Le cauchemar du Loch Leathan? Le plus grand mystère, il est dans la tête de Sherlock Holmes, Liéron et Dahan le mettent en lumière, repoussant toujours les limites de la BD

© Liéron/Dahan chez Ankama

Dans la nuée d’adaptations BD du célèbre détective de Sir Arthur Conan Doyle, revoilà la plus palpitante et la plus excitante, la plus ingénieuse aussi. Elle est signée Cyril Liéron et Benoît Dahan qui nous plongent véritablement dans la tête du génie, torturé et au fil rouge parfois emberlificoté, de Sherlock Holmes. Avec les possibilités infinies qu’offrent le cerveau humain mais aussi la BD, et la vitesse à laquelle le détective de Baker Street peut retourner, secouer un problème dans tous les sens, même la plus minable des enquêtes nous écarquillerait les yeux. Alors quand il s’agit de morts étranges au bord du Loch Leathan, tenez-vous bien, venez vous faire chavirer l’esprit. Garanti sans IA (une mention qui apparaît de plus en plus dans les albums de BD et tant mieux).

Résumé du tome 3 de Dans la tête de Sherlock Holmes, Le cauchemar du Loc Leathan (part. 1/2) : Une lettre insensée attise la curiosité de Sherlock Holmes et entraîne son départ jusqu’au fin fond de l’Écosse. Le détective et son fidèle ami, le Dr Watson, vont se heurter à un village pétri de méfiance où semble rôder une créature cauchemardesque. Réfutant le mysticisme, le duo de détectives est bien décidé à découvrir ce que cache réellement « la malédiction du Kelpie » ! Quels sombres secrets se cachent dans les brumes du Loch Leathan ?

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Si la matière ne manque pas dans le canon holmesien (tout de même quatre romans et 56 nouvelles, auxquels différents écrivains, cinéastes ou auteurs de BD ont donné suite avec plus ou moins de réussite), le duo Liéron/Dahan s’est lancé dans une aventure vertigineuse : créer une deuxième nouvelle enquête qui voyage physiquement mais aussi intérieurement, mentalement, dans la pensée et la logique de Sherlock Holmes. Et tout se met en branle dès la réception d’une lettre révélant des choses inquiétantes… sur la santé mentale de sa rédactrice, avant tout. Mais, entre les lignes, avec un peu de lumière, le contenu se révèle tout autre. Holmes et Watson doivent en avoir le coeur net, s’agit-il d’un délire ou se passe-t-il réellement des événements maléfiques dans cette Écosse reculée, baignant dans le Loch Leathan.

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© Liéron/Dahan chez Ankama
© Liéron/Dahan chez Ankama

Le danger, le piège du second opus, c’est à la fois de rivaliser avec toutes les inventions du premier mais aussi d’en amener d’autres, de réinventer l’enchantement, sans plus paraître fade. Encore plus quand cela s’intègre à un ensemble plus grand: les expériences du mouvement OuBaPo (Ouvroir de bande dessinée potentielle) qui entend repousser les limites des cases, des planches, du livre. Quitte à changer le sens de lecture, à cacher des indices qui se dévoilent suite à une manipulation, à créer une connivence entre deux pages qui ne sont pas attenantes. Bref, trouver toute la puissance souvent sous-estimée de la bande dessinée, Là où certains auteurs ont déjà du mal à ordonner leurs phylactères pour que le lecteur ne se perde pas en cours de route. Avec leur fil rouge et dans des compositions de vitraux sans cesse renouvelées pour donner véritablement une case en plus à chaque planche, Cyril Liéron et Benoît Dahan donnent une leçon de fluidité. Tout en collectionnant les personnages bizarres, suspects ou dérangés, et des ambiances dantesques. C’est du pop-up en 2D, c’est la quintessence du Neuvième Art avec cette magie qui permet sur une même scène, de crime ou non, et dans une certaine simultanéité, de donner plusieurs lectures, plusieurs angles. C’est un prodigieux casse-tête. En tant que lecteur, on se retrouve comme face à un magicien à se demander où est le truc. Interloquant et époustouflant.

© Liéron/Dahan chez Ankama

À lire chez Ankama.

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