
Ici, à la maison, on adore Petit Poilu, enfin surtout papa et Nao, parce que maman a un peu de mal à raconter des histoires sans texte. Chaque nouvel album est donc notre petit secret, notre trésor, à ma fille et moi. La 31e aventure BD de Petit Poilu est un chef-d’oeuvre qui réinvente la série, repousse ses limites et ses possibilités. Incroyable et émotionnel.
Résumé du tome 31 de Petit Poilu par Dupuis : Après avoir taillé des crayons dans un taille-crayon géant, l’espiègle Petit Poilu plonge dans l’océan de copeaux qu’il a créé. Il se retrouve ainsi dans un monde étonnant, où tout est dessiné sous la forme de gribouillis ! Notre héros y fait la rencontre de deux dingos géniaux : Gribouillis et Kraboutchat, qui l’entraînent dans leur énergique folie douce ! Que c’est gai de faire le maboul et de lâcher prise ! Mais voilà… les choses ne sont pas aussi simples que ça, car au fil des dingueries provoquées par les deux compères, l’apparence de Petit Poilu commence à se modifier… jusqu’à en faire un personnage complètement gribouillé ! Comment Petit Poilu, transformé en un sac de noeuds et de traits, va-t-il faire pour retrouver son apparence habituelle et regagner sa maison ?
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On adore Petit Poilu, les valeurs et les riches enseignements qu’il véhicule, l’air de rien, sur son petit bonhomme de chemin. Mais, force est de constater que le canevas est toujours le même: il se réveille (toujours d’une manière différente, ici avec une vessie prête à exploser), déjeune, dit au revoir à ses parents, prend la route de l’école, qu’il n’atteindra jamais puisqu’il sera toujours happé par un univers insoupçonné, rencontrera des personnages, aura un coup de mou puis, tôt ou tard, sera ramené sur son plancher des vaches pour finir la journée, en chérissant un souvenir glané dans cette drôle d’aventure.


En gros, c’est ça le déroulé d’un conte de ce Petit Poilu, avec toujours un travail sur l’esthétique, le décor, le physique des personnages…
Avec Gribouillis & Kraboutchat, Céline Fraipont et Pierre Bailly ont fait fort, convoquant l’instinct primaire du dessin, des traits emmêlés, des boules de poils, des messieurs dames Patate… En fait, ce récit aidant à l’acceptation de soi malgré tous les changements sur lesquels le temps peut avoir prise mais aussi le lâcher prise pour être comme on est (fêlé, emmêlé, frappé, timbré…), c’est un peu une origin story. Dans un océan de tailles de crayon, armé d’une gomme, Petit Poilu se retrouve au milieu de tous ces petits riens sur une feuille lignée, traits accidentels qui peuvent prêter vie à des personnages de papier qu’une main bienveillante va retenir plutôt qu’en faire une boule froissée direction la corbeille.

Dans cet album le plus minimaliste de la série, Céline Fraipont et Pierre Bailly touchent plus que jamais à l’Oubapo (L’Ouvroir de bande dessinée potentielle) qui explose les cases, le gaufrier, joue avec les codes et les renverse. Peut-être même posent-ils là de nouvelles bases, un vent de fraîcheur. Toujours est-il que cette aventure, dans tous ses effets spéciaux déconcertants, aboutit sur une émotion intense, privilégiée. En tout cas, pour les plus grands. Les petits, eux, trouveront là un opus qui parle plus que jamais leur langue, sans mot mais avec de généreux coups de crayon, du désordre qui font ordre. Brillant.

Conseillé dès 3 ans (mais j’en lis à ma fille depuis qu’elle a un an et demi), à lire chez Dupuis.

La suite s’annonce déjà pour novembre avec De briques et de blocs.







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