Crac Kaboom Hue, le Boy’s Bande Dessinée raconté par Dan et Janry: « Nous avons été croqués à toutes les sauces »

Aujourd’hui composé des auteurs de BD Gihef, au chant, et Janry, à la basse, du batteur David Collu, du coloriste Giancarlo Carboni à la guitare et d’invités de choc, le Boyz Band (dessiné), ou peut-être est-ce le Boy’s bande dessinée, plus personne ne sait, continue de faire les belles heures prolongées des festivals de bande dessinée. Créé il y a bientôt 30 ans, ce super-groupe, qui s’amuse à disparaître et à réapparaître, a vu passer de nombreuses stars du Neuvième Art, de Dupuis principalement mais aussi d’ailleurs. Des as du dessin et des phylactères mais aussi des musiciens chevronnés. Il y a quelques jours, la formation tout terrain (dans le registre comme les lieux où elle se produit) était au festival Les bulles de Saint-Rémy à Hanret/Éghezée. Ils ont allumé le feu dans un orage qui faisait « kaboom ». L’occasion d’une interview hors-cases avec Dan Verlinden, membre fondateur, et Janry, membre actuel et mémoire du groupe.

Avant toute chose, écoutez ça, plongez-vous dans l’ambiance!

Bonjour Dan, bonjour Janry. À quand remonte la création de cette formation ?

Dan : Notre toute première date a eu lieu en 1995, à l’occasion d’une fête chez Dupuis, à Marcinelle. Elle devait être unique et nous jouions sous le nom du Marcinelle All Star Band. J’étais présent lors de la formation du groupe. Il y avait Thierry Tinlot, (ndlr. à l’époque, rédacteur-en-chef de Spirou, qui inspira notamment le personnage du Boss) à la basse; Midam à la guitare; Yvan Delporte (ancien rédacteur-en-chef de Spirou dont l’enthousiasme permis, entre autre, la création de Gaston par Franquin) au chant; Fabrizio Borrini au chant; David De Thuin au piano; mon frangin Sem au clavier et moi à la batterie. Janry nous a rejoints après quelques concerts, puis Bruno Gazzotti. Thierry Tinlot s’est barré et, quelques mois plus tard, mon frère et moi avons aussi quitté la troupe qui, elle, a continué.

À l’origine, Thierry Tinlot et Yvan Delporte ont eu l’idée de cette formation, réalisant que pas mal d’auteurs de bande dessinée pratiquaient, sur le côté, pour s’amuser ou plus professionnellement, de la musique. La date one-shot a débouché sur une tournée en Belgique, en France, en Suisse, au fil des festivals BD où nous étions invités.

Janry : C’est devenu un ectoplasme qui ressurgissait par moments. Avec des avis de calme et d’autres de tempête. Certains ont quitté le groupe avec fracas, parfois, souvent avec bienveillance.

Mais, c’est vrai, beaucoup d’auteurs ont comme violon d’Ingres la musique. Elle accompagne la musique, sert de décor et entre en résonnance avec nos planches. La bande-son se fait énergique ou tranquille en fonction de ce que nous avons à dessiner.

29 ans après, vous êtes toujours là ?

Janry : Plus que des musiciens, nous sommes devenus de vrais potes. Nous nous retrouvons pour des barbecues, des parties de pétanque, nous partageons les potins du métier, parlons en bien, ou en mal, des collègues. Naturellement, il y a eu le Covid, et la suspension du secteur du spectacle. D’un côté, en bon misanthrope, le fait que les festivals soient annulés en a arrangé certains. Nous étions enfin chez nous les week-ends. Après les confinements, la plupart des groupes musicaux qui avaient survécu ont dû se remettre au boulot. Mais force est de constater que l’accès à la musique était moins organique, passait par les plateformes. Les festivals se sont remis en route, et nous aussi.

Un concert au milieu d’un festival BD, c’est une jolie formule pour prolonger la soirée ?

Janry : Nous poussons les festivals à le tenter. Pour faire rayonner l’événement. Un festival de BD, c’est un vase clos souvent fréquenté par des gens qui sont de vrais amateurs de BD, qui viennent voir les auteurs et comment ils dessinent. Dans une relation qui peut paraître consanguine.

Intégrer un concert au programme, c’est une manière de ne pas rester mono-thème, de sortir des cases. On peut aussi organiser un souper, un concours de pétanque avec les villageois, un rallye de vieilles voitures, plutôt que de concentrer sur son nombril, avec un pistolet à un coup.

Janry

Quel répertoire jouez-vous ?

Dan : Des reprises sur lesquelles Yvan Delporte créait des textes originaux, en rapport avec la BD : la veuve d’Hergé, les dédicaces, les collectionneurs, le monde de l’édition… Nous chantons en français… même si on ne nous comprend pas toujours – nous avons parfois fait des concerts sans ingénieur du son, ce qui ne rendait pas toujours nos paroles limpides ! Mais ce n’est pas que de la musique française…

Janry : Le répertoire est large, nous n’avons jamais voulu favoriser un genre plus que l’autre. Notre répertoire, c’est un gros coffre à jouets. L’axe principal, c’est l’âme de la musique. Nous voulons LE morceau représentatif. Le rock parmi les rocks. Pour le grunge, c’est Nirvana. Pour le slow de l’été, c’est Joe Dassin. Pour le blues… nous l’inventons. Il y a du Lenny Kravitz, du Jimi Hendrix, du crooner avec Dean Martin, du jazz, du rock progressif, du punk, du reggae, même du classique, comme la 9e Symphonie de Beethoven. Des morceaux sur lesquels nous glissons des textes sur ce qu’est le monde de la BD, un métier comme les autres finalement, avec ses petits tracas. Nous croisons tous les thèmes et tous les genres. Un vrai jukebox.

Vous avez notamment adapté l’adaptation de Gainsbourg de la Marseillaise.

Janry : Oui, la Flamonie ! Le roi, la loi, etc. Mais elle n’est pas toujours au programme comme c’est Luc Batem qui la chante. Nous aimons la jouer quand nous jouons face à un public français. Comme leur pays ne va pas bien, nous leur rappelons que, tôt ou tard, ils devront se rattacher à la Belgique.

Le répertoire évolue, nous ajoutons de nouvelles chansons. Parce que si, pendant deux ans, nous répétons toujours les mêmes morceaux, certains vont se lasser. Il faut entretenir la dynamique de groupe, aussi en se voyant pour faire plein d’autre chose que de la musique. Nous avons déjà fait un séminaire où nous jouions en pyjama.

Sacré personnage que ce Delporte, qui nous a quittés il y a 17 ans.

Janry : C’était le bouillon de culture par excellence. C’est le seul qui a eu une bonne raison de quitter le groupe, parce qu’il est mort ! Il était prolixe, dynamiseur et dynamiteur. Il nous a suivi jusqu’au bout. D’ailleurs, j’ai un jour enregistré, sur mon petit enregistreur, sa voix sur un morceau qu’il avait écrit. Je nous imagine bien un soir la faire en playback, pourquoi pas avec une mascotte, une projection. Ce serait la première fois qu’un mort chante sur scène. On le fera un jour mais, en attendant, nous sommes paresseux !

Dan : Yvan Delporte, c’était l’aîné du groupe mais il s’amusait tout le temps, il amenait cet esprit de déconnade, jamais sérieux. Il avait des problèmes de genoux et était incapable de courir. Sauf à l’aéroport, il se servait des caddys dans lesquels nous mettions nos guitares pour se propulser. Ça a donné des moments surréalistes et fun.

Nous nous sommes déjà retrouvés à 20 dans une petite chambre d’hôtel à continuer le concert. Un jour, Yvan a même fait semblant de mourir et nous avons organisé un faux enterrement. Dans les festivals, nous sommes souvent bien reçus, dans une ambiance de fiesta. Par contre, je me souviens que certains concerts ont eu lieu alors que des collègues étaient en pleine séance de dédicaces. Dans un brouhaha pas possible pour eux : nous jouons très fort. Mais cela fait beaucoup de bons souvenirs, pour ce que je peux me souvenir.

Vous avez aussi fait des clips ?

Dan : Oui, nous sommes passés à la télé. Il y a eu des événements sur des bateaux, dans un avion même je pense. Je ne suis plus sûr… en tout cas, j’ai déjà dédicacé des albums dans les airs.

Je me souviens aussi de ce jour dans le sud de la France. Nous avions monté tout le bazar, ça s’annonçait super. Il faisait super-beau et chaud. J’ai lancé, à mon habitude, le début du show, « one, two, three »… et le déluge a commencé. Un orage de fou. Nous n’avons pas pu jouer mais c’était rigolo.

Dan, si vous n’êtes plus membre du groupe, vous revenez sur scène lors du festival d’Hanret (le 18 et 19 mai dernier).

Dan : Oui, à chaque date, le groupe essaie d’avoir l’un ou l’autre invité sur scène. Nous avons eu Christian Darasse, Tronchet, Swolfs, Frank Le Gall – Il m’a même pété une baguette, il m’en a amené une de remplacement des dizaines d’années plus tard. Plein d’auteurs de BD continuent à jouer, sur le côté, d’un instrument. On s’en rend compte lors des dédicaces, alors on s’arrange pour les faire jouer avec le groupe. L’appel est lancé. Cette fois-ci, il se trouve que ce sera moi – ce n’est pas la première fois – et Hamo qui, lui aussi, a fait partie du groupe (entre 2004-2005 et 2011), remplaçant une guitare électrique par de l’accordéon.

Et, vous, à la batterie comme au bon vieux temps ?

Dan : Peut-être mais j’amènerai surtout mon violon. Avant de faire de la batterie, j’ai appris le violon, il y a très longtemps.

Il y a l’air d’y avoir eu un sacré va-et-vient d’instruments, non ?

Dan : Il y a toujours eu un bassiste, Thierry Tinlot, puis Janry. Il y a eu des percussions, un violon, le saxophone de Batem, aussi, plus tard.

Tous ces instruments, c’est bien plus encombrant que votre farde et votre trousse de crayons, marqueurs et couleurs, non ? Ça demande une certaine logistique, non ?

Dan : Pour la batterie, en général, les organisateurs en prévoyaient une sur place. Comme ça je ne me baladais qu’avec mes cymbales. Puis, il y a parfois eu des instruments cassés. Un jour, Yvan a cassé la toute nouvelle basse de Janry. Il a simplement marché dessus sur scène.

Janry : C’est plus conséquent qu’un crayon et une gomme, c’est sûr. Et l’âge avançant, le combo de guitare pèse d’avantage. Le vrai problème, c’est de savoir où nous allons jouer. C’est parfois foutraque, nous n’avons pas toujours été compris par les festivals qui nous accueillaient. Parfois, il n’y avait pas d’ingénieur du son prévu. Nous avons même déjà joué pendant que les autres dédicaçaient. Pas sûr que ce soit la formule gagnante. Nous devons nous assurer que ce soit bien fait, que le concept et nos besoins soient cernés par les organisateurs. Nous avons été croqués à toutes les sauces. Nous avons plus d’expériences que les groupes qui sont formatés pour des salles bien précises.

Dan, pourquoi avez-vous quitté le groupe ?

Dan : À l’époque où j’ai arrêté, j’avais encore l’ambition de devenir musicien professionnel. Finalement, ça ne s’est pas fait et je me suis consacré à la BD. Ce qui n’est pas plus mal. Je ne suis pas sûr que la vie de musicien m’aurait convenu.

Comment est votre public ?

Dan : En général, il est enthousiaste. Il y a les collectionneurs qui nous écoutent par politesse. Mais nous avons joué aussi dans des bistrots. Nous sommes amenés à jouer devant des publics très différents et dans des lieux divers : des places publiques de villes ou villages, aussi. Nous avons même joué dans les escaliers de City 2, entre deux escalators.

Janry : Tous les commerçants ont gueulé : nous faisions trop de bruit. Nous avons joué sur des scènes pas possibles. Dans le couloir menant à une salle où le maire faisait son discours. Après un morceau et demi, ils nous ont dégagés. Je n’en faisais pas partie à ce moment-là mais le groupe a aussi joué sur un camion qui a traversé un village. Il était alimenté par un groupe électrogène… qu’on entendait plus que la musique.

La meilleure salle? C’est un bistro-bar, avec un petit podium, un ingénieur du son, où tout est prévu. Nous demandons toujours à ce qu’il y ait un bar pas trop loin pour qu’on puisse nous écouter avec une bière à la main.

Le public sait tout de même un peu à quoi s’attendre?

En tout cas, avant les concerts, je distribue à chaque table un petit folder qui présente le groupe. Il y a aussi des strips/gags, les paroles de certaines chansons. Comme ça les spectateurs savent un peu à quoi ils vont avoir à faire. Certains spectateurs sont là s’ils n’ont pas autre chose à foutre, d’autres font une étude anthropologique. Mais je pense que les amateurs de BD ont un brin de curiosité, d’admiration. Si Franquin avait fait la musique, je serais allé le voir, pour avoir un autre angle de vue sur ce personnage dont j’étais fan.

Combien de temps jouez-vous ?

Janry : Ça dépend. Nous avons déjà tenu trois heures. En général, c’est une heure et demi. En plein air, nous ne pouvons pas aller au-delà de 22h, la police est parfois tatillonne. Le bon créneau, c’est de commencer à 20h30, comme ça tout le monde a soupé, et de terminer à 22h, quand tout le monde va vomir. En réalité, il n’y a pas ou peu d’improvisation, sauf quand Giancarlo, notre guitariste (et coloriste pour le Studio Cerise), fait un solo. Nous l’arrêtons après dix mesures.

Et nous répétons. Il y a trois jours, nous jouions encore.

Où ?

Janry : Chez moi, du côté de Jodoigne. Pour tout dire, il y a 25 ans, j’ai acheté cette maison avec une grange aménagée, pour que le groupe puisse répéter. C’était central : Borrini et Batem venaient de Liège, Delporte et Midam de Bruxellles. J’ai choisi le milieu du triangle. J’ai créé un vrai studio, avec du double-vitrage, gaufré. Pour ne pas que les voisins se plaignent. Car nous jouons fort !

Il y a parfois des soucis en cours de concert.

Janry : Oui, ça m’est arrivé une fois. La corde la plus importante de ma basse a pété, la deuxième à suivi. Il ne m’en restait qu’une et je n’ai pas de matériel pour remplacer. Quand ça arrive à Giancarlo, nous comptons sur Gihef pour raconter des blagues pendant la réparation. Nous n’avons pas comme Bryan May ou Keith Richards six guitares sur scène et quelqu’un qui les accorde en continu.

Mais le truc qui nous arrive le plus souvent, c’est d’oublier un couplet. Alors, nous rigolons et le public qui nous voit nous bidonner rigole à son tour.

Au fond, comment écrit-on le nom de votre groupe ? J’ai l’impression que toutes les orthographes sont dans la nature, non ?

Dan : On l’écrit comme on veut, tant qu’on remplit des stades !

Janry : Au début, c’était le Marcinelle All-Star Band. Marcinelle, le chaudron de l’âge d’or de la BD franco-belge. Initialement, nous l’écrivions Boyz Band (dessiné). Mais je pense que plus personne ne sait comment orthographier le groupe.

Vous avez déjà pensé à sortir un album ?

Janry : Nous avons plein de matos pour faire un CD. Même des compositions. Mais il faut du temps et il y a un peu de peur. Nous étions allés voir Fred Jannin qui avait réussi un tube avec What’s your name (sous le nom de Zinno) et qui citait forcément James Bond. Il nous avait dit : « tant que vous n’avez pas de succès, vous faites ce que vous voulez, on vous fout la paix. Mais si vous en avez, vous allez douiller car les ayants-droits vont arriver. »

Revenons à la BD, sur quoi travaillez-vous en ce moment ?

Dan : J’ai terminé mon deuxième et dernier album de Soda. Il sortira en octobre. Pour le reste, j’attends la suite du scénario d’un bel album d’aventure pour les adolescents. J’ai déjà dessiné 80 pages.

Illustration récente de Dan pour le Festival Vivier(s) de BD
Le maître des singes Hemberg/Dan

Janry : Je termine le 20e tome du Petit Spirou Y’a pas de mais. Je suis sur la couverture. Après quoi, avec Gihef, nous travaillerons sur un Spirou et Fantasio.

Et une BD sur le Boyz Band (dessiné) ?

Janry : Il y a eu quelques gags, notamment pour le folder dont je parlais tout à l’heure. Gazzotti avait animé l’un ou l’autre épisode des Rolling Sonotones. Mais force est de constater que l’univers du Boyz band (dessiné) est très éloigné des sujets qui nous intéressent pour nos séries respectives. Avec le temps on apprend à distinguer les bonnes idées qui fusent à un moment des fausses bonnes idées finalement compliquées à concrétiser. Bien sûr, les éditeurs comme Bamboo déclinent tous les métiers imaginables en BD. Parler de la vie d’un groupe de musique amateur, ça parle à un vivier réduit. C’est beaucoup plus porteur de s’adresser à la communauté des motards, par exemple, comme avec le Joe Bar Team.

Merci à tous les deux, en vous souhaitant, que ça swingue, que ça rocke, que ça jazze, encore longtemps!

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