Le Tour de France fait sa bataille des nuages, sans sabre laser, juste à la force des mollets et du braquet, toujours plus haut, toujours plus loin

Y’a pas que la baballe dans la vie, les matchs de Coupe du monde se raréfient au fur et à mesure que le tournoi avance et il est temps de penser aux autres aventures sportives de cet été. Et notamment une autre au long cours qui commencera ce 7 juillet et fera la part belle aux forçats de la route (quand l’UCI est en déroute et blanchit Froome plus vite que son ombre bannie du Tour, et ça, c’est triste, enfin soit, disons-nous que le spectacle est ailleurs). Dès ce dimanche, la grande Boucle prendra le départ de Noirmoutier, au niveau de la mer mais ne réfrénera pas ses ardeurs et celles de ces cyclistes pour atteindre quelques monstres de montagnes, pentus et décisifs (on l’espère). Car c’est dans la succession des monts, des pics et des cols que la réputation du Tour de France s’est aussi faite. En danseuse ou à la moulinette, Didier Ocula et Thomas Liera clôturent leur triptyque officiel (« du souvenir » comme ils l’appellent) sans suffoquer, sans mal de l’altitude, avec la force des attitudes.

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©Ocula/Liera/Hamo/Vanecht chez Dupuis

Résumé de l’éditeur : Ce sont à coup sûr les étapes du Tour de France les plus palpitantes, les plus spectaculaires et les plus douloureuses pour l’organisme. La tête dans les nuages, le cou tendu, là-haut, tout là-haut, juste à côté du soleil, les hommes doivent s’affronter, mais face à eux, il n’y a que leur âme. C’est un bien étrange et singulier duel que de se battre avec soi-même en pleine montagne.

©Ocula/Liera/Hamo/Vanecht chez Dupuis

La bataille des nuages, c’est onirique, ça pourrait aisément être le titre d’une histoire de Sf, d’un  cloudy space opera son et lumière. Il n’en est rien (quoique, certains coureurs sont si assoiffés de victoires qu’ils pourraient pédaler de manière stratosphérique pour arriver à poser le premier… boyau sur la Lune), si le son et la lumière sont bien là, le spectacle se fait au ras des pâquerettes ou des edelweiss,  sans sabre laser mais à la force des jambes et d’un courage que la route cherche à malmener. De la défaillance à la consécration, du virage magistralement négocié à la chute qu’on n’avait pas vu venir, de la mise-à-pied aux pédales qu’on ne peut plus sentir, l’ascension est vitale autant que mortelle.

©Ocula/Liera/Hamo/Vanecht chez Dupuis

S’ils avaient déjà abordé le sujet dans leurs précédents tomes, les deux auteurs carolos ont donc décidé de prendre de la hauteur, de l’altitude, de surplomber les lacets et les raidillons. Quand les hommes aussi sportifs soient-ils se retrouvent à avoir l’apparence de vulgaires insectes dans une nature qui les dépasse mais sur qui ils veulent néanmoins gagner. Gagner contre soi, contre les conditions, puis sur les autres. Bon, à l’heure actuelle, avec les progrès techniques (pas motorisés, s’il vous plaît), les voitures suiveuses et toute une série d’améliorations qui permettent plus ou moins de confort quand on vit sa journée sur une selle, ça peut paraître surmontable; mais imaginez cette course, il y a quelques décennies, quand les couleurs ne pouvaient compter que sur leurs ressources, et les plus insoupçonnées.

©Ocula/Liera

Ainsi, fidèle à leurs habitudes, Ocula et Liera nous baladent dans l’histoire à deux roues, compilant onze histoires connues ou méconnues qui ont vu les vélos viser le ciel. Il y a Merckx évidemment et cannibalement mais aussi un Jacques Anquetil superstitieux, un Pintarelli devenu momie à cause des chutes sous la pluie, l’ouvrier Roger Walkowiak qui rêvait de jaune ainsi que de ce Christophe Colomb des cimes qu’était Alphonse Steinès, ce journaliste aussi fou que jusqu’au-boutiste qui guida le peloton au pays des neiges éternelles ou presque, le Tourmalet.

©Ocula/Liera/Hamo/Vanecht chez Dupuis

Si le temps est toujours compté, encore plus sur les premiers, en montagne, le tandem sur son tricycle semble avoir eu un peu plus de temps pour concrétiser cet album naturellement spectaculaire, y remplir l’avant-plan comme l’arrière-plan (clins d’oeil à l’appui) et pour le fignoler en une admirable conclusion. Ocula et Liera se sont dégagés des rayons pour laisser parler un peu plus la fantaisie et la magie de la mise en scène. Le trait rond du deuxième fond dans la bouche et sous les yeux. Se dégageant du réalisme feint et trop appuyé que pour délivrer une quelc… (calque?)onque saveur de certaines oeuvres, Liera a un graphisme enthousiasmant qui fait de ce Tour un Disneyland à ciel ouvert et sans frontière, si ce n’est les limites humaines. Les couleurs d’Hamo et Colin Vanecht se fondent dans une chart qu’on imagine forcément restrictive et parviennent à donner un peu plus vie à ces images déjà bien animées, passant de la quiétude à l’orage et la brume qui peuvent faire s’écrouler toutes les ambitions de coureurs. Une apothéose à deux roues qui, malgré les scandales dans lesquels les autorités du cyclisme semblent bien se complaire, ne freine pas notre enthousiasme. Qu’ils sont beaux ces efforts, quand ils sont insoupçonnables (on l’espère de tout coeur).

©Ocula/Liera

Signalons que, pour fêter le départ du Tour, Didier Ocula et Thomas Liera (qui restent un peu dans le vélo avant de s’attaquer à d’autres projets et études, on croise les doigts pour que leur Caffe Bozzo) seront en dédicaces au Slumberland Bd World Rive Gauche à Charleroi.

Série : Le Tour de France

Tome : 3 – La bataille des nuages

Scénario : Didier Ocula

Dessin : Thomas Liera

Couleurs : Hamo et Colin Vanecht

Genre : Sport, Histoire, Récits courts

Éditeur : Dupuis

Licence : Le Tour de France

Nbre de pages : 44 (+ 4 pages de cahier graphique)

Prix : 14,95€

Date de sortie : le 15/06/2018

Extraits : 

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