Till Lindemann, clown triste et inquiétant, nous offre des concerts sulfureux et provocants au service d’un metal industriel particulièrement irrésistible

Alors qu’il est en tournée mondiale et s’apprête à donner un concert de nouvel an le 31 décembre au Mexique à Guadalajara, le trublion du metal industriel allemand et frontman attitré de Rammstein défraie la chronique avec ses shows sulfureux, et une pseudo affaire de moeurs dont le parquet de Berlin a mis fin à l’enquête rapidement suite à l’audition des différents témoins et faute de preuves, estimant qu’aucune charge concrète ne pouvait être retenue contre lui. Till Lindemann était en concert au Lotto Arena, le 10 décembre dernier pour défendre son dernier disque solo, « Zunge », et le moins qu’on puisse dire c’est qu’on y a pris une grosse claque visuelle et musicale.

(c) Jean-Pierre Vanderlinden

Avec son look de clown triste rouge et inquiétant Till Lindemann effraie le peuple, entendez par là ceux qui ne connaissent pas sa musique, n’ont pas lu ses poèmes, et n’ont pas assimilé que sur scène il incarne un personnage comme il endosserait un rôle au cinéma. Il est donc facile pour ses haters d’assimiler l’homme à ses délires artistiques et donc de le diaboliser à outrance.

Entendons nous bien, la plupart des rockstars ne sont pas des saints c’est sûr, mais de là à leur faire des procès d’intention sur base de leur apparence scénique il y a un monde.

(c) Jean-Pierre Vanderlinden

Combien n’ont pas accusé en leur temps Black Sabbath ou Judas Priest de satanisme, allant même jusqu’à suggérer qu’en jouant le disque à l’envers le groupe y avait volontairement inclus des messages subliminaux. Le rock a toujours dérangé et fait grincer des dents aux bien pensants et aux donneurs de leçons, et c’est très bien comme ça, c’est l’essence même de ce courant musical que de choquer le bourgeois.

(c) Jean-Pierre Vanderlinden

Mais revenons à cette épique soirée du 10 décembre à Anvers.

Lorsqu’on décide d’aller voir Till Lindemann en concert on sait à quoi on s’expose, et on y va ou pas en toute connaissance de cause. Le show est interdit aux moins de 18 ans, et c’est bien logique au vu de l’univers dans lequel va nous plonger le chanteur allemand durant les nonante cinq minutes que dure de son spectacle.

(c) Jean-Pierre Vanderlinden

Lindemann, le personnage, est un bouffon sarcastique, inquiétant et libidineux, comparable à un personnage de film d’horreur. Un clown maléfique capable de la douceur la plus rassurante chantée avec une voix presqu’enfantine ( voir les quelques ballades acoustiques), ou de la fureur la plus absolue porté par son timbre grave de baryton, le tout teinté d’un humour noir assez jouissif.

Quand à son groupe il est composé de moitié de musiciennes comme Emily Ruvidich et Jes Paige aux guitare et de l’incroyable et unique Constance Antoinette aux claviers, dont le jeu de scène hyper sensuel met dans tous leurs états une grande majorité des mâles présents dans la salle. La partie masculine du band comprend le bassiste Danny Lohner (ex Nine Inch Nails) et le batteur Joe Letz ( Combichrist, Aesthetic Perfection) habillé pour la circonstance en poupée obscène.

(c) Jean-Pierre Vanderlinden

Tout ce petit monde envoie plus que du lourd, et malgré tout le son reste clair, et la puissance dégagée par le combo est impressionnante.

Plongés dans des lumières rouges et jaunes qui accentuent l’effet surnaturel et sulfureux du show, les musiciens jouent accompagnés de projections visuelles assez trash ou sexuellement explicites. On sait où on est, pas la peine de pousser des hauts cris, tout le monde relativise et souvent on s’esclaffe devant les images diffusées, en se disant  que décidément Till Lindemann ose tout et va au bout de son délire.

(c) Jean-Pierre Vanderlinden

La provocation, le teuton il connait, et il nous abreuve de séquences scabreuses ou BDSM, d’images sexuelles non censurées avec fellation et coït non dissimulé, coloscopie en gros plan et autres joyeusetés du genre.

Bien sûr on peut prendre tout ça au premier degré, mais on peut aussi en rire et se dire que c’est du spectacle et rien que du spectacle. Du spectacle spécial en effet, mais celui ou celle qui s’oppose à la démarche, qu’il fasse le choix de ne pas venir au concert c’est tout, après tout personne ne force personne.

Outre les joyeusetés diffusées sur les écrans géants nous avons droit aussi à un lancer de poissons dans le public  (il est pas frais mon poisson??!!) et à quelques tartes volantes bien crémeuses. Se trouver frontstage dans la fosse à un concert de Till Lindemann c’est en effet prendre des risques de dégustation forcée !

(c) Jean-Pierre Vanderlinden

Mais bon, le show faisant couler beaucoup d’encre, on en oublierait presque de parler de l’essentiel, la musique.

La setlist reprend bien sûr des titres de « Zunge » qui ouvre le show, et on y retrouve aussi des morceaux comme Fat, Altes Fleisch, Golden Shower, Blut, Praise Abort, Fish On, Gummi, Knebel, Ich Hasse Kinder ( littéralement Je hais les enfants, un petit bijou d’humour dont je vous conseille d’aller lire la traduction française) ou Skills in Pills.

(c) Jean-Pierre Vanderlinden

Au sortir de la salle, le public est ravi, et chacun prend conscience qu’il a vécu un solide moment de metal furieux, un show unique et atypique, sorte de pot pourri des fantasmes humains les plus obscurs et les plus déjantés.

(c) Jean-Pierre Vanderlinden

Till Lindemann est une sorte de fou du roi terrifiant et pourtant charismatique, qui par l’écoute de ses titres et à la vue de son show permet au spectateur de ressentir une certaine gêne mêlée à une grande notion de plaisir, comme une catharsis. Une sorte de purge bienfaisante qui après avoir réveillé notre inconscient le plus sombre, nous éveille à la conscience humaine.

(c) Jean-Pierre Vanderlinden

Le bouffon teuton n’a en tout cas pas fini de faire réfléchir et de combler ses admirateurs, ni de hanter les nuits d’une certaine intelligentsia, des moralisateurs les plus prudes, et des censeurs.

Et c’est bien là tout ce qu’on attend du fou dans un royaume !

Jean-Pierre Vanderlinden  

(N’ayant pas fait de demande d’accréditation pour ce concert, les photos non professionnelles ont été prise des gradins avec un petit appareil autorisé en salle, ce qui explique leur qualité moyenne. Aucune photo ne montre quoique ce soit des projections visuelles explicites du show afin de respecter l’artiste et le public varié de tout âge qui serait amené à les voir)

3 commentaires

  1. « C’est l’essence même de ce courant musical que de ‘choquer le bourgeois’…. » A l’époque de François Villon cette remarque aurait pu passer mais même dans les années 50 elle faisait ringard ! Il serait peut être temps d’éviter ces remarques aussi stupidement convenues que celle qui affirmerait que « L’essence même de l’opéra est de choquer le métalleux »…
    Amitiés

    1. Le rock a toujours été « par son esprit » un moyen de révolte contre le conformisme et la morale dominante, et ce peu importe l’époque, car sa naissance est liée à une révolution sociale. Ma remarque n’a donc rien de convenu , ne vous en déplaise. Maintenant vous avez totalement le droit de ne pas partager mon avis qui est néanmoins très partagé par une majorité d’amateurs du genre. A chacun son opinion. Quand à votre remarque concernant le metal et l’opéra ce sont deux genres musicaux pas si éloignés l’un de l’autre et souvent appréciés conjointement par des artistes des deux courants, donc je n’affirmerais jamais personnellement que l’un sert à choquer l’autre. Meilleurs voeux à vous pour 2024.

  2. Bon choquer pour choquer ça c’est fait à part ça c’est vide Faut il vraiment faire dans le grotesque et de mauvais goût 👅 Bref genre de truc à bannir et sans intérêt

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