Face au paradoxe de la bétonisation croissante malgré l’augmentation de bureaux vidés, Yasmina lance des bombes… à graines spéciales

© Mannaert chez Dargaud

La fleur au bazooka (en réalité, des pâquerettes au lance-patates), perchée sur sa plante, Yasmina nous fait nous demander où elle s’arrêtera. Et qu’on ne s’y trompe pas, pour son troisième tome – et un hors-série qui a commencé cette belle histoire -, Wauter Mannaert ne fait pas un remake parmi les buildings de Jack et le haricot magique mais rêve un autre monde moderne, qui ne reviendra pas sur le béton déjà déployé mais fera une part plus belle à la faune et à la flore. Chaque chose à sa place et en paix.

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Résumé de l’éditeur : Amaryllis, la voisine scientifique de Yasmina, a trouvé le moyen de faire pousser les plantes en un temps record. En théorie, voilà de quoi lutter contre le changement climatique et l’érosion de nos écosystèmes. Car qui dit croissance rapide, dit moins de terres agricoles à exploiter et plus de CO2 absorbé ! De leur côté, Yasmina, Robin et Lenny, inspirés par la biodiversité insoupçonnée que leur offre leur ville, se sont aventurés dans une sorte de guérilla écolo : ils lancent des bombes à graines traditionnelles un peu partout afin de rendre leur environnement urbain plus vert. Cependant, tous les membres du groupe n’ont pas la patience d’attendre que les graines germent naturellement. En couplant les bombes à graines avec l’invention d’Amaryllis, le processus pourrait être accéléré ? Mais les plantes mènent leur propre vie, si bien que leur croissance débridée menace les humains et leur environnement… Heureusement, c’est compter sans la nature et son grand pouvoir de résilience…

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Chaque chose à sa place et dans une paix mutuelle, ce n’est pas gagné dans notre monde actuel. Mais si on laisse faire la poésie botanique et si on met au pouvoir l’imagination des enfants, qui savent que de grands pouvoirs impliquent de grandes irresponsabilités qui peuvent finalement s’avérer salutaires, peut-être a-t-on une chance d’inverser la tendance et d’échapper aux pires scénarios. Ceux dont tout le monde a connaissance depuis de nombreuses années mais dont la majorité semble bien décider à se dire que ce n’est pas à elle mais à l’autre de faire le geste. Et c’est comme ça, par manque de courage de nos institutions, par soudoiement des puissantes industries qui tentent de nous faire croire que le mal qu’on continue à faire à notre planète est bien (roulez à l’électrique mais continuez de rouler, surtout, ne faites pas moins de kilomètres), et surtout par manque d’envie de sortir de nos confortables habitudes et routine, que le statu-quo opère. Et que la facilité, le « on a toujours fait comme ça », opère.

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Comme quand on rase un bosquet pour établir un nouveau quartier, par exemple pour y mettre un immeuble lambda à la place de riche biodiversité qui y régnait. Diversité, diversité, cela dit, il y a bien trop de lapins dans les clapiers de Cyrille et Marco qui ne s’entendent pas forcément sur la manière de réguler la population. Intervenir ou laisser la nature faire son oeuvre? Sauf que la nature dans ce pâté de maisons-là, elle est déréglée, Amaryllis continue ses expériences et a découvert un procédé pour faire grossir, grossir, grossir les légumes à vitesse grand V. Y’en aura pour tout le monde, lapins comme humains… mais est-ce sain?

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Les intrigues s’entrecroisent très vite dans cette aventure que Wauter Mannart continue d’aller chercher au coin de sa rue, de sa ville (Bruxelles, pour ne pas la citer), avec ce qu’il voit et comprend de la société dans laquelle on vit et qu’il veut influencer. Oh pas en ayant la science infuse. D’ailleurs, si son récit respire le grand air, un peu vicié tout de même par l’activité industrielle et la sainte « croissance », c’est un peu dans un laboratoire que l’auteur met ses héros. En solo ou en commun, Yasmina, Robin, Lenny et les autres font leurs expériences, trouvent du fun tout en s’interrogeant sur leur environnement. Par exemple, en comptant les bureaux, que dis-je les étages inoccupés, dans les gratte-ciel belges qui pourrait être réhabilités au lieu de laisser de nouveaux bâtiments colossaux voir le jour, bétonner un peu plus le peu de nature qui reste. Voilà une des questions posées par cet album.

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Mais, loin des grands discours, c’est dans l’action et les sensations que Wauter Manaert livre cette troisième aventure, avec une simplicité, une immédiateté qui n’empêche pas les effets spéciaux qui sortent de son crayon. Il y a là beaucoup de liberté et de créativité, personnalité. Ah, si dans le vrai monde, celles-là aussi étaient mieux considérées.

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Série : Yasmina

Tome : 3 – Les plantes contre-attaquent

Scénario, dessin et couleurs : Wauter Mannaert

Genre: Aventure, Humour, Société

Éditeur: Dargaud

Nbre de pages: 56

Prix: 10,95€

Date de sortie: le 20/05/2022

Extraits : 

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