Nicolas Bara sur Le concile des arbres: « La BD, je me la représente comme un film »

Une forêt, encore une (après Melvile, Dans les bois et bien d’autres dernièrement)! Décidément, ces vastes étendues d’arbres semblent être en vogue quand il s’agit de matérialiser l’horreur, le mystère et les secrets d’antan. Avec le Concile des arbres, Pierre Boisserie remet le pied à l’étrier à l’excellent Nicolas Bara pour un voyage que ne renierait pas le Tim Burton de Sleepy Hollow tout en amenant une intrigue qui remonte aux rituels druidiques. Interview (sous la grisaille belge) de Nicolas Bara qui revient en grande forme dix ans après son premier album!

Nicolas Bara - Le concile des arbres - heros

À quoi pensez-vous quand on vous parle de Belgique?

Je pense surtout à la BD, c’est le pays de la bande-dessinée. C’est sympa pour moi de venir ici. Bon, il ne fait pas très beau. Et dire que j’ai failli venir en t-shirt, je suis parti de Lyon où il y avait un grand soleil!

Bien vous a pris de mettre un petit pull, alors. Un peu comme pour entrer dans votre forêt, celle du concile des arbres. Seulement votre deuxième album après un premier (également avec Pierre Boisserie) en… 2006. C’est peu de dire que vous êtes rare! Il vous a fallu du temps, non?

Plus que du temps, en fait. J’ai fait d’autres choses à côté. Et du coup, pendant un bon moment, je n’étais pas du tout à penser à la BD. J’étais dans le monde du jeu vidéo, dans le characdesign.

Nicolas Bara - Le concile des arbres - Jeu video

Est-ce que le jeu vidéo vous a donné une autre vision de ce qu’on peut faire en BD?

Je ne crois pas qu’il y ait une grande influence. D’autant que je sépare bien les deux et que je n’utilise pas les mêmes supports. Pour les jeux, j’utilise beaucoup la tablette, le pc. Alors que pour la BD, j’aime revenir à une conception très artisanale, à la main de préférence. En BD, ce qui m’intéresse, c’est le découpage, la mise en scène. Ce à quoi je ne touche absolument pas pour le characdesign.

C’est assez différent, j’aime les deux.

Cela veut dire que la bande dessinée vous a manqué?

Oui, clairement. Moi, c’est ce que je préfère. Malheureusement, il y a un gros problème, elle ne paye pas beaucoup. Et pourtant, il faut bien vivre. Le jeu vidéo paye, du coup, beaucoup plus. Il y a des moments où il faut faire des choix. J’aimerais beaucoup faire d’autres BD’s. C’est mon premier et grand amour!

Nicolas Bara - Le concile des arbres - Magnifique

Là, vous retrouvez Pierre Boisserie. Vous aviez cette idée de collaborer à nouveau?

Après Le chant des Malpas, on avait amorcé un autre projet avant un très long stand-bye. Ça a pris plus de temps que prévu.

J’imagine que c’est du sur-mesure, une histoire en accord total avec votre style et vos envies.

Complètement. J’avais expliqué à Pierre l’ambiance que je voulais, le genre d’histoire. Je lui avais dit adoré Sleepy Hollow. J’avais vu le film au cinéma à l’époque et je m’étais dit que je devais absolument faire quelque chose dans le genre mais en BD. On n’est pas tout à fait dans du Burton, non plus, mais il y a des petites influences.

Nicolas Bara - Le concile des arbres - sans voix

Comment avez-vous acquis votre style?

On ne choisit pas, ça vient tout seul. Je dessine depuis que je suis tout petit. Je pense qu’il évoluera encore dans les années à venir. C’est exactement le genre de dessin que j’aime.

Ce qui est le plus fascinant chez vous – et ça se voit dès la couverture -, c’est cette manière que vous avez de trouver des angles de vue, de « caméra », assez dingues. Il y a une telle richesse.

C’est ce que je préfère dans la BD, la mise en scène, placer la caméra dans des endroits particuliers, user de la plongée et de la contre-plongée. Quand j’imagine la BD, je me la représente comme un film.

Nicolas Bara - Le concile des arbres - Puits

Aussi, vous ne fichez pas la paix à vos personnages. Vous aimez bien les torturer, non?

J’aime bien mettre des sales tronches dans les personnages secondaires!

Puis, il y a ce travail des couleurs, très soignés, et pour donner une atmosphère datée.

Je n’avais pas fait la couleur pour Le chant des Malpas. Ici, je voulais vraiment m’y essayer. J’ai donc pris les aquarelles. Les BD’s que j’aime sont celles maniant des couleurs traditionnelles. Ce ne fut pas simple, il y avait beaucoup de planches. Je n’avais jamais fait ça sur autant de pages. Mais ça ne s’est pas trop mal passé.

Cet album, il vous a pris du temps?

En temps réel, ça m’a pris pas loin de deux ans.

Pendant toute cette période de jeu vidéo, vous faisiez quand même des cases, des planches?

Par à-coup. Mais, durant pas loin de cinq ans, je n’en ai absolument plus fait.

Nicolas Bara - Le concile des arbres - heroine sexy

Ça veut dire qu’il a fallu réapprendre, se réapproprier le Neuvième Art?

Un peu, au départ. Mais ça revient assez vite. Mais une fois dedans, ça va. L’encrage, je l’ai fini, il y a plus de deux ans, donc j’ai envie d’y replonger, d’en faire d’autres. Mon dessin a évolué encore un peu.

Nicolas Bara - Le concile des arbres - crayonne

Vous mettez en scène un duo qui apriori n’a pas grand chose en commun mais va devoir collaborer. Casimir et Artemis. Ils vont se rapprocher au fil de leur enquête. Et vous, vous vous y êtes attaché?

Oui, bien sûr. Au fur et à mesure, on s’y attache. À la fin, quand j’ai eu fini, j’aurais bien voulu en faire encore. Mais ce n’est pas prévu. Au départ, on avait cette envie de faire d’autres aventures en gardant ces deux personnages. Mais comme cet album paraît dans la collection Long-Courrier de Dargaud, une collection de one-shot, ça ne donne pas vraiment de possibilité de suite.

Nicolas Bara - Le concile des arbres - Bon debarras

C’est aussi une histoire où il est question de fantômes, ou tout du moins d’esprit. Pas forcément évident à représenter. Comment vous y êtes-vous pris?

Justement, au départ, je m’interrogeais. Je ne savais pas comment faire. À force de gratouiller, c’est devenu. Mais il fallait vraiment faire ressentir que c’était des esprits. Il ne fallait pas de traits noirs autour d’eux.

Vous parliez de votre amour de la BD, quels sont vos livres de chevets?

Étienne de Crécy. En particulier, les premières pages de Foligatto. Sinon, quand j’étais ado, j’ai beaucoup lu Loisel. Je pense qu’il y a des traces qui sont restées dans mon dessin. C’est en moi, ça m’avait tout de suite plu. Après, je ne suis plus un très grand lecteur de BD, je n’en ai plus le temps. Mais je continue de m’informer, de voir ce qui se fait. Je dois avouer que je m’attache d’abord au dessin!

Et au niveau du cinéma. Vous ne pouvez pas nier cette passion!

Il y a Tim Burton, Guillermo Del Toro, David Fincher. J’adore le cinéma. Je commence à regarder pas mal de série. Il est clair que ça m’inspire pour faire du bd.

Nicolas Bara - Le concile des arbres - Dia de los muertos

Puis cet amour du mystérieux, du fantastique, de l’ésotérisme?

J’adore le XIXème siècle. Et avec une dose de fantastique, ça se marrie très bien, pour les ambiances. J’aime bien ce combo sans m’y enfermer.

Quels sont vos projets?

En ce moment, je pèse le pour et le contre. Je mets dans la balance mon amour de la bd et les jeux vidéos, domaine dans lequel ça marche bien. J’attends de voir. Mais il est certain que j’ai de nouvelles envies en bd. Notamment l’écriture d’un scénario, ou du moins m’associer avec quelqu’un et m’investir plus dans l’histoire. Je ne me lancerai que si j’ai une bonne histoire.

Je suis aussi sur pas mal de projets de gros jeux pour pc et consoles. Ce sont de grosses productions qui sont encore en développement et que personne ne connait encore. Ça prend parfois plusieurs années. Je travaille en indépendant avec de grosses boîtes de production aux États-Unis. Avec aussi de gros contrat d’exclusivité, donc je ne peux rien dire actuellement! Ce qui fait qu’il y a plein de choses que je fais mais que je ne peux malheureusement pas montrer.

Nicolas Bara - Le concile des arbres - Dragon Wars

Merci beaucoup Nicolas!

Critique: Le concile des arbres, un retour flamboyant de Nicolas Bara et Pierre Boisserie

Résumé de l’éditeur: Dans un XIXe siècle improbable, baigné d’une ambiance Nouvelle-Angleterre à la Sleepy Hollow, deux enquêteurs spécialisés dans le paranormal tentent de comprendre pourquoi, dans un hôpital perdu en pleine forêt, des enfants disparaissent. Ils découvrent que, non loin de cette vieille bâtisse, il y a des siècles de cela, un massacre aurait eu lieu. Ces étranges disparitions seraient liées à ce lieu sacré et maudit…Nicolas Bara - Le concile des arbres - enfants
Ils n’auraient pas du se rencontrer! Pas de chance, voilà Casimir et Artémis unis par les liens… de l’enquête. Couple haut en couleur et détonnant, il est à parier que sans la présence de ce tandem, l’histoire conçue (quasi sur-demande) par Pierre Boisserie et mise en image par Nicolas Bara serait sans doute restée plus lugubre que le résultat final.

Nicolas Bara - Le concile des arbres - Artemis

Et si l’on pense à Burton, on pense aussi au Johnny Depp de Pirates des Caraïbes, déambulant humoristiquement dans un monde d’horreurs. L’approche est la même, presque sautillante face à l’horreur. Dans le concile des arbres, la dualité entre les deux héros et la noirceur inquiétante du coin dans lequel ils atterrissent fonctionne à merveille pour donner une intrigue à mi-chemin entre comédie et horreur frontale.

Nicolas Bara - Le concile des arbres - Casimir

Dix ans après Le chant des Malpas (également avec Pierre Boisserie), on ne remerciera jamais Nicolas Bara d’être revenu à la BD pour ce deuxième album. Tant son dessin est d’une qualité inouïe et qu’il semble capable de tout. Incroyablement riche en cadrages, capable de ralentir comme d’accélérer le rythme de lecture, le trait de Bara possède aussi mille et une expressions à installer sur le visage des personnages (d’ailleurs, il rappelle un peu Carlos Gimenez dans la tortuosité de ses personnages).
Nicolas Bara - Le concile des arbres - Second plan
Malheureusement, il est très improbable qu’une suite voit le jour (la faute à la collection dans laquelle prend place cet opus) et c’est bien dommage. Ce one-shot s’en savoure d’autant plus!
Le concile des arbres - Boisserie - Bara - Couverture
Récit complet
Scénario: Pierre Boisserie
Dessin et couleurs: Nicolas Bara
Genre: Enquête, Fantastique
Éditeur: Dargaud
Collection: Long Courrier
Nbre de pages: 64
Prix: 14,99€

Sortie: le 22/04/2016

Extraits:

Et quelques bonus:

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