Avortement vs. fanatisme religieux au Texas: au nom du père, du fils, du Saint Esprit, du petit ange parti trop tôt et de l’…Undertaker

© Dorison/Meyer/Delabie chez Dargaud

Mister Prairie, c’est sûr, l’Undertaker aimerait bien l’être. Et même si les chemins de Jonas Crow et Rose Prairie, qui se sont rencontrés lors de la première affaire à laquelle notre héros fut confronté, se sont depuis séparés… notre croque-mort n’a pas fini de penser à cette rousse qui mit le feu à son coeur. Avec ce septième tome inaugurant une quatrième histoire dans leur infernal western, Xavier Dorison, Ralph Meyer et Caroline Delabie organisent donc les retrouvailles, dans une sacrée poudrière texane. À Eaden, il y a une lettre de trop qui ferait du paradis un enfer.

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Résumé du tome 7 d’Undertaker par DargaudJonas Crow a reçu une lettre signée « R. Prairie ». « R », comme Rose… Persuadé que celle avec laquelle il a vécu tant d’aventures souhaite le revoir et partage ses sentiments, il se présente à son domicile d’Eaden, une petite ville du Texas. Malheureusement, ce n’est pas elle qui est l’auteure de la missive mais un rival, lui aussi amoureux de Rose, et avec lequel Jonas aura fort à faire. Il s’engage néanmoins à s’occuper de deux enterrements : un prêtre mort mystérieusement et un enfant à naître que sa mère, pourtant très pieuse, ne souhaite pas garder. Si le premier ne devrait pas poser de problème, le second risque d’être plus compliqué. En effet, la célèbre « Sister Oz », représentante fanatique de la Ligue pour la suppression du vice, est arrivée en ville. Soufflant sur les braises de la colère et de la rancoeur née de la défaite face aux « Yankees », elle soulève la population afin d’empêcher l’avortement…

Storyboard © Dorison/Meyer
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« Un extrémisme religieux d’un autre temps… Mais qui n’a jamais semblé aussi actuel. », c’est ainsi que l’éditeur définit le nouvel ennemi, intime, auquel Undertaker va devoir faire face. Et il aura bien besoin de renfort, car il n’est pas dit que le retour de l’espoir du grand amour lui laissera les idées claires.

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Suite à un quiproquo, notre homme en noir arrive donc au Texas, la fleur aux dents, mais le commanditaire n’est pas celui auquel il s’attendait et sa nouvelle mission n’est pas banale. Il s’agira ici d’enterrer un bébé mort avant d’être né. Pas à cause de complications durant la grossesse, mais parce que sa génitrice a choisi d’avoir recours à l’avortement. Si la pratique est jusque-là acceptée pourvu qu’elle se fasse sans bruit, les temps changent. Au Texas d’il y a 150 ans comme dans celui des années Trump.

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Le parallèle est osé, mais dans ce coin de monde bien lointain, dans deux époques qui n’ont plus rien à voir, Xavier Dorison et Ralph Meyer s’intéressent aux mécanismes qui font aller à reculons les droits humains tout en s’en prétendant. Par force de conviction ou la violence. Les leaders autoproclamés s’en lavant les mains si leurs ouailles, en voulant empêcher le meurtre d’un embryon, font couler le sang et déciment des familles d’hommes de loi ou de bon sens.

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Cette première partie se déroule dans le noir, une nuit détonante et explosive, sur fond de manipulation des masses au nom de la religion. Il n’y a pas que le Père Noël qui est arrivé en ville, il y a aussi Sister Oz, une fanatique qui cache bien son jeu, dont le joli minois fait dire qu’on lui donnerait le bon dieu sans confession. Et pourtant, sous ses doux airs qui peuvent se faire sournois et machiavéliques, elle va prendre l’avantage moral, le pouvoir, à Eaden. D’autant plus qu’elle a les moyens de faire parler tous les citoyens… en son nom, Sister Oz a fait main basse sur tous les petits secrets inavouables de la bourgade. Pour le salut de celle-ci, la manipulatrice va lessiver les âmes des bouseux, mais pas que, et organiser le siège des Prairie, de Crow et des rares hommes prêts à se faire trouer la peau pour que des femmes puissent encore avoir droit à ce soin de santé de base et essentiel. Mais, on le voit de notre jour, sur base d’arguments retors et illuminés (de la même espèce que ceux qui peuvent agiter des complotistes), populistes pourvu qu’ils soient portés avec assurance et éloquence, ça peut faire des dégâts au pays de la libre circulation des armes. Cherchez l’erreur. Au nom du père, du fils, du Saint Esprit et du petit ange parti trop tôt.

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Si vous croyez que la couverture enflammée est le climax de cet album, vous n’êtes pas au bout de vos surprises. Les auteurs ont l’art de toujours repousser les limites de leur héros et ses amis, mais là, ça dépasse l’entendement. Pourvu qu’ils aient des idées pour court-circuiter l’ennemi, ça ne suffira pas. Le lecteur est crucifié en attendant la suite. Le spectacle, dans le dessin, les couleurs, est aussi impitoyable et remarquable que dérangeant. Dantesque. On se demande si le huitième album d’Untertaker, intitulé Le monde d’Oz, ne sera pas le dernier. Au sommet de l’art de ses créateurs.

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À lire chez Dargaud.

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