Leave them alone : un western féminin, sauvage et scotchant de Seiter et Regnault, qui braquent tout sur leur passage

© Seiter/Regnault chez Grand Angle

Leave them alone, laissez-les tranquilles! Dans un désert aussi vaste et silencieux, personne ne les a entendues crier. Le pire est à craindre. Dans ce gros western violent où les hommes, à moitié ou complètement fous, sèment la désolation de manière démente, scotchante, Roger Seiter et Chris Regnault ne lâchent pas leurs héroïnes mais ne leur facilitent pas non plus la tâche. Quel périple poussiéreux, incendié, que celui qui leur permettra peut-être d’être libres, en vie, ambitieuses là où les mâles en puissance ne les considéraient qu’à la hauteur de leur brayette.

Résumé de Leave them alone par Grand Angle: 1874. L’Ouest américain est une zone de non-droit. Les voyageurs et les migrants sont des proies faciles pour les bandits et les pillards. La vie des habitants, et des femmes en particulier, est plus cruelle que jamais. Au paisible relais de Dead Indian Peak, tenu par la vieille Marian Potter et la jeune Elfie, nul ne se doute de l’arrivée imminente d’une femme aux abois, d’un mystérieux cavalier, ainsi que d’une bande de tueurs. Et dans leur sillage, le convoi d’une malle remplie d’argent…

© Seiter/Regnault chez Grand Angle

Sorti en 2019, Jusqu’au dernier, tonitruant best-seller concocté par Jérôme Félix et Paul Gastine (dont on attend incessamment sous peu, une nouvelle histoire) a ouvert la brèche et mis la collection Grand Angle en selle, le pied à l’étrier pour d’autres aventures western, les récits collectifs de Tiburce Oger, notamment, et désormais ce Leave them alone avec lequel Roger Seiter et Chris Regnault nous mettent le goût du sang et de la poudre dans la bouche.

Une piste de sang à l’arrière d’une calèche désarticulée, assaillie par des bandits de grand chemin. À voir la première case pleine plage, dans ce climat crépusculaire et pourtant à la couleur de l’or (celui qui donne la fièvre), on ne donne pas cher de la peau de ceux et celles (surtout) qui auraient survécu jusque-là. Dernier coup de rein non consenti, ultime coup de feu, les témoins se sont tus avant que les larmes n’aient fini de couler. Sale histoire. Ça ne va pas être très feel good.

© Seiter/Regnault chez Grand Angle

Jusque-là, le relais de Dead Indian Peak coulait des jours tranquilles, au milieu de nulle part et pourtant à un point stratégique sur la route des diligences de la Wells Fargo, appelées a se multiplier. Quitte à amorcer la chute et à amener une faune différente des clients affamés et fatigués qui avaient leurs habitudes, ici, auprès de Marian, sa petite-fille orpheline Elfie et leur ami, mentor, Mad Wolf. À trois, ils se serrent les coudes mais ça ne sera pas assez pour affronter la tempête qui s’annonce.

Un homme mystérieux et qui semble pourtant lié à cette petite auberge, une prostituée en fuite qui a vu la mort de près, des truands qui ne se contenteront pas d’un trésor pour calmer leurs pulsions mortelles, des hommes de loi sur lesquels on ne peut compter… Avec un casting classique, Roger Seirer compose un monde désespéré, une course vers l’avant dont chacun espère être le survivant.

Car ça va tomber comme des mouches, et pas forcément ceux que nous attendions en premier. Avec l’impressionnante partition graphique et colorée de Chris Regnault, l’histoire atteint vite un souffle épique et ce briscard de Roger Seiter crée de sacrés chocs tout au long de cet album, déjouant les prédictions qu’on pourrait faire et nous plongeant dans le désarroi. Dans ce monde âpre, le chaos et la forme qu’il prend ne sont pas prévisibles. On ne s’en remettra pas tout à fait.

© Seiter/Regnault chez Grand Angle
© Seiter/Regnault chez Grand Angle

Les hommes ont les visages plus burinés mais les jolies femmes ne perdent rien pour attendre, malheureusement. Monde de brutes, d’obsédés, de fous furieux.

© Seiter/Regnault chez Grand Angle
© Seiter/Regnault chez Grand Angle

Quand la tension s’empare du récit, que chaque gang se fait face, qu’il va falloir en découdre, Chris Regnault lâche les chevaux, les crayons et crée des chorégraphies pétaradantes hallucinantes. Ça m’a scotché. Dans les cadrages, la façon dont le lecteur est amené à passer de vignette en vignette, de peur en rage face à des vrai méchants qui ne craignent rien, le spectacle est intense. Cru aussi, mais rien n’est gratuit pour la cause. Puis, il y a ces explosions retentissantes, à faire trembler nos murs bien au-delà du livre… qui semble appeler une suite. Qui sait ce que ces diables de bédéastes nous réservent encore. Ils marquent les esprits en tout cas. Il faudra du temps avant que la poussière ne retombe.

© Seiter/Regnault chez Grand Angle

À lire chez Grand Angle.

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