
Qui de mieux que le corbeau comme oiseau de mauvais augure pour que la fête soit totale la nuit du 31 octobre, pour Halloween? Dans un recueil soigné, Angus Hyland et Caroline Roberts (traduits par Nadia Fischer) réunissent tout ce qui fait la force de l’oiseau noir (ou blanc, dans Game of Thrones, par exemple) par excellence à travers les âges, les arts, les symboles, la culture populaire… Fascinant et revigorant.
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Résumé de Noir c’est noir – Les corbeaux dans l’art & le folklore par Pyramyd : Oiseaux particulièrement fascinants et intelligents, le corbeau et ses acolytes (la corneille, la pie…) occupent une place de choix dans la culture populaire, et ce depuis les premiers mythes de l’humanité. Cet ouvrage rend hommage aux corvidés à travers leur représentation dans l’art et le folklore.
« Tableaux, gravures, dessins et photographies alternent avec des extraits de romans, des strophes de chansons populaires et des textes inédits. Des informations scientifiques sur les incroyables facultés des corbeaux côtoient ainsi des anecdotes de tournages hollywoodiens faisant des oiseaux des stars, ou des récits mythologiques vikings ou romains. » En effet, les Éditions Pyramyd réussissent là une anthologie incroyable sur l’un des oiseaux les plus haïs ou redoutés et pourtant fascinant, magnétique et photogénique.

La maquette de ce livre (publié en langue anglaise en 2021), format roman, est à tomber. Avant de nous frayer un passage dans le plumage noir de noir des pages de garde, sur la première de couverture (en jaquette), un ciel gris, avec du grain (le contact est physique), un corbeau nous épie. Nous nous retrouvons vite yeux dans yeux avec la bête. Sur la quatrième de couverture, Edgar Allan Poe (what else?) nous accueille avec une phrase de son célèbre poème, à retrouver en intégralité, traduit par nul autre que Charles Baudelaire, au coeur de cet ouvrage. Nous sommes là en excellente compagnie, l’ombre de l’écrivain américain va forcément planer sur ce livre.

Mais aussi celle de Lewis Carroll et de son Alice; de George R.R. Martin; d’Hitchcock, Brandon Lee ou Jimmy (le corbeau star d’Hollywood, ayant figuré dans plus de 1 000 films!) forcément sur le grand écran; d’Ésope et les Grimm évidemment. Nietzsche n’est pas en reste. Et Van Gogh, dans ses champs de soleil, Gauguin ou Manet, on en parle? Sans oublier de nombreux artistes ou auteurs moins connus. À travers les siècles, les légendes, les symboles (les masques utilisés pendant les épidémies de peste), les fictions mais aussi des informations documentaires, les corvidés nous font prendre de la hauteur sur la littérature et les représentations abondantes à leur égard.

Ce recueil est impressionnant, érudit, mais non exaustif, tout en étant extrêmement accessible, sans nous noyer de textes mais en préférant des extraits, des citations, de courts articles, et une mise en page exemplaire, entre la richesse des illustrations (photographies, peintures, gravures, estampes de Kawanabe Kyosai, etc.) et les couleurs, les typographies (le gothique est bien en place) utilisées. On ne voit pas le temps passer, cette mine d’informations est addictive et populaire.

Enfin, je ne peux que vous mettre en garde comme les auteurs de ce livre, inspirés par le biologiste John Marzluff: « Il ne faut jamais, jamais, contrarier un corbeau! » En effet, ils ont une mémoire folle. Dans la reconnaissance faciale mais aussi dans la rancune. Si vous leur faites du mal, la proie peut se changer en ennemi. Ne vous étonnez pas d’être chassé sans relâche par votre victime… et son engeance!

À lire chez Pyramyd.
