Une excellente Tête de chien par Brugeas, Toulhoat et Guillo : joutes de chevaliers, paris truqués, femme cachée et rançon exigée!

© Brugeas/Toulhoat/Guillo chez Dargaud

Inséparables et assoiffés d’aventures, Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat (sans oublier Yoann Guillo aux couleurs) continuent de s’amuser entre Histoire et fiction, voyageant dans le temps avec brio et talent. Après les uchronies, un western, des pirates, des cosaques, un cimmérien, des croisades, le puissant duo revient au XIIe siècle qui l’a fait entrer dans la légende (Le Roy des Ribauds) mais avec de nouveaux personnages et un autre univers, celui des joutes de chevalier et du dernier homme debout sur son cheval. Sinon, RANÇON! Prenez tout, messieurs, mais pas les deux premiers tomes de Tête de chien.

Résumé de Tête de chien par DargaudJosselin et Jehan sont deux chevaliers errants. De tournoi en tournoi, qu’il pleuve ou qu’il vente, ils tentent de gagner leur vie en triomphant de leur adversaire du jour. Paulin, l’écuyer de Jehan, les accompagne. Malin et débrouillard, il se révèle d’une aide précieuse. Ils sont en quête de fortune et de gloire, comme tant d’autres. Cependant, il y a tout de même un détail qui les distingue : sous le haubert, Jehan se révèle être une jeune femme… Josselin, lui, rêve de défaire le Chevalier Noirci, un combattant anonyme qui ne retire jamais son heaume, fait bande à part et ne connaît pas la défaite. À l’occasion d’un tournoi organisé par le comte de Joigny, il espère triompher enfin de lui. Hélas, vaincu et blessé par cet adversaire redoutable, il doit laisser sa place à Jehan. Sera-t-elle de taille à remporter la victoire ?

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Des enluminures sur les 3e et 4e de couverture, deux premières planches en négatif puis le bruit des armes qui détonent, qui ferraillent! L’aventure haute en couleur peut commencer. Et les combats se succéder, le jour. Et les négociations et complots de prendre la relève, la nuit, près du feu, à la lumière des gloires et des défaites du jour. Sur le terrain comme dans les paris qui permettent de gagner gros. Quitte à truquer le jeu?

© Brugeas/Toulhoat/Guillo chez Dargaud

Avec cette nouvelle série, Brugeas et Toulhoat tranchent un peu avec leurs précédentes histoires. Si les scènes d’action sont toujours à sensations fortes, cinglantes (Toulhoat n’a pas son pareil pour découper les combats, les rythmer, en déformant les mouvements et les corps, en amenant de la vitesse, des détails, des dézooms, une variété d’angles de vue qui font mouche), cette fois, les auteurs évitent le bain de sang constant. Si les chevaliers s’affrontent pas pour du beurre – ost pour ost, dent pour dent – ce n’est pas Gladiator, le combat ne dure pas jusqu’à ce que mort s’ensuive mais que le battu se résolve à payer une rançon (à moins que la conspiration ne pousse le vice à se servir d’une joute pour assassiner quelqu’un, mais n’importe quel combattant ne peut pas se le permettre). À la fin du premier tome, si j’ai bien compté, il n’y avait pas encore de mort. Plutôt un exploit quand on connaît le pedigree des deux amis conteurs. Et celui du coloriste qui claque Yoann Guillo (rah, ces scènes éclairées à la torche, ces combats au lever du jour…).

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Illustration © Toulhoat

Pas besoin de ça pour nous tenir en haleine dans cette histoire où les ennemis changent en fonction des combats et des retournements de veste, dans une situation politique compliquée, vu les divergences entre le roi et certains seigneurs qui se rêvent califes à la place du calife. Dans une unité de lieu, chaque jour étant un recommencement dans la poussière et le crottin, les deux auteurs créent un trio (Tête de Chien, alias Jehan et son secret, Chevron d’Argent, l’idéaliste Josselin, et Paulin, l’écuyer de Jehan qui rêve comme elle de changer de classe mais est fidèle à sa maîtresse), bientôt quintet. De forts tempéraments qui s’entrechoquent, chacun avec ses secrets et les raisons qui le poussent à prendre le haubert et l’épée. Pas que pour l’argent à tout prix (mais quand même un peu, pour passer une nuit au sec et l’estomac rempli). Et quand il y a une femme dans l’armure, elle risque gros!

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Work in progress © Toulhoat

Si chaque chapitre (six par tome comme dans les comics, mais en grand format) fait avancer l’histoire et élève un peu plus les héros (chacun son blason, tête de chien, haches, aigle…) au rang de champion, d’outsiders qu’ils étaient, j’ai beaucoup aimé la manière qu’ont les auteurs d’introduire chaque acte: une illustration comme une dédicace suivie d’une sorte d’interview en une planche et avant l’heure d’un des protagonistes, pour savoir ce qu’il ressent, comment il analyse les événements qui viennent d’avoir lieu et comment ils se projettent. Cela apporte de l’épaisseur et permet à Ronan Toulhoat d’étudier son personnage dans un fond quasi monochrome qui attire l’attention et nous scotche. Au-delà des machines de guerre, il y a des (res)sentiments.

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Les deux premiers tomes de cette saga tiennent leurs promesses, le suspense (avec un sacré danger pour relancer la tension dans le second opus) et le spectaculaire. Si les enjeux sont sérieux, qu’il y a une réelle approche de la société à travers le prisme de la chevalerie (de combat et non de quête de princesse ou de trésor), le duo aime aussi déconner, jouer avec ses héros et ses seconds-rôles, en rendre certains (qu’on aurait d’abord soupçonnés d’être des vilains en puissance) plutôt sympathiques et attendrissants. Le mélange est excellent, impressionnant et inventif, le rebondissement du second tome (un vrai thriller crescendo) est complètement inattendu et saisissant. De quoi donner à nos héros de véritables ennemis en quête d’une mortelle revanche. J’ai hâte de voir la suite de cette épopée légère et brutale à la fois, en tout cas.

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Notons qu’une histoire courte inédite a été éditée par la Librairie Bulle dans un comic book compris dans son édition spéciale: Le Garulf.

Illustration pour le fourreau de l’édition spéciale Bulle © Toulhoat

À lire chez Dargaud.

Preview : 

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