
Oyé, oyé, brave gens et manants. Vous croyez avoir tout lu sur le Moyen-Âge? Et avoir ri jusqu’à plus soif? Détrompez-vous, régulièrement, bien plus qu’au cinéma par exemple, le temps des chevaliers, des princesses et autres dragons revient à la charge en BD. Les exemples ne manquent pas, je vous en ai sélectionné deux, misant sur les gags et les histoires courtes : Chroniques du château faible et le tome 8 du Royaume. Mettez vos cottes de mailles, n’oubliez pas votre épée ou votre arbalète et en selle!

Chroniques du Château faible
Résumé de Chroniques du Château faible par Fluide Glacial : Le Roi se meurt… Qui va lui succéder ? Liquide sur son trône, le Roi sent ses derniers jours approcher… Le royaume est en ébullition : qui va bien pouvoir le remplacer ? Les héritiers autoproclamés se bousculent au portillon, les truands des bas-fonds fomentent des plans pour pénétrer le château et les ennemis de toujours se rassemblent pour faire de petites « blagues » à sa majesté.
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Après une page-titre qui nous spoile la surprise des premières pages et l’identité du voyageur mystérieux et lugubre, par monts et par vaux, à travers les villages et les campagnes, voilà que nous pénétrons dans le petit théâtre de Jean-Christophe Mazurie. L’auteur à une patte pour griffer ses personnages (très cartoonesque et esquissés mais avec de la personnalité). Il les ensorcelle pour qu’ils échappent au canevas habituels dans les récits de ce genre, quitte à avoir des contre-emplois.

La mort arrive dans le royaume, tout le monde est en émoi (ou fait mine de l’être) mais très vite chacun veut tirer la couverture à lui. Même la plèbe qui, d’ordinaire, n’a pas voix au chapitre, se dit qu’elle a un coup à jouer. Pour être calife, ou plutôt, roi, à la place du calife.

Gag après gag, mais dans une continuité d’une petite histoire, Jean-Christophe Mazurie s’amuse, comme on le ferait de petits soldats ou de marionnettes, et parodie cette cour des miracles. Il y en a pour tous les goûts et toutes les sensibilités : l’amour courtois, la religion et le malsain esprit, les bandits de grand chemin qui ne demandent qu’à apprendre… la politesse et le bien parler, les complots et les enfants cachés mais complètement cramés, la dure vie paysanne.


Puis, ça s’excite, ça s’excite, mais si tombe, il est déjà mort ce roi, remplacé par un sosie, non? Avec ces ingrédients délirants et un dessin synthétique et créatif, Jean-Christophe Mazurie tourne autour du pot et n’arrive malheureusement pas à conclure. Il y avait moyen d’allumer un feu d’artifice, c’est finalement un pétard à moitié mouillé.


Le Royaume – La reine du balai

Résumé du tome 8 du Royaume par Dupuis : La vie n’est pas un long fleuve tranquille au Royaume : le forgeron François n’a qu’un but dans la vie : épouser la jolie tavernière Anne. Mais Anne a d’autres ambitions, plus sociales que conjugales d’ailleurs : elle veut réussir sa vie professionnelle et toute son énergie est dirigée vers la bonne gestion de son auberge. Or, le Roi accumule les dettes et ne règle jamais son ardoise. Un jour, un charmant jeune homme très généreux paie son repas et sa nuit avec une magnifique bague… qu’Anne reconnaît directement comme appartenant au Roi.
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Qu’une seule tienne et les autres suivront… Oui, mais bon, sur la couverture de ce neuvième opus (en comptant le gros one-shot hors-série paru il y a quelques années) de la série humoristique, mais tout de même épique, de Benoît Feroumont, Anne est un peu toute seule avec son balai et son chat (qui va bientôt suivre la déferlante) face à un raz-de-marée humain et bestial qui rue sur elle. Que fuient le roi, la garde, les vaches (tendance Guernica), etc.? Pour le savoir, il vous faudra ouvrir cet album. Mouahahahahah (rire machiavélique).


Alors que Benoît Feroumont a été longtemps occupé comme directeur de l’animation de la dernière petite pépite de l’animation espagnole (Robot Dreams – Mon ami robot dont vous n’avez pu louper les affiches et les sélections prestigieuses jusqu’aux Oscars et le grand prix Contrechamp à Annecy), ce qui l’a éloigné de la planche à dessin, l’attachant auteur avec encore du matos en stock pour nourrir sa série d’un nouvel album de derrière les fagots. Une nouvelle fois, La reine du balai fait la part belle à onze nouvelles histoires courtes (voire même en une planche), réalisées entre 2011 et 2023 et qui partent dans tous les sens.


Avec de l’action, de l’émotion et une bonne tranche de rigolade. Épaulé au scénario par les fidèles Clara Cuadrado et Maïa Mazaurette et aux couleurs par les tout aussi assidues Christelle Coopman et Sarah Marchand, Benoît Feroumont est toujours aussi royal dans ce royaume plein de personnages qui ont un grain et un gros nez. Par le bout duquel ils se font parfois mener. Car tout le monde, ici-bas, ne vit pas d’amour et d’eau fraîche, il y a des convoiteurs, des voleurs, des usurpateurs, des charlatans (businessmen médiévaux) et un roi qui veut retrouver l’anonymat, parfois, ou un subterfuge qui lui permettrait surtout d’aller batifoler loin de la reine mère et amère.


Dans cette anthologie terriblement réussie, plus marrante encore que le précédent tome, le portrait choral de cette grande famille dysfonctionnelle (même les petits oiseaux s’y mettent) continue de s’enrichir dans une dynamique solidement huilée. Tous ces personnages continuent de crever les cases de ce classique.


Chroniques du Château faible à lire chez Fluide Glacial.










Le Royaume, tome 8, La reine du balai, à lire chez Dupuis.










