Le dessin de Salch « Les brûlés font du ski » fait polémique après l’incendie tragique de Crans-Montana: « L’humour noir n’est pas un tir contre les victimes mais un tir de riposte contre l’absurdité du monde » (Carte blanche à Peter Patfawl)

Un dessin en quelques traits peut parfois faire couler beaucoup d’encre, bien des larmes, des rages… Des balles même, on l’a appris dans l’histoire douloureuse récente. Il y a quelques années, beaucoup de monde était « Charlie », défendant la liberté d’expression sans forcément savoir ce qu’était réellement Charlie. Ah, la belle idée. Mais, régulièrement depuis, la foule immense qui se plaçait derrière les dessinateurs, caricaturistes, penseurs cyniques aussi, s’est dispersée et il n’est plus rare, sur les réseaux sociaux, qu’un dessin fasse polémique, soit flingué. Parce que tombé sous les yeux d’un public auquel il ne s’adressait pas, parce que incompris, parce que raté… ça arrive aussi. C’est à nouveau le cas avec un dessin de Salch en référence au drame survenu à Crans-Montana, station de ski suisse où, dans la nuit du Nouvel An, un incendie-éclair dans la discothèque située au sous-sol d’un bar a fait 40 morts et 116 blessés, brûlés graves. Pour sa satire « Les brûlés font du ski », Salch a parodié le célèbre film du Splendid, indignant de nombreuses personnes, proches des victimes ou sidérées par la violence de cette tragédie et du dessin de Charlie Hebdo. Dans ce débat, côté défenseurs ou sanctionnateurs, il y a à boire et à manger. Mais, dans cet océan, le point de vue de Peter Patfawl, auteur de BD et dessinateur d’humour (Carnet de Santé, Mieux comprendre mon copain autiste, Foutoir), qui plus est sensible aux thématiques de l’autisme et du handicap, me semblait utile et éclairant. Le voici in extenso, avec le sens de la formule, sans volonté de faire plus polémique mais d’apaiser un tant soit peu les esprits. Carte blanche.

© Salch pour Charlie Hebdo

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« Mes petits loupiots, y a des dessins qui te tombent dessus comme une plaque de verglas sous les skis. Celui de Salch, paru dans Charlie Hebdo, en fait partie. Deux brûlés qui dévalent Crans-Montana façon merguez possédées, parodie carbonisée des Bronzés font du ski. Forcément, ça secoue les tripes et ça fait grincer les dents comme un dentier dans un verre de Ricard.

Mais faut piger un truc : l’humour noir, c’est pas un tir contre les victimes. C’est un tir de riposte contre l’absurdité du monde. C’est une manière de dire : « La vie me fout des horreurs dans la gueule, mais je refuse de la laisser gagner par K.O. » Desproges, ce prince du sarcasme, balançait des vannes sur le cancer pendant qu’il en crevait. Il provoquait pour faire réfléchir, Cabu et tous les autres également. Pour dompter la bête. Pour lui marcher dessus avec des charentaises. Reiser, lui, dessinait des bébés morts et des éclopés hilares, non par cruauté, mais parce que la vérité brute, parfois, ne se laisse approcher qu’en rigolant jaune. Très jaune. Jaune pisse.

« Plus cancéreux que moi, tumeur ! » (Pierre Desproges) 

Alors ce dessin, c’est quoi ? Du cartoon.Du grotesque.Du burlesque carbonisé. Du Charlie pur jus : un rire qui claque comme une gifle, mais qui dit quelque chose de vrai.Une façon de transformer l’indicible en image, le traumatisme en farce noire, l’horreur en glissade absurde.

Pourquoi ça choque ? Parce que l’humour noir, c’est un miroir. Et dans ce miroir, on voit pas notre plus beau profil. On voit la peur, la fragilité, la mort qui rôde comme un chat mouillé sous la pluie. Certains détournent les yeux. D’autres rient. Les deux réactions sont humaines. Mais faut pas confondre rire du pire et rire des victimes.C’est pas la même boutique, pas le même rayon, pas le même prix. Au final, ce dessin dit juste :« Le monde est atroce, mais tant que je peux encore en rire, il ne m’a pas complètement eu.

Je ne suis pas toujours d’accord avec les positions de Riss que je trouve parfois incompréhensible autant ici, Salch est dans son humour et dans son devoir. Courage aux familles des victimes de cette terrible tragédie. »

En plus de ses réseaux classiques (Facebook, Instagram), Peter Patfawl a son Patreon.

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