Le Baiser de la Femme Araignée, une pièce choc portée par deux immenses comédiens au sommet de leur art !

Dire que cette adaptation théâtrale du Baiser de la Femme Araignée d’après l’oeuvre originale de Manuel Puig, est un des spectacles proposé par le Théâtre Le Public parmi les plus attendus de la saison est un euphémisme. Avant même le début des représentations toutes les dates affichaient complet, et il faut bien reconnaître qu’une telle affiche portée par un brillant duo d’immenses comédiens donne véritablement envie.

Liberté chérie !
Il faut résister, il est de notre devoir de résister quand l’ordre sert la tyrannie.

Dans un pays totalitaire, deux hommes partagent l’étroitesse d’une cellule de prison. Deux gars que tout oppose vont être obligés de trouver le chemin qui les mènera à la fraternité. (Source Théâtre Le Public)

Devant nous une cellule, froide et austère, deux lits sommaires, une bassine pour faire sa toilette et un seau pour y faire ses besoins. Un décor qui déjà nous met en situation dès notre arrivée.

La représentation qui va alors se dérouler devant nous va nous prendre aux tripes dès les premières répliques. On s’y attend, on connait le sujet, le livre, le film de Babenco, mais ce qui va nous interpeller et nous bousculer à la vision de cette pièce va bien au delà de nos attentes.

Devant nous évoluent deux hommes totalement différents dont les visions sont diamétralement opposées. Deux hommes qui sont la preuve que par l’imagination et les rêves, même au coeur d’un système répressif et totalitaire, les murs peuvent tomber.  

La première partie de la pièce campe les personnages par le jeu psychologique de leur relation à coup de dialogues denses et animés. La rencontre est tendue et la confrontation inévitable. 

Molina ( Antoine Guillaume) est un rêveur sensible, cinéphile averti qui se sert du 7e art comme exutoire, comme une chance de pouvoir être quelqu’un d’autre et de s’évader pour échapper à ces systèmes dominants, à ce régime arbitraire et injuste.

Molina se sent mal dans son corps, l’appendice qu’il a entre les jambes lui pose problème, et il avouera à Valentin que s’il avait été courageux il se le serait coupé.

Valentin ( Itsik Elbaz) est à mille lieux de Molina, il est un homme révolutionnaire militant politique aux idées marxistes et homophobes, qui par la force des choses se retrouve bouclé dans quelques mètres carrés avec cet étalagiste gay, très féminin, avec qui il n’a absolument aucune affinité.  Et pourtant cette réalité insupportable qu’ils ont à subir en milieu carcéral va finir par les rapprocher, non sans bouleverser totalement leurs vies respectives.

La pièce est forte, âpre, parfois oppressante et bouleversante. Que dire de la mise en scène signée Laurent Capelluto et Diana David, si ce n’est qu’elle est brillante et très cinématographique, et magistralement mise en valeurs par les jeux de lumière d’Alain Collet et l’efficace création sonore signée Jean-François Assy.

Et puis il y a ces deux immenses comédiens qui portent la pièce à bout de bras : Itsik Elbaz que je tiens personnellement comme l’un des plus talentueux et charismatiques de sa génération, et puis l’étonnant Antoine Guillaume que l’on retrouve dans un registre inattendu, et qui nous éblouit à chaque instant par la justesse et la vérité de son jeu. Leur complicité évidente est perceptible sur scène et nous emmène très loin dans les méandres de la relation troublée et intime que vivent leurs personnages.

Ils sont tous deux absolument formidables et bouleversants.

Le Baiser de la Femme Araignée est une pièce choc dont vous ne sortirez pas indemne, un uppercut théâtral qui vous mettra tout simplement groggy pour de longues heures.

Magistral !

Jean-Pierre Vanderlinden

 

 

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