De cape et de mots, c’est bien plus excitant qu’en croisant le fer et Flore Vesco et Kerascoët ont l’art de voltiger

© Vesco/Kerascoet chez Dargaud

Avec de Cape et de mots, une variante moins belliqueuse mais tout aussi prometteuse (si pas plus) à l’expression qu’on connaît, Flore Vesco et Kerascoët adaptent le roman jeunesse de la première. Et ça voltige.

Résumé de l’éditeur : Au palais, les demoiselles de compagnie se succèdent. Aucune d’elles n’est capable de satisfaire les caprices d’une reine tyrannique. Serine décide de tenter sa chance. Avec son goût des bons mots et ses facéties, la jeune fille va souffler un vent de folie sur la cour. Sans se douter qu’elle est en train de risquer sa vie.

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Hé hé. Forcément, on peut faire des parades l’épée à la main mais elles ne seront jamais aussi surprenantes que ce qu’on peut avoir sur la langue. L’imagination. Serine rêve d’une vie de château, mais comme elle ne sait pas lire les aventures des malheureuses qui s’y sont risquées avant elle, qu’elle a retenu ce qu’elle voulait des récits qu’on lui a racontés, elle y va au bagout. Gauche mais volontaire, pas friquée mais habillée de toute son audace, face à une cour qui condamne toute personnalité à force de codes, de règles et de basses besognes.

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Contre toute attente, et les crocs-en-jambes des autres demoiselles, face à l’irascibilité d’une reine qui s’accordent les pleins pouvoirs tout en se payant le luxe d’être une girouette, Serine va pourtant s’en sortir à la force des mots, d’expressions (ré)inventées. De la lifrejole, par exemple! Ça n’existe pas mais ça va très vite être convoité. Puis, Serine va être prise à son propre jeu. Il ne fait pas bon être un électron libre, surtout quand le regard va là où celui des gentils domestiques ne porte pas. Les sombres complots qui valent bientôt à celle qui les a découverts d’être l’ennemie publique n°1. Du moins de ceux qui se rêvent calife à la place du calife.

© Vesco/Kerascoet chez Dargaud

Vous en avez soupé des intrigues médiévales qui finissent par toutes se ressembler? Non content d’investir Serine d’une force de frappe langagière affranchie du bon françois, Flore Vesco et le talentueux duo Kerascoët explosent le décor, permettent à leur héroïne d’être témoin, de haut en bas, de la vie de château et toutes les vies qui y ont lieu, en cuisines, au cachot, etc. et mettent à jour une galerie de personnages haute en couleurs, en lumière et en obscurité aussi. Serine ne se laisse jamais aller à être corrompue et quand on croit se débarrasser d’elle, elle trouve de nouveaux alliés et arrive à ses fins en amusant la galerie. Pour une fois que les jeux permettent, en coulisses, d’oeuvrer non pas à faire un mauvais coup au peuple mais à le servir, profitons-en.

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Kerascoët virevolte dans cet univers, léger et fine lame pour donner vie à ce conte sans fée mais avec un prince, pas celui qu’on croit, très imaginatif et dynamique. C’est beau et terriblement enthousiasmant, en plus d’ouvrir sur le formidable pouvoir de la langue française, telle qu’elle existe et telle qu’on peut encore l’inventer, sans forcément succomber au langage SMS.

© Vesco/Kerascoet chez Dargaud

A lire chez Dargaud.

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