Clic, clac, flash, c’est tellement facile de faire des photos, de réflexe en addiction, voilà trois albums jeunesse qui leur redonnent leur valeur

Ah ces photos, partout, tout le temps. « Tu peux me montrer, la photo, papa? » Avec un téléphone portable, c’est facile… et c’est difficile de résister à la tentation de dégainer son engin, encore plus face à nos enfants, trop craquants. Et pourtant, fut un temps, pas si éloigné, où l’on se tirait le portrait de manière bien plus parcimonieuse. Le cliché était alors magique, une étincelle qui survit à l’éphémère. Voilà trois albums qui partent dans différentes directions mais naviguent autour des prises de vue, de leur importance, de leur mystère, de ce qu’elles racontent à condition de ne pas en abuser.


Arrête de prendre des photos, mamie!

Résumé d’Arrête de prendre des photos, mamie! par Nathan : Découvrez l’histoire d’une grand-mère paparazzi qui ne peut s’empêcher de photographier sa petite-fille à chaque instant. Entre agacement et tendresse, cette histoire explore avec justesse la transmission intergénérationnelle et la création des souvenirs familiaux.

© Brenman/Karsten chez Nathan

Sacrée mamie. Chaque moment passé avec elle est une fête. Avec des déguisements, des clowneries, du sport, du zoo… À force, l’héroïne au caractère bien affirmé que nous présentent les Brésiliens Ilan Brenman et Guilherme Karsten (Vó, para de fotografar! pour le titre dépaysant) a vu le visage de sa mamie se confondre avec son appareil photo. On ne voit plus ses yeux, on voit son objectif. Elle est toujours en embuscade pour saisir les plus beaux moments, à défaut d’y participer vraiment. « Arrête de prendre des photos, mamie! ». C’est vrai quoi, elle pourrait jouer avec sa petite-fille, nager avec elle. Mais, non, mamie est obsédée.

© Brenman/Karsten chez Nathan

Par contre, quel trésor que ce soit où elle s’est invitée dans la chambre de sa petite chérie, sans appareil photo mais avec une pile de photos croustillantes. Autant de souvenirs dans lesquels, les deux héroïnes ont pu se replonger avec délice et émotion. De quoi donner sens à la démarche de Mamie Mitraillette. Le problème avec toutes nos photos, en 2025, c’est que bien souvent elles restent piégées dans nos appareils. On ne les imprime plus vraiment. On les regarde parfois quand il faut choisir lesquelles supprimer pour retrouver de la mémoire (pas la nôtre, celle de notre GSM). C’est triste de vivre les choses avec une barrière, un écran interposé, si c’est pour en plus que ça ne serve pas à grand-chose, qu’on ne se retrouve pas une après-midi pluvieuse ou un soir à consulter tous ces moments de vie immortalisés. Cet album doit nous y encourager, en plus de nous faire rire par la manière très drôle qu’a Guilherme Karsten de mettre en scène cette mamie qui fait le pitre à chaque instant.

© Brenman/Karsten chez Nathan

Dès 3 ans, à lire chez Nathan.


Tous les moments précieux

© Lee Si Wong chez Gautier-Languereau

Résumé de Tous les moments précieux par Gautier-Languereau : Ce matin, Ours et Hibou, les photographes de la forêt, ont reçu une mystérieuse lettre. Une mission spéciale les attend très loin de chez eux. Une histoire toute en délicatesse qui célèbre l’amitié et la solidarité.

© Lee Si Wong chez Gautier-Languereau
© Lee Si Wong chez Gautier-Languereau

Attention, voilà un livre magnifique dont on ne ressort pas indemne et qui nous fait passer par toutes les émotions. Cela commence simplement par un objet, lui aussi, presque dépassé: une lettre. « J’aimerais avoir un portrait de famille ». Comme signature, une trace de patte et le paysage d’une île lointaine. Hibou, le photographe, et Ours, son assistant, se lancent dans une grande aventure, un jeu de piste qu’ils vont d’abord suivre dans leur fameuse montgolfière puis à pattes, en canoë… en s’enfonçant dans les terres nordiques à la rencontre de leurs habitants, toujours prêts à aider les deux associés pour peu qu’ils aient droit eux aussi à leur photo.

© Lee Si Wong chez Gautier-Languereau

Dans des paysages somptueux, plein de textures et de relief dépaysants, Lee Si Won livre un album de familles (boeuf musqué, phoque, élan, béluga…) qui l’est tout autant. C’est chaleureux. Vu la magie qui opère dans les doigts de cet auteur, cela aurait été dommage que le duo trouve l’objet de sa quête et puis voilà. Non, l’histoire continue après la rencontre avec le mystérieux auteur de cette lettre de tous les possibles, l’histoire continue et nous prend de court, d’émotions. Car la photo à prendre n’est pas anodine, et tous ses participants, devant ou derrière l’appareil, vont voir leur destin changer. Quel album magnifique qui, une nouvelle fois, nous ramène à l’essence de la photographie: rare et furtive mais rendant les moments importants immortels.

Dès 3 ans, à lire chez Gautier-Languereau.


Le parfum des grandes vacances

Résumé de Le parfum des grandes vacances par Margot: Je me souviens de sa cabane qui flottait dans les champs comme un phare sur l’océan ; des feuilles du vieux frêne scintillant au soleil, de l’odeur du linge qui séchait au fond du jardin, du bourdonnement des abeilles et du chant des mésanges. Pépé Léon faisait partie de ces gens qui aimeraient que rien ne change jamais. Qui ne veulent pas refaire le monde, juste vivre au milieu et l’écouter respirer. Je m’appelle Louise et ceci est mon histoire.

© Thibault Prugne chez Margot

Dans la famille Prugne, nous avons souvent, dans ces pages, parler du travail du père Patrick. Je pense que c’est la première fois que je vous parle de Thibault, le fils, cofondateur des Éditions Margot auxquelles il publie ses histoires chaleureuses, trépidantes, émotionnelles. Sur la couverture du Parfum des grandes vacances, un garçon et une fille qui trimballe un appareil photo vintage, un champ blond et une maison en bois, à la fois frèle et costaude. Une atmosphère préservée du temps de guerre qui court à quelques encablures de là. C’est comme ça que Louise arrive chez son grand-père Léon, un original, qui préfère parfois parler aux oiseaux, les écouter, au monde des Hommes.

© Thibault Prugne chez Margot

Au fil des pages, Thibault Prugne nous entraîne entre des clichés noir et blanc et ses illustrations qui content le temps présent, les années 40 tourmentées. Deux images, deux points de vue, deux infos, pour avancer dans une histoire et dans mille autres à s’inventer tant l’univers chaleureux imaginé et reconstitué par l’auteur offre plein de promesses, est touffu en trouvailles: parler aux oiseaux, créer des inventions folles, etc. Thibault aime ces gens qu’on dit « sauvages » comme son papa mais qui, pour peu, qu’on s’en approche, et les enfants ont ce don justement, illuminent nos vies et font réfléchir.

© Thibault Prugne chez Margot

Car, transporté par cette beauté folle, renforcée page après page, le lecteur se rend compte du grand secret de Léon, et de Louise désormais. Du monde laissé en héritage et des photos souvenirs qui témoignent de ce qu’était l’ancien. Par petites touches et grandes images immersives, Thibault Prugne livre là un album très touchant, multi-sensoriel et nous raccrochant à une page d’Histoire complètement folle. Avancer, enterrer, noyer mais ne rien oublier et prolonger, sans rien perdre de notre faculté à imaginer, à innover, même si cela se fait en dehors des sentiers battus, au-delà des impasses. Mais je ne vous en dis pas plus.

© Thibault Prugne chez Margot

À lire chez Margot (initialement paru en 2019).

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