et en empêchant Eleonor Winthorp d’avorter. Pour cela, tous les moyens sont bons : humiliations, intimidations, et pourquoi pas tuer Randolph Prairie, le médecin qui s’apprêtait à pratiquer l’opération. Mais un homme se dresse pour protéger celui qui est pourtant son rival amoureux et permettre ainsi à Eleonor de choisir son destin : Jonas Crow, l’Undertaker. Dans cette ville crépusculaire qui oscille entre liberté et fanatisme, chacun devra choisir son camp, quitte à en perdre la vie. Nul ne sortira indemne du monde selon Oz.

Ah les beaux parleurs, charismatiques, dont on boit les paroles, qui imposent leur autorité. Jonas Crow, le croque-mort, même s’il ne parle pas beaucoup, a ce don d’imposer son expertise, son leadership, son évangile. Mais, depuis le tome 7, rien ne va plus, il a trouvé son maître, ou plutôt sa maîtresse, bien plus forte, car machiavélique, que lui. Sister Oz, on lui donnerait le bon dieu sans confession, celui qu’elle se donne d’ailleurs, pour renverser les rôles et faire passer l’adversaire pour un monstre. À l’envi.

Pourtant, elle est la peste et le choléra réunis. Elle est tarée et néanmoins, de jour en jour, elle enrôle, corrompt, toujours plus d’habitants d’Eaden dans sa croisade contre l’avortement, ce refus de la vie aux enfants de dieu, sans exception. Tiens, tiens, ça fait penser à la régression de certains pays, certains discours, outre-Atlantique ou plus près de chez nous. Mais ce n’est pas le seul élément d’actualité, puisqu’Oz agit comme un algorithme: elle a pillé le courrier de toute la ville et a donc rassemblé bien des données et secrets sur tout ce petit monde. Assez que pour le tenir par les burnes ou les ovaires. Difficile dès lors de résister à l’appel de cette bergère qui n’a pas peur d’utiliser la manière forte, violente et inhumaine, pourvu qu’elle arrive à ses fins prétendues divines. Sectaires. Jésus l’a sauvée, dit-elle, miracle fait femme. On ne tue pas les bébés, mais elle n’a pas pour autant peur d’envoyer les enfants, leurs parents au casse-pipe. Dieu sauvera qui de droit.

Dans ce 8e tome, 2e partie du diptyque entamé avec Mister Prairie, Dorison, Meyer et Delabie mettent la barre encore un peu plus haut que précédemment. Jonas Crowe, Rose Prairie (les retrouvailles de ces deux-là seront décidément contrecarrées) et la pauvre Eleonor Winthorp – dont les malheurs devraient passer après l’enfant qu’elle porte – sont en état de siège. Nos nerfs aussi. Clic. Clic. Paw! Clic! Mrs Oz aime la roulette russe. Suspense, qui tombera, troué?

« Vous savez ce qui est plus fort que toutes les idées du monde? Une idée dont le moment est venu. » Franchement, on préfère savoir Xavier Dorison scénariste de BD que truand évanoui dans la nature. Quel tueur, quel sens de la tragédie et de la stratégie. Les femmes et les enfants d’abord… au front. Sur un scénario d’une richesse folle, Ralph Meyer excelle, prouvant toute sa maîtrise des armes du 9e Art. Sans temps mort, avec une tension à son paroxysme durant tout l’album et des scènes d’action brutales, qui affolent la rétine tandis que les couleurs de Caroline Delabie consumment ce qu’il reste. Jusqu’au final encré dans le désespoir, quand personne ne gagne. C’est impitoyable, aussi dans l’écho que cet album répercute de nos sociétés en 2025. Hallucinant et dantesque.

À lire chez Dargaud.







Un commentaire