Quand le ciel tombait sur la tête des Européens en brumes démoniaques: Le souffle du Diable rend l’être humain malsain

© Broeders chez Anspach

Étranger, tu pénètres dans cet album à tes risques et périls. Passe la porte, tourne la page de garde et l’espèce d’ange de l’Apocalypse qui y est cloué, bienvenue en enfer. Avec Le Souffle du Diable, l’auteur BD Flamand Ken Broeders sème la folie alors que la météo se dérègle totalement et que l’instinct de l’humain n’est jamais le plus bienfaiteur dans ces circonstances.

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Résumé du Souffle du diable par Anspach : En 1783, Madeleine, propriétaire d’une auberge isolée, rêve de la transformer en étape incontournable pour voyageurs fortunés. Son mari et elle ont travaillé sans relâche pour amasser un joli magot. Dure et froide, Madeleine cache une blessure profonde qui empoisonne ses relations avec son demi-frère Benjamin. La brume jaune qui recouvre la région n’arrange rien ! Une odeur de soufre plane : toute vie semble dépérir, des phénomènes étranges apparaissent, l’eau est impropre à la consommation. On commence à parler de « souffle du diable ». Après une nouvelle dispute, Benjamin s’enfuit, mais un orage magnétique l’oblige à faire demi-tour. Rongée par le remords, Madeleine lui ouvre son coeur. Ils réalisent toutefois rapidement que le plus grand danger qui les guette ne vient ni du ciel ni de l’enfer…

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Sale temps sur l’auberge de Madeleine, comme si les gaffes de son demi-frère ne suffisaient pas. Benjamin? Ne lui parlez pas de ce fardeau hérité de son père qui, juste avant son dernier souffle, s’est rappelé qu’il avait une première famille… Voyez-vous, il y a meilleur départ pour solidifier, enraciner une fratrie.

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Dans ces années 1780, quelque part au nord de l’Europe, le travail est rude, d’une vie, mais porte peu à peu ses fruits. Petit à petit, l’oiseau fait son nid, dit-on, et le magot grandit. L’auberge isolée (comme on peut en trouver au milieu des déserts western) est par conséquent bien fréquentée, notamment par des gens de standing, de l’armée qui n’ont d’autre choix que de se mêler à la plèbe. Et ils le font d’ailleurs sentir. Alors, volontairement ou parce qu’il a la tête en l’air, ailleurs, Benjamin ramène la leur sur terre, quitte à écraser un pied sous une lourde valise.

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Mais voilà, il y a cette sinistre brume qui progresse, pourrit tout sur son passage, fait crever certains et met les autres sur les nerfs. Tandis que des filous pourraient bien profiter de la situation.

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Avec son dessin cousin de celui de Griffo pour les personnages, cette manière d’utiliser son gaufrier pour faire sentir la chape de plomb qui se rapproche de plus en plus de la terre, Ken Broeders n’a pas son pareil pour créer l’ambiance suffocante, démoniaque, malsaine. Quitte à nourrir les cauchemars (notamment une planche qui glace le sang et fait atteindre la tension et le suspense à son paroxysme). Ici, entre thriller psychologique et face-à-face final horrifique, il convient de ne pas se fier aux apparences, aux hallucinations portées par le climat propice. La machine est en route, redoutable. Le diable montre son minois dans les volutes, ou peut-être est-ce notre imagination? Voilà un album infernal et prenant, Broeders est maître du ciel et ses nuages dans lesquels on ne verra que des signes du démon.

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D’autant plus, on l’apprend à la fin, qu’il repose sur une base réelle: l’éruption historique du Laki, à 2450 kilomètres plus à l’Ouest, en Islande, qui fit régner la terreur en Europe: famine, chute des températures… Dans le même ordre d’idée, on dit que l’explosion du Krakatoa et ses conséquences à des milliers de kilomètres à la ronde ont inspiré à Munch, en partie, son Cri, tout aussi dingue et affolant que l’album que je viens de lire.

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À lire chez Anspach.

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