
Après la magnifique trilogie et symphonie impressionniste Amoureux/Maman/Papa, en collaboration avec Hélène Delforge (qu’il retrouve pour d’autres projets, évocation ci-dessous), l’impressionnant Quentin Gréban continue de faire de la poésie mais avec un peu plus de fantaisie et d’anthropomorphisme. Avec Maude De Bel, l’illustrateur livre Le Pestacle, une fancy-fair colorée, lorgnant vers Cyrano et prouvant que les petits rôles font parfois les grands.

Résumé de Le Pestacle par les Éditions Mijade : Dans la classe‚ c’est l’effervescence: c’est bientôt le jour du grand spectacle! Dans sa chambre‚ Jacques répète tous les soirs. Il est prêt! Mais la veille du grand jour‚ il n’arrive pas à dormir‚ il a le trac. Et s’il se trompe? S’il tombe? Et puis‚ il faut bien dire que lui‚ il aurait quand même préféré jouer le rôle du capitaine Barbe Noire‚ pas celui de la vague! Heureusement‚ même une vague peut se révéler importante!
Sur les bancs de l’école, la fin d’année rime avec festivités. Chaque classe, tour à tour, monte sur scène et interprète une saynète, souvent en musique, avec chorégraphie. Mais on peut aussi réunir, comme Madame Élodie, l’élégante maîtresse cygne, tous les élèves pour donner vie à un plus gros morceau, une pièce de théâtre, avec des beaux rôles et d’autres plus utiles qu’agréables à jouer.

Jacques, petite mésange bleue à lunettes, se prépare à incarner, cache noir sur l’oeil et élastique lui barrant le visage, le terrible Barbe Noire! Enfin, devant son miroir, il prend son rêve pour réalité. Car le grand jour, il sera une vague. Il aura beau prendre son rôle à coeur, c’est une déception, le vague à l’âme. Jacques, il est petit, il passe inaperçu, il est sans nul doute membre de ce club des derniers choisis dans les équipes de foot pour les matchs de cour de récré.

Toujours est-il que la vague aura bien du mal à se faire remarquer et à attirer l’attention de Lulu, princesse lapine, prisonnière d’un donjon. Qui la libérera? Barbe-Noire, campé par Guillaume, l’impressionnant cochon d’inde. Ah ça, le rôle lui va comme un gant, mais ça ne suffit pas, s’il a des trous de mémoire et oublie son texte, le spectacle court au crash.

Alors, peut-être, dans l’ombre, ni vu ni connu, mais entendu de son camarade, Jacques a son rôle à jouer. De quoi venger tous les gentils petits anonymes qui rongent leur frein à force d’être invisibilisés. Car contre toute attente, la chance de Jacques tourne et si faire le souffleur sonnait comme une évidence, il y a une paire d’yeux, aux premières loges qui n’a rien perdu de la prestation chuchotante du sauveur.

Des couleurs, des costumes plus merveilleux les uns que les autres, comme les petits animaux qui s’y glissent, et des décors do-it-yourself (comme ce dragon dans lequel Quentin Gréban capte toute l’inventivité et le sens de la récup des instits), voilà un très chouette album, bien écrit, qui rebondit bien dans les lettres et dans les dessins si bien sentis de Quentin Gréban. Une belle histoire dans une décoration de carton-pâte, mais avec de vrais sentiments et sensations, et des héros qui changent en passant de la légende aux coulisses du monde réel. Les petits aussi ont leur rôle à jouer, si on les laisse s’exprimer et qu’on ne leur vole pas dans les plumes. Dans la longue vue, on ne les voit pas venir, les invisibles, mais c’est du collectif que sortent les meilleurs moments de bravoure scénique. Dans les théâtres royaux comme dans la petite salle de fête de l’école du village. Magique !

La suite de cette année risque aussi de l’être puisque Quentin Gréban sortira encore deux autres albums, toujours chez Mijade. Il y aura en septembre Peur de rien, toujours avec Maude De Bel.


Un tout petit peu plus tard, en octobre, Quentin Gréban retrouvera Hélène Delforge, avec des animaux et un soupçon de fantasy, dans Les mousquetaires de l’ombre.
À lire aux Éditions Mijade.
