Avec l’érotisme acidulé de Gisèle et Béatrice, un couple… mal sous tous les rapports, Benoît Feroumont inverse les rôles intelligemment

Quand on pense « érotisme », on pense souvent aux navets que délivrent les écrans, une fois la nuit bien avancée. Bien trop souvent, de la sous-sous-sous-sous-culture débarrassée de ses sous-vêtements dans des effets faciles et des situations factices. Le tout servi par des acteurs jouant approximativement comme si leur talent ne résidait que dans leurs corps plus ou moins sculpturaux. Quitte à mettre à nu les histoires, autant qu’elles soient porteuses d’un peu de sens plus que de sexe. Et le Neuvième Art nous a souvent prouvé que quitte à jouer sur du velours, il lui préférait la dentelle. Et c’est comme ça que des classiques sont nés et des auteurs se sont spécialisés dans l’érotisme dessiné, frivole mais bien pensé. Spécialiste de l’intimité dans le plus simple appareil, Benoit Feroumont ne l’est pas vraiment. Pourtant, avec Gisèle et Béatrice (réédité ces jours-ci avec un dossier et quelques notes illustrées de croquis et dessins inédits), Benoit Feroumont donnait encore un autre visage à son art et proposait une fable fantastique, sexy mais raisonnée.

© Feroumont

Résumé de l’éditeur : Comme beaucoup de femmes, Béatrice est moins payée et moins considérée que ses collègues masculins. Lorsque son patron saute le pas du harcèlement sexuel, elle décide de le prendre à son propre piège. Grâce à une plante magique ramenée d’Afrique, elle le transforme en femme. Devenu « Gisèle », sans statut, sans papiers, sans passé, il n’a d’autre choix que de rester chez Béatrice, qui en fait son objet sexuel, et accessoirement aussi sa femme de ménage.

© Feroumont/Coopman chez Dupuis

Avant, Gisèle était un patron comme les autres. Même qu’il s’appelait Georges et qu’il était sans pitié avec les femmes qu’il avait sous ses ordres et dont il espérait bien en mettre quelques-unes dans son lit. Promettant monts et merveilles et n’en disant bien sûr rien à sa femme. Du donnant-donnant, promotion-canapé comme savent le proposer les goujats doublés de salauds et triplés de misogynes dans son genre. « Notre petit secret », comme dirait Scar (qui aurait pu, pourquoi pas, apparaître dans Le lion et le singe, court-métrage encensé de Feroumont). Jusque-là, Béatrice avait tenu bon face aux assauts de ce mâle en rut et néanmoins en déroute mais, cette fois, acculée par des dettes, un niveau de vie médiocre et une vie qui ne lui fait pas de cadeau, elle s’est mise sur son 31 et a accepté les avances de Georges.

© Feroumont/Coopman chez Dupuis

Il s’en frotte les mains mais la partie de plaisir qu’il imaginait va tourner court car Béatrice a plus d’un tour dans son sac et s’arrange pour transformer sa virilité en costard en soubrette à accent de l’est. George est devenu Gisèle et il va prendre cher, doublement emprisonné par son ex-employée qui va tout lui prendre, sans possibilité de salut ni papiers. Le voilà obligé de baiser, de faire le ménage et de rebaiser. Tout en aguichant tout l’immeuble de sa geôlière, car s’il y a une chose que Béatrice lui a donnée volontiers, c’est un corps de rêve et affriolant. Bien plus que dans la peau d’une femme, George est désormais dans la peau d’une de ses victimes, harceleur harcelé.

© Feroumont/Coopman chez Dupuis

C’est un tour de manège et un tour de magie qu’offre Benoît Feroumont avec ce premier album érotico-malin qui aurait très bien pu ne jamais voir le jour. Les Gracy Gimps, comme il les appelle, qui pullulent désormais sur ses comptes Facebook et Instagram, Feroumont les a souvent laissés à l’ombre de sa vie d’artiste publique, les gardant pour lui. Jusqu’à ce qu’il entende l’appel de Jocelyne Robert, sexologue canadienne révoltée de voir sa clientèle perturbée et confondant les réalités à force des assauts du porno et de ses dérives. « Ne laissez pas la sexualité aux pornographes, emparez-vous de l’érotisme et représentez-le », s’était-elle fendue. Et ça avait fait mouche…

© Feroumont/Coopman chez Dupuis

Benoît Feroumont a bien compris le message et son Gisèle et Béatrice fait, mine de rien, avancer le schmilblick amenant son lot de situations surréalistes, de chocs pour notre tortionnaire devenu la créature chétive qu’il aimait brimer et avoir sous son joug. Avec cet album paru chez Aire (on ne peut plus) Libre, le papa du Royaume réussit à faire passer la nudité au second plan pour parler d’une société qui aime encore de trop jouer de longueur plutôt que de langueur. Feroumont lui range la queue entre les jambes pour parler posément, humoristiquement aussi, en compagnie de ses deux héro(ïne)s (?) d’un genre nouveau et révolutionnaires. Le lecteur est impliqué, bien plus intelligemment que la branlette que tentent de proposer certains petits chefs-d’oeuvre crasses et désensibilisés de la télé.

Titre : Gisèle et Béatrice

Récit complet

Scénario et dessin : Benoît Feroumont

Couleurs : Christelle Coopman

Genre : Érotisme, Fable, Fantastique, Humour

Éditeur : Dupuis

Collection : Aire Libre

Nbre de pages: 128

Prix: 16,50€

Date de sortie: le 01/06/2018 (Réédition)

Extraits : 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.