
Dix ans après Gisèle et Béatrice, Benoît Feroumont s’offre à nouveau une escapade coquine et fantastique, et néanmoins sociétale, avec Mou. Un super-héro(tique) inattendu.

Résumé de Mou par Dupuis : Charles est un loser qui rate tout. Jusqu’au soir où il rencontre dans un bar Paola, une jeune chimiste, qui le ramène chez elle. Après un rapport plutôt décevant, Charles s’enfuit après avoir bu une boisson (très mauvaise) dans le frigo. Il ignore qu’il a ingurgité une expérience de Paola sur la structure osseuse des astronautes. Le lendemain matin, il se réveille transformé en monstre plein de tentacules. Son destin vient de basculer…
« Mou, Mou, Mou est venu entre nous, Mou Mou, j’ai plus la force du tout, de croire qu’j’vais résister. » Il est passé par ici, il repassera par là, en attendant tout le monde en parle: Hugues Dayez et Rudy Léonet, Macfly & Carlito, Eric Zemmour et Pascal Praud. Sans oublier les instagrammeurs pros et les addicts des réseaux en tous genres. Mou ne laisse personne insensible.

Mou? Ouhla, vous, vous venez de débarquer! Vous n’avez pas entendu parler de cette créature inclassable qui est arrivée en ville comme un cheveu dans la soupe? Sûrement un extraterrestre… brrr. Sauf que le « monstre » (on est toujours le monstre d’un autre) qui privilégie les égouts et les cabinets de toilette pour se déplacer, se révèle être une bête de sexe et de sensibilité. La star des réseaux. L’ennemi public n°1 pour ceux qui disent que le travail rend libre et tant pis si ce n’est pas l’éclate au pieux… alors que c’est l’amour charnel qui nous met sur orbite.

Quand on fait sa rencontre, on a envie de se blottir, de se laisser aller, d’être insatiable. Comme l’inconnue que Benoît Feroumont a choisi de mettre en couverture, cramponnée, telle une Jane des villes, à ce qui semble être l’appendice d’un éléphant. Détrompez-vous, Mou est bien mieux pourvu.

Mais puisqu’il trompe énormément, il pourrait bien mettre un coup de fouet aux couples qui vivent ensemble par habitude (ou parce que l’un des partenaires met l’autre en prison), faute de mieux. Monstre de délicatesse et de doigté, Mou chamboule tout, traverse les castes, annihile les règles. À deux, à trois, avec des hommes, avec des femmes, avec des indéterminés, tout le monde est semblable et à la fois différent face à l’extase.
Quand donner du plaisir, trouver l’accord parfait avec l’autre (les autres), c’est aussi se donner du plaisir. Même si, quand il n’est pas au lit, Mou tente de retrouver sa vie d’avant… Pourtant, en se réveillant dans la peau d’une sorte de pieuvre, il a perdu toute capacité à se faire comprendre des humains. Peut-être est-ce le moment d’accomplir sa quête, de trouver qui il est, qui il sera vraiment et de se prouver qu’il n’était pas seulement le loser dont on se moquait, castré par sa mère.

Dans un Royaume tout public ou un conte pour public averti, Benoit Feroumont a ce don et les rondeurs pour nous embarquer, avec de la poésie et de l’humour plutôt que de la vulgarité graveleuse. Bien sûr, un nombre incalculable de corps se déshabillent et se rhabillent, en toute impunité et simplicité, mais il y a de la classe, du naturel, rien de contrôlé ou d’écrit, pour arriver à l’orgasme. Ces personnages, aussi vrais qu’ils sont en papier, se laissent porter, si bien que le récit va de surprise en surprise, avec brio et beaucoup d’esprit. Jusqu’au contrepied final. Mou, ce n’est pas que sexuel. Loin de là. Rien n’y est facile, tout y est fragile, subtile, et Benoît Feroumont s’y adonne de manière très créative (dans les dessins et les couleurs), très récréative. Rafraîchissant et dyna »mou »que. Coquin et mature.

À lire chez Dupuis.
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