Écoute s’il pleut, voilà un titre charmant à l’heure où les averses ne nous lâchent pas d’une semelle. Pour leur première collaboration, les expérimentés Rodolphe et Patrick Prugne nous entraînent dans une Normandie révolue, celle des moulins à eau. Un temps où la guerre n’est pas si lointaine (mais l’est-elle vraiment aujourd’hui?), et où Rodolphe a traîné ses guêtres. Dans cet album intime et pourtant grand angle sur une nature verdoyante, reprenant ses droits, les deux auteurs scrutent les fantômes, les secrets de famille et le commencement, qui sait, d’une nouvelle vie. Interview bruxelloise avec ce duo passionnant.

Bonjour à tous les deux. Écoute, s’il pleut, c’est un titre un peu énigmatique, non. Comment avez-vous choisi ce titre ?
Rodolphe: Je n’ai pas choisi ce titre, c’est le titre qui m’a choisi. Dans cette histoire, il y a une évocation de la Normandie d’antan, avec un regard un peu nostalgique qui correspond à ce que j’ai pu vivre étant gamin, dans les années 1960. Parmi tous ces souvenirs, il y a une petite vallée un peu secrète dans un coin de la Normandie où se trouvait la maison familiale, pas très loin de Villedieu-les-Poêles. Et dans cette vallée, il y avait effectivement trois moulins, dont le dernier s’appelait Écoute s’il peut. C’est ce souvenir revenu à partir duquel j’ai organisé l’histoire.
Pour moi, quand j’étais gamin, je me disais qu’il y avait un nom propre à ce moulin-là, en raison d’une origine que je ne connaissais pas, une histoire locale. C’est en travaillant sur l’album avec Patrick que je me suis rendu compte que c’était un titre générique donné aux moulins-à-eau. Car ils avaient le débit le plus faible. Il fallait de d’eau en permanence pour alimenter la roue. Le Meunier était donc tout le temps à l’écoute, pour savoir s’il allait pleuvoir, s’il pleuvait et donc si son moulin allait bien fonctionner. J’ai découvert ça…

Un petit demi-siècle plus tard.
Rodolphe : Absolument. Comme quoi on en apprend tous les jours. J’aimais beaucoup ce nom, je trouve qu’il est toujours magique. Le titre était là un petit peu avant l’histoire.
Et vous, Patrick, vous connaissiez cette histoire des moulins ?
Patrick : Pas du tout. Je l’ai découvert grâce à Rodolphe quand il a proposé le titre. Je trouvais ça surprenant, ça chante. Ça amène quelque chose d’intrigant. Il paraît qu’en Belgique, vous dites Houte-Si-Plou?
Oui, c’est vrai que des petits villages portent ce nom. J’en apprends avec vous la signification, aussi! Mais qui veut dire aussi va voir ailleurs si j’y suis.
Patrick: Comme nous, on dit Pétaouchnok.
Exactement! Vous aviez envie de collaborer tous les deux ? Vous vous cherchiez depuis un moment.
Patrick: Nous nous connaissons depuis quelques années quand même. Le fait est que nous travaillons tous les deux chez Daniel Maghen, ce qui nous amène à nous rencontrer plusieurs fois. Nous nous étions dit, tiens, un jour, nous pourrions faire un truc ensemble, mais c’était vague. Puis, un jour, quand j’arrivais à la fin de mon album sur Pocahontas, j’ai dit à Rodolphe que c’était peut-être le moment, s’il voulait m’écrire un petit one-shot.

C’était le moment parce que je ne pensais pas repartir directement chez les Amérindiens. Quelques idées ont germé dans sa tête. Il m’en a parlé quand nous étions à Saint-Malo. Donc ces moulins. Il a écrit l’histoire pendant que je terminais mon album et, un jour, il m’a envoyé des synopsis. J’ai beaucoup aimé. Ça s’est fait aussi simplement que ça.
Il y a des moulins là où vous vivez?
Patrick : Oui, il y en a eu, mais ils ne sont plus en service.
Et ces moulins, là-bas, en Normandie, ils existent toujours.
Rodolphe: Oh non, a priori, tout est terminé.
Patrick: Ceux qui tournent encore sont le fait de passionnés qui les ont remis en état, y font parfois un gîte, une chambre d’hôte.
L’intérêt touristique.
Rodolphe: D’après mes souvenirs, c’était au fond d’une une vallée relativement encaissée, dans un bois. Puis, les bois ont disparu, les vallées se sont transformées en sites touristiques ou sont reparties à l’état complètement sauvage, impénétrable. Ça a été en en grande partie causé par le remembrement qui a eu lieu dans les années 60. À l‘époque de Pompidou, ils ont voulu, pour rentabiliser l’agriculture, reconstituer des grandes parcelles, on faisant sauter tous les murets, les chemins creux. Il y avait des petits bois, il y avait des lavoirs, il y avait toute une structure qui, pour un enfant, donnait l’impression d’un territoire magique, et qui a disparu. Ils ont regroupé toutes les parcelles des petits agriculteurs en une grosse. Tel agriculteur qui avait une parcelle là, là et là, avait un regroupement de terres. Pareil pour les autres. Donc, nous nous sommes retrouvés avec des barbelés, plus de haies.

Patrick: Heureusement, il y a encore des endroits qui ont survécu, comme en Haute Loire, où il y a encore des petits murets en pierres. Mais bon, c’est de l’herbe à moutons, c’est moins gênant.
Rodolphe: En Normandie, en plus de ces petits points d’eau, ces mares, ces lavoirs, il y avait de temps en temps, émergeant de fourrés, de ronces, des objets cuivrés. Qu’était-ce? Des alambics, planqués, voilà. J’en ai vu un, une fois, un halo un peu mystérieux. J’ai demandé: « grand-père, grand-père, qu’est-ce que c’est? » Il m’a répondu: « t’as rien vu, t’as rien vu, t’as rien vu! » Les gendarmes devaient, cela dit, être parfaitement au courant.
Le communiqué nous dit que ce livre est fait sur-mesure pour Patrick. Comment fait-on un album sur-mesure?
Patrick : Rodolpje connaît mon travail, il sait ce que j’aime dessiner et mettre en couleur. Je lui avais dit: « fais ce que tu veux. Mais, par contre, ce serait bien qu’il y ait un petit côté campagnard, petit village ». Je ne voulais pas faire des vues de New York. Les gratte-ciels, ce n’est pas mon truc.
Vous ne quittez pas si facilement la forêt.
Patrick : Il savait qu’il n’allait pas m’écrire quelque chose de SF, avec des vaisseaux spatiaux.
Rodolphe: L’expression « sur mesure », c’est vraiment une expression, une formule journalistique (rires). Si nous avons eu l’idée de travailler ensemble, c’est parce que nous aimons chacun le travail de l’autre. Il est évident que déjà ça définissait un petit peu un territoire. Tu feuillettes les albums de Patrick, la nature est omniprésente. Néanmoins, je lui ai fait un petit peu violence, il y a quelques véhicules, quelques images représentant la seconde Guerre mondiale, le débarquement. Il n’a pas râlé.

Par rapport au Nouveau Monde où on a l’habitude de suivre Patrick, vous l’avez ramené dans l’ancien, le vieux continent. Dans les deux sens du terme, finalement, parce qu’on voyage dans le temps. Cette couverture le représente bien. Comment est-elle née?
Patrick : Ohlala. C‘est un casse-tête, les couvertures, c’est incroyable. J’en ai fait plusieurs comme d’habitude et nous avons fini par nous mettre d’accord sur celle-là. Mais, pour la petite histoire, celle-là, Daniel Maghen ne l’avait pas vue. Quand je l’ai dessinée, Rodolphe m’a dit: « ah, je ne sais pas si ça ne se spoile pas un peu l’histoire. Vincent, l’éditeur, l’avait mise de côté, montrant les autres à Daniel. Moi, je ne le sentais pas. Pui, un jour, Vincent a dit: « il y a aussi celle-là! » Et c’était celle-là. Elle a fait l’unanimité. Moi, c’est vrai que j’avais montré l’original à des copains, au milieu des autres propositions, tout le monde s’arrêtait sur celle-là.



Rodolphe, c’est une histoire de fantôme. Que peut-on dire sans spoiler?
Rodolphe : Disons que je conçois l’histoire sur trois niveaux. Il y a un niveau nostalgique, un côté voyage dans le temps qui nous fait redécouvrir ce qu’était la campagne et tout particulièrement en Normandie, à l’aube des années 60. Avec, de mon côté, une forme de nostalgie par rapport à ce que j’ai pu vivre.
Le second niveau, c’est l’irruption du fantastique. Même s’il est dosé hein. Ce n’est pas automatiquement le cœur du récit, mais il permet cette plongée, de faire le lien entre l’époque contemporaine, le présent du récit dans les années 60 et le passé et ce drame qui a eu lieu dans les années 40. Le fantastique intervient mais on ne l’explique pas trop, parce que le fantastique ne s’explique pas. Si fantôme il y a, il fait irruption, il n’envoie pas sa carte de visite.

Et le troisième niveau, c’est ce que permet justement l’irruption du fantastique: le policier, des interrogations. C’est-à-dire que ce drame situé dans le passé resurgit et relance une enquête. Ce qu’on a régulièrement à travers l’affaire Dominici, le petit Grégory, etc.
Le quatrième niveau, si on peut dire, c’est la découverte d’un secret familial. Le secret, la chose qui est cachée, enfouie derrière les convenances. Nous avons essayé de faire un ensemble de tous ces niveaux qui se superposent et dont on découvre que l’un amène l’autre.
C’est vrai qu’il y a eu quelques fantômes dans vos derniers albums, non ? Marie et les esprits, Le fantôme de Canterville
Rodolphe : Oui, j’ai une petite tendresse pour les fantômes. Ce sont des gens sympathiques, je trouve. Pas ceux avec les chaînes!
Pas Poltergeist?
Rodolphe: Les fantômes bienveillants.
Vous y croyez?
Rodolphe: Alors comme je ne sais plus qui disait, peut-être Oscar Wilde, je n’y crois pas, mais j’en ai peur. Moi, je n’en ai pas vraiment peur, enfin si peut-être un peu. Ça dépend des circonstances.
Patrick: Y croit-on ou pas? Je ne sais pas. Après voilà, si vous dites que vous croyez aux fantômes, la personne en face de vous va déjà vous regarder bizarrement. Le fantôme, c‘est une image aussi, c’est tout ce qui remonte au passé, les non-dits. C‘était bien aussi d’avoir ce côté fantastique, pour permettre de faire remonter des choses à la surface. Puis, ça permet de faire une belle histoire.
Rodolphe: S’il y a fantôme dans notre histoire, il n’a rien à voir avec l’image qu’on nous en donne régulièrement. C’est une résurgence du passé qui se manifeste. On ne comprend pas, on ne sait pas. Peut-être, ultérieurement, la science donnera un éclairage sur le phénomène.
Patrick: C‘est vrai que quand on parle de cette BD et qu’on dit qu’il y a un côté fantastique, le mot me gène. On ne s’imagine pas ça quand on lit une BD avec du fantastique.

Un côté surnaturel, plutôt?
Patrick: Oui, c’est plus ça.
Il y a les fantômes humains mais aussi ceux des bâtiments. Ceux que vous vous « amusez » à construire et déconstruire au fil des époques.
Patrick: Il nous fallait trouver un moulin qui ait du charisme, c’est un des personnages principaux de l’histoire. Il fallait en trouver un joli coin, attrayant au départ, qui en jette graphiquement une fois en ruines. C‘était vachement rigolo de passer par les étapes successives du moulin: joli, en ruines, et après à la fin. Mais je ne vais pas tout vous raconter.
Je reste encore un peu parmi les fantômes. On a l’impression que le personnage principal, Daniel, déclenche les choses en s’ouvrant à la spiritualité, en donnant une sépulture à ce pauvre petit chat qu’il trouve mort.
Rodolphe: Oui mais je ne mettrais pas de paranormal là-dedans. C’est simplement un respect de la vie qui inclut un respect de la mort. Il ne voulait pas laisser le corps d’un animal, qu’il connaissait en plus, dans cet état au milieu d’une route, se faire écraser encore plus par les voitures. Ce serait dégueulasse.

Patrick: Mais ça permet aussi d’amener de l’empathie pour les personnages. Il va enterrer ce chat qu’il aime bien et les lecteurs vont pouvoir commencer, petit à petit, dans les premières pages, à s’attacher à ce Daniel. On se dit: tiens, c’est un bon garçon. C’est ce qu’il se passe dans les toutes premières pages, d’ailleurs. Au début, c’est tranquille, ce sont les relations humaines, puis l’histoire va crescendo.
Au moment où vous commencez à dessiner, vous avez tout le scénario de Rodolphe?
Patrick: Ah oui, oui. Je suis obligé de l’avoir en intégralité. Pour croquer les personnages, il faut que je sache tout. Je lui avais dit que je ne pouvais pas chercher des personnages sans avoir l’histoire. Il m’avait fait un peu le pitch avant d’écrire. Mais c’est en fonction de ce qu’ils sont, de ce qu’ils disent, de leur évolution, qu’ils auront une tête différente.
Rodolphe: D’autant plus que tu imagines un storyboard correspondant à la globalité de l’histoire.
Patrick: Oui, moi, je ne peux pas commencer à dessiner si je n’ai pas tout le storyboard. Il me faut la dernière case pour me lancer.
En tout cas, avec Rodolphe, c’est une grande première depuis près de 15 ans. Depuis tout ce temps, si ce n’est peut-être une histoire courte western avec Tiburce Oger, vous n’aviez plus travaillé avec un scénariste.
Patrick: Depuis Canoe Bay avec Tiburce Oger, en 2009. Chaque scénariste, je pense, à son mode de travail. C’est pareil avec Tiburce, j’attendais d’avoir l’histoire complète pour commencer.
Le scénariste que vous êtes pense à certaines choses aussi?
Patrick: J’ai aimé l’histoire d’entrée de jeu. J’ai gardé l’histoire comme elle était. Bon, il m’arrive de faire quelques changements dans le découpage, par exemple sur une planche en bas à droite avant de tourner. Bon, je trouvais que c’était mieux de tourner et de tomber directement sur un élément qui fait avancer l’intrigue. Ce sont des outils, de la mise en scène, des détails. Et quand il le voyait à la réception de ma copie, soit ça marchait, soit ça ne marchait pas. Lui aussi m’a fait retoucher une bricole ou deux. C’est un travail à deux.

Vous dessinez, vous, Rodolphe?
Rodolphe: Oh, non.
Patrick: Si, si, je l’ai vu, hier. Il a fait un chien, magnifique.
Rodolphe: Des nounours pour les dédicaces. Moi, je n’ai pas une formation graphique, j’ai une formation littéraire. Donc je considère que je me dois de donner des indications au coauteur, une description, sur les plans, etc. Mais ce sont des suggestions et je considère que l’autre a généralement une culture graphique bien plus développée que la mienne. C’est mon job de proposer, mais c’est l’autre qui a le dernier mot, il est plus intelligent graphiquement.
Il y a eu des repérages pour cet album?
Patrick: Non, aucun. L’un comme l’autre, nous connaissons la Normandie. Puis, nous ne situons pas l’intrigue à un endroit bien précis. Ce n’est pas comme si nous racontions l’histoire d’un château. Ce n’est pas vraiment une BD qui se prête à une documentation hyper précise. La documentation, elle est plus sur les voitures d’époque, comme nous en parlions tout à l’heure.
Rodolphe: Une maison en ruine, un bois avec des ronces enchevêtrées, une rivière dans laquelle on peut se casser la gueule.
Patrick: J’en ai plein chez moi en Auvergne.
Rodolphe: Voilà, il y en a partout et toutes se ressemblent.
Justement, cette forêt, cette nature, elle est forcément différente de ce que vous avez déjà dessiné, Patrick.
Patrick: Ah, oui, bien sûr. Par contre, c’est la même technique, tout vient aussi à la mise en couleur. Mais c’est vrai que là, nous ne sommes pas dans les grandes forêts de sapins, d’épicéas mais plutôt dans le bocage normand. Il faut que ça reste comme ça. Avec le petit lavoir sur le bord de la route, la vieille route pleine de flaques d’eau. Puis il y a une partie imaginaire aussi, il faut se laisser porter. Par exemple, comme j’aime bien dessiner les animaux, dans la ferme, je mets toujours des poules. À un moment, Rodolphe m’a dit un truc bien: « c’est le soir et les poules sont dehors. Elles ne sont pas rentrées normalement? » Ah oui! On va dire qu’on s’adresse aux Parisiens.

La ferme, elle s’appelle la ferme du Plessix, hommage à quelqu’un qui nous manque beaucoup?
Patrick: Ah, je sais pas!
Rodolphe: Michel était un ami effectivement. Mais non. En fait, j’habitais un hameau qui s’appelait la Vaissinière. Et le hameau d’à côté, à 800 mètres à travers les champs s’appelait le Plessix.
Plein de trucs me sont revenus comme ça, sans que je n’y réfléchisse. Quand il faut trouver un nom, quand on tape sur le clavier, c’est le premier qui vient, spontanément. Parfois, c’est une connerie, on cherche autre chose par après. Parfois, ça coule et, dans ce cas-là, je n’y touche pas. Là, le nom de ce hameau m’est venu en mémoire, sans doute parce qu’associé justement à ce qui était évoqué, le bocage, les moulins…
Patrick: J’avais bien aimé le nom du village, Crèvecœur.
Rodolphe: Crèvecoeur-en-Auge.
C’est un album avec lequel vous allez rentrer au pays, pour le montrer?
Rodolphe: Non, je n’ai plus personne dans cette région. Une cousine. Ça sera aux libraires locaux de faire le job. Mais j’ai fait une interview pour France Normandie. Eux visiblement sont très sensibles à l’aspect localisation. Mais je me refuse à donner une localisation précise. Mon histoire correspond effectivement à des souvenirs mais c’est une fiction.
Patrick: D’autant plus que nous sommes en Normandie, là, parce qu’il y a un rapport avec le débarquement. On enlève ce côté-là, ça pourrait se passer en Auvergne.
Il y a ce canif qui a un rôle important dans cet album. Un souvenir de l’enfance, quelque chose qui traverse les âges, qui peut passer de génération en génération. Vous, vous avez gardé des choses de votre enfance, des objets qui ont une valeur sentimentale?
Rodolphe: Moi, j’ai gardé tous mes dinky toys. Plusieurs de mes nounours, aussi. Pas mal de choses, en fait. En plus, j‘ai réalisé un bouquin il y a 10 ans maintenant sur les cours de récréation. J’étais amené à récupérer ou à collecter, même les trucs que j’avais pu perdre: des pistolets à amorce, des yoyos, des billes, des osselets, des emballages d’Aspire Frais, sucres et autres carambars. Ça m’amuse de reconstituer cette époque révolue à travers les petits objets du quotidien pour les enfants.

Patrick: Moi, c’est pareil. J’ai des petites voitures, des petits soldats, des choses qu’on avait quand on était gamins. Ils sont conservés dans un bidon de lessive en carton. C’est rigolo mais je n’ai pas gardé assez de choses, au final. Si, plein de dessins que j’avais fait. Des BD que j’avais agrafées et dont j’avais marqué le prix. J’avais une dizaine d’années. Mais oui, nous aurions pu garder plus de choses, mais dans les déménagements. Puis, ce sont des époques quand on les vit, on ne pense pas à mettre de côté. Puis, quand on est dans une brocante, on se dit: « oh, j’avais ça, j’avais ça, j’avais ça ». Mais on ne sait même pas où c’est.
Rodolphe: C’est pour ça que les jouets anciens ont tendance à valoir cher. La plupart des gens les ont foutus à la poubelle. Les rares qui restent ont pris de la valeur.
C’est encore mieux si on n’a pas ouvert la boîte. Que racontait ces premières BD, Patrick ? Il y avait des voitures, des vues de New York?
¨Patrick: Oh là. Si, il y avait des voitures. Mais c’était beaucoup du western. Il y avait un peu de tout, des influences à la Tintin aussi, je m’en rappelle. Il y en avait une, avec un jeu de mots foireux. Le mec s’appelait Pull Over, j’étais super fier de ce mec.
Le western, c’est pour un prochain projet? J’ai cru voir des recherches sur les réseaux?
Patrick: Rodolphe va faire un western.
Rodolphe: Un western particulier, sans Indiens et sans cow boys. Nous sommes partis avec l’éditeur sur les origines un peu douteuses de fortune de grands noms américains comme Trump ou Kennedy en leur temps. Généralement, ils ont construit leur empire au 19e siècle à travers l’argent du jeu ou de la prostitution. Le héros de notre histoire est un garçon à l’aspect angélique qui est un salopard total. Il va bâtir sa fortune et l’empire des Pump – ce sera le titre de l’histoire – à travers l’exploitation des saloons, des bordels,
Patrick: Moi, je retourne dans le Nouveau Monde, avec un côté western quand même puisque ça se passera dans les mêmes époques, en 1864, avec le massacre des Cheyennes à Sand Creek par l’armée américaine. Tout l’album ne sera pas là-dessus mais sur l’avant et l’après et le soulèvement des Cheyennes et des Sioux, ce qui mènera à la bataille de Little Bighorn plus tard. Nous serons dans les grandes plaines qui se dépeuplent des bisons et où le chemin de fer passe. Ce sera un peu western, oui, parce que je vais avoir une ville-champignon à dessiner: Denver. Il y aura du boulot!



Revenons à Écoute s’il pleut. La fin de cet album, c’est une fin ouverte ? Le lecteur peut choisir ce en quoi il croit, non?
Rodolphe: J’ai toujours trouvé les points de suspension ou d’interrogation plus accrocheurs que les points finaux. Globalement, il y a quand même une lecture qui est plus manifeste. Mais disons que ce n’est pas surligné. À chacun de développer, de poursuivre un petit peu l’histoire. Nous en parlions avec un de nos lecteurs lors d’une dédicace, on peut reprendre l’histoire au début selon ce qu’on en a appris à la fin. Ce qui change complètement certaines choses. Comme le rapport entre les deux garçons.
Patrick: C’est vrai que des lecteurs nous interrogeaient sur le rôle de certains personnages. Comme je le dis, même moi je ne sais pas. Il y a un doute.
Rodolphe: Il y a des éléments qui convergent. Mais, par contre, la question réside ensuite dans le positionnement que va adopter Daniel. Il hésite, on le sent dans l’incertitude, va-t-il intégrer cet éventuel secret familial ou va-t-il mettre son mouchoir dessus et continuer comme ça. Il écoute la pluie justement pour essayer d’avoir un message qui lui dirait comment il doit se mettre à vivre.
Patrick: Tout est ouvert, c’est ce que j’ai aimé moi quand j’ai eu le synopsis.
Et ajoutons à ça une deuxième fin, sous forme de lettre illustrée.
Patrick: Ah oui, ça, c’était une idée de Rodolphe de continuer encore un peu dans cet univers, de donner une autre respiration, et de retrouver Daniel quelques années plus tard, quand son gamin a une trentaine d’années.
Rodolphe: Moi, je trouve ça toujours bien les cahiers graphiques en fin d’album. Mais, tant qu’à faire, j’aime m’en servir pour amener un petit plus. Utiliser cet espace pour accompagner les dessins d’un texte d’histoire, de commentaires qui prolongent un peu le récit.. Quand on anime une histoire, c’est toujours un peu dur de s’arrêter. Ici, il y a une façon plus douce de la prolonger
Et vous, Rodolphe, on a parlé de ce projet western, mais un scénariste a plusieurs cartouches, non?
Rodolphe: Il y a l’intégrale du TERRE (le deuxième cycle) chez Maghen. Il y a le 4e volet de Demain avec Léo et Louis Alloing chez Delcourt, cette fin de l’année. Puis, début 2025, il y a un one shot fantastique avec Griffo qui sortira chez Anspach. Aux éditions Pythagore, un petit Commissaire Raffini hors norme, un peu sexy si ce n’est sexe – mais bon, c’est pas méchant. Mon ami Christian (Maucler) est très fétichiste donc la lingerie féminine sera un peu au centre de cette enquête-là. C’est une petite enquête en boîte. Et simultanément, il y aura un roman du Commissaire Raffini qui s’intitulera Au Golf Drouot, le lieu mythique où ont démarré Johnny Hallyday, Eddie Mitchell, Jacques Dutronc…
Et vous, Patrick, d’autres projets?
Patrick: Cheyenne, donc, ce sera pour 2026. Je commence le story-board. C’est déjà pas mal. Je procède un par un, tous les deux. Je ne me projette pas.



Rodolphe: Moi, aussi, c’est pareil. C’est un album à la fois. Je commence et je vais à la fin. Mais moi, c’est tous les deux mois.
Merci à tous les deux et bonnes fêtes de fin d’année.
À lire aux Éditions Daniel Maghen.

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