Lady Jane de Michel et Béa Constant: à Kingsdown, les générations et les rêves se croisent, les époques (et leurs horreurs) se répondent

On avait bien senti tout l’amour et le fun que Michel Constant avait pris, en compagnie de Béa sa femme, au moment d’imaginer une Angleterre côtière, prise entre deux époques qui se répondent, dans La dame de fer. Un one-shot qui en appelait un autre. Le voilà, cinq ans plus tard, toujours sous le titre d’une femme : toujours dans l’ombre et l’horreur laissée par Margaret Thatcher, place à Lady Jane (comme la chanson des Stones).

Résumé de l’éditeur : À Kingsdown, petite station balnéaire anglaise, Jane, 44 ans, tient une boutique de gaufres. Les meilleures de la région. Elle vit seule, se tient à l’écart des autres et fréquente de temps à autre le pub de Donald et Béa avec qui elle troque ses gaufres contre quelques verres. Un été, elle prend Emma, la fille de Béa, comme apprentie.Entre les deux femmes un lien va se tisser, petit à petit, malgré la différence d’âge. Pourtant, Emma va comprendre qu’il y a dans le passé de Jane un secret qui l’empêche de vivre au présent….

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© Constant/Constant chez Futuropolis

Cinq ans plus tard (dans la temporalité du lecteur), Kingsdown n’a pas changé, il y a toujours des jurons qui s’échappent du pub, la mer qui donne l’impression de tous les possibles et cette verte herbe du Kent qui s’enroule autour des chevilles. Se réfugie-t-on dans ce coin sauvage pour oublier le passé? C’est possible! Ici, les générations et les rêves se croisent, s’entraidant, se comprenant ou ne s’entendant pas.

C’est avec beaucoup de personnages toujours aussi attachants et bien campés que Béa et Michel Constant nous entraînent dans les causes et conséquences d’un douloureux dossier anglais: le Children Act 1989. Nous n’en dirons pas plus, mais plutôt que de l’expliquer théoriquement, d’en faire un documentaire, c’est par la fiction, savoureuse, que le couple tisse ce drame social.

© Constant/Constant chez Futuropolis

Par la relation qui se noue ou se dénoue entre les héros aussi. Ensemble ou en solo. Car des années 2010 aux late eighties, le monde a changé mais les graines, du bien ou du mal, semée antan peuvent avoir poussé comme des ronces sans qu’on ne s’en rende compte. Ou en tentant de les refouler. Puis la vie fait les rencontres qui font tout exploser, les secrets les plus intenables aussi. Et les belles amitiés.

© Constant/Constant chez Futuropolis

Des boîtes de nuit (jusqu’au bout de celle-là) à l’aiguille qui vous tatoue, il y a beaucoup de vie dans ce deuxième opus (indépendant) de la route anglaise que suit le couple, qui s’emploie à faire détonner de couleurs et d’humanismes les destins de ces personnages de papier, avec leurs défauts et leurs qualités, mais plein de chair, d’espoirs et de douleurs, parfois. Cela dit, cette fois-ci, le charme opère un peu moins, par manque de suspense et à cause d’une intrigue un peu trop cousue de fil blanc. À côté de la richesse des personnages, c’est dommage.

© Constant/Constant chez Futuropolis

Nul doute, cependant, que je serai au rendez-vous si un troisième opus chargé de cet air iodé devait venir d’ici quelques années.


Titre : Lady Jane

Scénario : Béatrice et Michel Constant

Dessin : Michel Constant

Couleurs : Béatrice Constant

Genre : Comédie sociale, Drame, Humour

Éditeur : Futuropolis

Nbre de planches : 72

Prix : 15€

Date de sortie : le 13/04/2022

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