
2025 aura assurément été l’année des drones, partout, tout le temps, identifiés ou non. Les voilà d’ailleurs qui survolent, infiltrent même les planches du nouveau Largo Winch scénarisé non plus par Éric Giacometti (qui avait pris la relève, pour quatre albums, du maître Jean Van Hamme) mais par un nouveau venu dans le 9e Art, Jérémie Guez, déjà bien connu des amateurs de polars littéraires ou ciné-télévisés : L’intervention, La boîte noire, Une affaire française ou encore BRI, Tigres et Hyènes et Bluebird qu’il a lui-même réalisés. Et quand on sait que Philippe Francq a cette puissance graphique pour surpasser le 7e Art, c’est de bon augure.
Résumé du tome 25 de Largo Winch par Dupuis: L’île de Sarjevane. C’est là, dans ce havre secret de l’Adriatique hérité de son père, que Largo Winch a décidé de souffler. Depuis sa rencontre avec Jarod, dans le diptyque précédent, Largo est rattrapé par des questions personnelles et éthiques sur l’héritage et la richesse. Mais l’arrivée d’un yacht le tire de sa solitude.


Pour ses 35 ans de BD (52 de littérature), Largo Winch, ou plutôt ses ennemis prouvent qu’ils ont toujours un coup d’avance sur l’actualité. Alors que les premiers survols de points stratégiques belges ou français par des drones non-identifiés inquiétent la population et font le beurre des médias et des politiciens depuis plusieurs semaines, ce 25e album, Si les dieux t’abandonnent…, était sans doute en train d’être finalisé voire parti à l’impression.

Une île au milieu de l’Adriatique, un décor de James Bond (vous ne croyez pas si bien dire!) et un yacht venu se perdre là… ou trouver son salut. Trop tard, avant que Largo Winch soit venu à la rencontre de son pilote, Obi Martins, le voilà assassiné d’une balle en plein milieu du front. Et l’océan à perte de vue autour, le meurtre est a priori impossible. Sauf que la tragédie des Martins continue, après la mort de sa femme dans un accident de voiture, l’entreprise aéronautique Aurora Dynamics, depuis peu dans la galaxie W, est décapitée. Mais, surprise, cachée dans la salle de bains, il y a Hope, orpheline dévastée. Tout juste le temps de se raser et voilà Largo, à nouveau aiguisé, et sa nouvelle protégée (tiens tiens) en route, en vol pour Lagos (Nigeria) puis Bangalore (Inde). Tandis que Simon coule des jours (et un springbreak) tranquilles à Daytona. Tout va plus vite, trop vite, et les beaux projets humanitaires peuvent parfois avoir une sombre facette entre les mains des mauvaises personnes.


Après s’être confronté à l’empire macro d’un ersatz d’Elon Musk, voilà Largo Winch face à celui micro des redoutables drones. On le sait, de plus en plus capables de surveiller, d’infiltrer, de reconnaître, de tracer, de tuer. Il ne suffit plus de se méfier d’une foule dans laquelle peut se cacher l’opposant, du ciel d’où peut surgir un hélicoptère. Entre ciel et terre, au ras des cheveux, la menace peut surgir à tout moment, insidieuse, incolore, inodore. Au contraire de ses dégâts.


Dans cet opus qui ne tient pas en place sur le planisphère, se dégagent tout de même quelques moments calmes pour tisser la relation entre Largo et Hope (nous rappelant les premiers albums du milliardaire venu de rien). On y croise une drôle de famille indienne, recomposée, décomposée et aux intérêts pas toujours alignés mais aussi un Daniel Craig afrikaner qui passe du côté obscur de la force plus vite que son ombre mais dont je me demande encore comment il a fait pour approcher si facilement Largo Winch et concurrencer ses jets ultra-rapides. Le genre de détail qui manque de crédibilité et me sort un peu de ma lecture. Comme Hope qui dans l’une ou l’autre case, alors qu’elle vient d’enterrer ses parents, n’est pas si éplorée et est même hilare, alors qu’elle devrait être me semble-t-il au quarante-sixième dessous.

Bref, tout ça manque un peu de finesse psychologique, d’intériorisation sur la durée du drame de départ. Ce premier album scénarisé par Jérémie Guez est un peu scolaire, pourtant le spectacle est assuré et les séquences d’action, l’une ou l’autre cascade en avion ou en moto, sont comme toujours bien senties par Philippe Francq, sa partition est impressionnante, affolante. En plus des couleurs locales et des traditions indiennes qui pimentent un peu l’intrigue. En espérant l’une ou l’autre maladresse en moins, j’attends le second tome, … ferme les yeux, avec impatience. Car le thème choisi et tous les dangers qu’il génère sont clairement alléchants.

À lire chez Dupuis.
