La forêt, une enquête buissonnière de Claire Braud qui perd toutes ses feuilles à force d’autofiction et de psychédélisme

© Braud chez Casterman

Quand on dit que les forêts sont les poumons verts de notre planète, force est de constater que nous sommes mal barrés quand on voit le nombre d’arbres qu’il faut désormais abattre car malades du scolyte ou d’autres champignons. Si ces massifs disparaissent, ça sent le sapin ! Mais que peut-on faire, mettre en place ? On comptait sur Claire Braud (qui avait signé, dans un monde plus urbain, le premier volume de feu la collection Sociorama, Chantier interdit au public) et son enquête annoncée comme buissonnière pour nous aider. C’était avant de constater que cet album semble avoir perdu ses feuilles en cours de route.

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Résumé de l’éditeur : Alors qu’elle quitte la capitale pour retourner vivre dans la région de son enfance, l’autrice débute une enquête sur un milieu bien particulier, la forêt. Au fil des recherches et entretiens avec les acteurs économiques et sociaux du secteur (chasseurs, gardes forestiers, exploitants, scientifiques…), elle prend conscience que la réalité est assez éloignée de l’image d’Épinal qu’on en a souvent en tant que citadin. Ses pérégrinations en forêt sont autant d’occasions de se reconnecter à la nature, la faune, la flore et de pratiquer le dessin sur le vif, l’affût, l’aquarelle. Elle fera également la connaissance d’autres habitants des lisières de nos villes, les gitans.

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Colombro, appelez-la Colombro, l’alter ego fumant le cigare que Claire Braud s’est choisi pour enquêter sur les dessous des sous-bois, là où se trament des choses pas très catholiques ni humanistes. Infiltrant un banquet réunissant la crème des chasseurs et prêtant son oreille aux paroles d’un garde forestier désillusionné. Dans les forêts de France, où les chasseurs se disent garant du bon équilibre entre les espèces, ceux-ci créent le déséquilibre en favorisant la prolifération des individus qu’ils ont joie à tuer et à agiter en trophées. Une prolifération passée d’artificielle à naturelle, l’homme ayant favorisé les conditions de procréation des sangliers par exemple, qui n’est pas sans conséquence sur le reste de l’écosystème. Quelques lanceurs d’alerte sont là, mais le lobby de la chasse est puissant. Puis, il y a le réchauffement climatique qui va plus vite que les prévisions et modifie en profondeur notre habitat. Car, par ici, nos villes et villages ne sont jamais loin des forêts et des campagnes. Comme Loches, la petite ville où Claire a passé son enfance et où elle repose ses valises et son ménage.

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Les pistes sont bien là et on comptait bien sur Claire Braud pour détricoter ce sujet brûlant. Elle nous a emberlificotés. Si le roman graphique, la BD a prouvé son sérieux et qu’elle savait prendre son temps pour venir à bout des thématiques les plus complexes, Claire Braud se laisse porter par la nature retrouvée. Buissonnière, c’est le mot accolé sur la couverture à son enquête et il se traduit de la pire des façons. Les lianes de la forêt dont on pensait qu’elles allaient faire lien deviennent en réalité des élastiques qui craquent face aux mouvements XXL que l’autrice leur fait faire. Par excès de liberté et trop peu de contraindre.

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En allant voir les gitans, puis les moines reclus au fond des bois, on se dit que les témoins choisis par Claire Braud sont pour le moins originaux, mais ce n’est pas bête, ils vivent au contact de la nature. Sauf que leur rencontre va permettre à l’enquêtrice en herbe d’épiloguer sur la guerre, la déportation… Tout ça nous éloigne des champignons, des renards et autres habitants des forêts. Et quand elle s’y raccroche, qu’elle tient un témoignage intéressant, elle ne va pas au fond des choses, reste en surface, sur l’arbre qui cache la forêt. Quand bien même, c’est pour mieux se disperser un peu plus tard. Au final, sur 200 pages, il y en a 40 ou 50 (en étant gentil) que j’ai trouvées utiles à la cause, celle pour laquelle le lecteur est appâté et que Colombro (mais ce rôle ne tient en fait qu’une fraction de seconde) était censée éclairer au lieu de batifoler. Non que les événements tantôt dramatiques tantôt plus légers soient inintéressants mais ils sont totalement hors sujet.

© Braud chez Casterman

Et la déception découle plus loin, dans l’appréciation du trait de l’autrice. Les quelques épiphanies sont vite éclipsées par un côté indigent. Si le dessin et les couleurs malades, pas souvent attrayantes (si ce n’est dans les aquarelles sur nature qui pullulent en doubles pages à plusieurs passages et n’apportent finalement pas grand-chose, nous braquant sur ce sujet que Claire Braud délaisse pourtant), avaient servi à porter le documentaire, j’aurais compris. Mais parce qu’il ne le fait pas, ses paysages ravagés, son côté suranné et pourtant criard, m’ont donné mal à la tête. Pourtant je suis allé jusqu’au bout, et parce que je n’ai rien trouvé de concluant sur le sujet, cette lecture m’a semblé insupportable. Heureusement, l’autrice ne se prend pas au sérieux, et c’est peut-être là, une fois n’est pas coutume, le problème de cet album. L’autofiction et le psychédélisme ne se mariaient vraisemblablement pas à ce thème crucial pour l’avenir de notre bonne vieille terre qui pourrit petit à petit. Je suis tellement fâché et déçu.

© Braud chez Casterman

Titre : La forêt

Sous-titre : Une enquête buissonnière

Récit complet

Scénario, dessin et couleurs : Claire Braud

Genre : Autofiction, Documentaire

Éditeur : Casterman

Nbre de pages : 208

Prix : 22€

Date de sortie : le 02/02/2022

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