Ah l’ours, fameux animal qui, comme le loup, le lion et quelques autres, fait figure d’animal ambivalent. Face à lui, les enfants et les adultes ne sont pas égaux. Les premiers l’adoptent très vite, au fil de nombreuses histoires qui comme le Livre de la Jungle, en font un ami pour la vie, un totem. Les seconds, encore plus s’ils sont bergers ou vachers, ont appris, avec le temps, à s’en méfier, à le craindre. À tort ou à raison? C’est comme ça que le héros bonhomme Winnie l’Ourson est devenu récemment le bourreau d’un film d’horreur. Curieux phénomène qui trahit nos mascottes de l’enfance. Restons-y avec deux albums tout mignons, pour les plus petits mais pas que.

Ours ne sait pas où se mettre
Résumé d’Ours par Albin Michel Jeunesse : Ours aime son cookie, son livre et son ballon. Et surtout, il aime être tranquille, assis sur son banc. Mais lorsque Renard, puis Loup, puis Lapin lui demandent de partager, Ours ne sait pas dire non. Alors il accepte, à contrecœur, jusqu’à… GROOOAAAHH! exploser. Même si lui aussi, dans le fond, aime bien quand les autres partagent!

Ours! Un mot qui pourrait dire beaucoup de choses, tout et son contraire. Sur la couverture, en plan buste, le personnage hirsute, masse sombre avec deux billes blanches qui nous observent, créé par l’illustratrice ukrainienne Natalia Shaloshvili (traduite ici par Françoise de Guibert) se révèle. De mauvais poil? Pas forcément, avec son bonnet à pois bleus et son ballon rouge, Ours n’impose pas forcément le respect.

Même quand on est grand et costaud, on peut se faire écraser par des plus petits que soi qui ne manque pas de bagouts. Tu me prêtes ça, tu me donnes ceci. Y’a que son bonnet, sans doute trop grand pour Renard, Loup ou Lapin, qu’on ne demande pas à Ours. Coeur sur la main, il s’est fait priver de son ballon, de son livre, de sa quiétude et de son dessert: son cookie! Jusque-là, il s’est laissé faire sans rien dire mais est arrivé le moment où il a explosé. C’en était trop. Et tout le monde est parti, ce qui pourrait faire passer Ours pour le mauvais aors que ce sont eux qui abusent, qui profitent. Le consentement, c’est important, ça s’apprend!

En quelques mots, quelques dessins saccadés pour mieux révéler leur caractère, l’autrice met le doigt sur une tempête d’émotions à gérer, sur l’ambiguïté de nos comportements, pris entre ce qu’on pense et ce qu’on fait, diamétralement opposé, pour les autres, alors qu’eux ne se retourneront pas forcément quand vous aurez besoin d’eux. Et qui sait même, en cascade, votre frustration se reportera-t-elle sur un nouveau venu qui n’a rien demandé? Le tout est de trouver ses limites et celles des autres, de ne pas dire non à tout mais de ne pas dire oui à tous non plus. Pour éviter de se faire du mal, d’exploser. Entre les mots, entre les traits, bruts, allant à l’essentiel de ce qu’il se trame dans nos caboches, les parents devront faire l’effort d’aller un peu plus loin pour expliquer aux plus petits enfants ce qui est en jeu, mais ça vaut le coup et le décalage rigolard.


À lire chez Albin Jeunesse.
Pouf et Plume, nez contre truffe pour respirer le parfum inégalé des choses simples
Résumé de L’Amour est dans les petits riens par Nathan : Un baiser, un sourire, un câlin. Juste toi et moi. Main dans la main. Un fou rire, des bulles de bain, un refrain. L’amour est dans les petits riens.

Plume, l’enfant, Pouf, l’ours. La différence de poids et de taille n’influence en rien la largeur d’un amour « grand comme les arbres, profond comme la mer ».

Dans cette déclaration d’amitié à deux voix, universelle, Stella J. Jones aux textes (traduits par Eva Grynszpan) et Jane Massey aux dessins, classiques, s’emparent d’un sujet vu et revu des milliers de fois dans les albums jeunesse (et pas que). Et pourtant, elles touchent. Des mots simples tout autant que des images, mais l’intense douceur des deux personnages, leur mignonnerie sont imparables.

C’est un grand plaisir de les suivre, de les voir évoluer pendant une journée, « un petit rien du grand toujours qu’on va passer ensemble », quelques minutes de lecture partagée entre parents et progéniture. Trop craquant.

PS : pour les parents qui aiment lire les albums en prenant des voix en fonction des personnages, je leur conseille ici de bien s’en imprégner avant. Pas facile, la première fois, de savoir qui parle 🙂


2 commentaires