The Frontier: un western apocalyptique dont les spaghettis seraient plutôt… comment dire… des boyaux,

Ceci n’est pas un remake de cowboys vs. envahisseurs, mais c’est quand même un OVNI. Avec The Frontier, Jacopo Paliaga et Alessio Fioriniello nous offrent un western dont les spaghettis seraient plutôt les boyaux des innocents qui vont y passer dans les quelque 220 planches de ce premier acte qui chevauche le paranormal et le gore. Repoussant les frontières.

© Paliaga/Fioriniello chez Le Lombard

Résumé de l’éditeur : Ouest Américain, 1870. Sauvés de la potence par un étrange homme en blanc, cinq criminels aux pouvoirs surnaturels ont accepté de rejoindre la Frontière. Cette organisation a été créée dans un seul but : stopper la Tempête, un amas de nuages noirs et d’éclairs dont s’échappent des gémissements inhumains et qui sème la mort partout où il passe. Nos cinq salopards sont envoyés dans la ville de Caldwell avec une mission : sacrifier les habitants pour accomplir un rituel de sang et arrêter le cataclysme. Mais nos « héros » sont-ils prêts à sacrifier le peu d’humanité qu’il leur reste ?

Tiens, Le Lombard semble avoir récupéré le bébé BD délaissé par Casterman qui, initialement, prévoyait d’entourer Lastman d’une cohorte d’autres séries au même format (regret éternel pour Obscurcia), souple et un peu plus grand que le manga, tout en se lisant à l’européenne, et en noir et blanc. Bonne idée pour un effet feuilletonnesque et addictif.

Avec ces X-Men émergeant de la poussière et de la tempête, issu d’un webtoon, Paliaga et Fioriniello nous font perdre nos repères et sonnent la charge du mystère. Bien sûr, dans cet Ouest méchamment à l’Est, il y a des duels, des shérifs pas du bon côté de la loi, des bouseux et des prostituées, mais avec les cinq as, mystiques et ténébreux, le coup de Poker brouille les cartes. Et puisque les héros (en sont-ils vraiment car ils n’ont que faire des dégâts collatéraux?) se demandent ce qu’ils font là et n’étaient pas franchement recommandables jusque-là, le public est dans l’expectative, témoins complices de ce climat ébouriffant et faisant bouillir l’hémoglobine.

© Paliaga/Fioriniello chez Le Lombard

Au fil des courts chapitres, où chaque héros voit une partie de sa genèse être explorée, pas pour éclaircir mais plutôt pour obscurcir le tableau, le commanditaire reste insondable : bienfaiteur de l’humanité ou diable en personne? Et si le lecteur était depuis le départ dans le mauvais camp?

© Paliaga/Fioriniello chez Le Lombard

Sacrifié à la vitesse, à la rudesse, pour le meilleur et pour le pire, The Frontier se vit dans l’urgence et le fun, même si on conseille aux âmes sensibles de s’abstenir. Je n’ai pas fait le décompte des morts, mais il y a de fortes chances que John Wick ou autres Fast & Furious passent pour des amateurs à côté du quintet infernal. Alors les plans américains sont très bien, mais j’ai trouvé que les gros plans et les plans d’ensemble manquaient parfois de précision, trop expédiés, comme si Fioriniello n’avait pas eu le temps de peaufiner ou qu’il n’avait pas su sur quel pied danser entre semi-réalisme incisif et manga minimaliste. Alors, c’est l’histoire de quelques cases, dont la dernière, mais ça fait tache alors que les auteurs réussissent à nous plonger corps et âme (damnée) dans cette histoire de survival à sens unique, inique, cynique.

Pourtant l’expressivité est là, le rythme est féroce et le déroulé dantesque. Le casting est campé dans toutes ses forces, ses pouvoirs surhumains (il y a même un cousin de Ash) et ses fragilités, ses zones d’ombre. C’est sacrément burné comme spectacle, sans limite. En espérant que la suite laisse plus de temps au dessin pour que sa tyrannie soit encore plus totale. Brut de décoffrage et puissamment immoral.

© Paliaga/Fioriniello chez Le Lombard

Deuxième acte en août.

À lire chez Le Lombard

© Paliaga/Fioriniello chez Le Lombard
© Paliaga/Fioriniello chez Le Lombard
© Paliaga/Fioriniello chez Le Lombard
© Paliaga/Fioriniello chez Le Lombard
© Paliaga/Fioriniello chez Le Lombard
© Paliaga/Fioriniello chez Le Lombard
© Paliaga/Fioriniello chez Le Lombard
© Paliaga/Fioriniello chez Le Lombard

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